Débuts prometteurs pour un hedge fund genevois

Nicolette de Joncaire

2 minutes de lecture

Appréciation du capital à long terme et décorrélation des marchés boursiers sont les objectifs explicites du portefeuille. Entretien avec Vincent Ijaouane de Vigama Capital.

 

Ancien gérant de la stratégie alternative Agora chez Pictet, Vincent Ijaouane lançait l’été dernier à Genève le fonds long-short equity. HC Vigama Alpha Fund. Une initiative inattendue dans un paysage genevois peu orienté vers ce type de gestion. Le gérant se montre toutefois confiant: les performances décorrélées des marchés que permet cette stratégie devraient séduire les investisseurs en quête de diversification pour leurs portefeuilles. Les premiers résultats parlent d’eux-mêmes. Entretien.

La Suisse ne semble pas être l’environnement le plus naturel pour un hedge fund. Pourquoi le lancer ici?

L’environnement réglementaire suisse se révèle en effet particulièrement exigeant et, par conséquent, coûteux. Il impose notamment de disposer d’un gestionnaire des risques et d’un responsable de la conformité, chacun assisté d’un adjoint, des fonctions qui ne seraient pas indispensables sur d’autres places financières comme Londres ou Dubaï. L’obtention d’une licence LPCC en moins d’un an demeure difficile, ce qui allonge sensiblement le time-to-market en Suisse par rapport à d’autres juridictions. À cela s’ajoute une fiscalité personnelle élevée et, la gestion d’un hedge fund étant avant tout une affaire d’hommes, l’attraction des talents peut s’avérer complexe. Je reste toutefois très attaché à Genève et à sa qualité de vie. Et, par ailleurs, ce positionnement constitue un véritable élément de différenciation. Pour un investisseur suisse – banque privée ou tiers-gérant -, le dialogue est plus facile avec un acteur local et la sévérité de la Finma offre des garanties que n’offrent pas d’autres places. Ce qui est essentiel pour un tout jeune fonds.

Les hedge funds ont fait couler beaucoup d’encre avant 2008. Moins depuis. Pourquoi le moment est-il redevenu favorable?

Les politiques monétaires non conventionnelles menées après 2008 n’étaient pas propices aux fonds alternatifs. Avec des taux d’intérêt revenus à des niveaux plus normaux, le contexte actuel — marqué par le retour de la volatilité et une dispersion accrue — se prête particulièrement à la génération d’alpha, permettant aux hedge funds de délivrer de la performance. La progression des corrélations entre actions et obligations, la multiplication des incertitudes géopolitiques et économiques, ainsi que la révision à la baisse des perspectives de rendement des marchés, plaident également en faveur de ce type de gestion.

Quelle est la stratégie du fonds?

Appréciation du capital à long terme et décorrélation sont les objectifs explicites du portefeuille. La corrélation aux marchés de capitaux est à l’heure actuelle de 0,1 ce qui est excellent pour les investisseurs qui cherchent à diversifier leurs actifs. L’exposition nette, très faible, est ajustée dynamiquement et nous utilisons beaucoup d’options pour exprimer nos convictions. Ces dernières ne nous servent pas de protection mais bien d’outils de gestion du portefeuille.

Notre processus débute par une analyse des facteurs macroéconomiques et des dynamiques de marché, non pas pour formuler des paris directionnels, mais pour déterminer dans quels segments l’alpha idiosyncratique a le plus de chances d’être rémunéré. Cette approche permet d’allouer le risque de manière plus efficiente, dans un environnement où les dynamiques macro jouent désormais un rôle plus déterminant que par le passé.

Nous définissons ensuite les secteurs ou thématiques cibles, puis sélectionnons les instruments les plus adaptés pour mettre en œuvre nos convictions (actions, options, indices ou paniers selon les cas). Le portefeuille est construit autour de blocs complémentaires (cœur, tactique, thématique, couverture), organisés de manière cohérente afin d’isoler au maximum les sources d’alpha.

La stratégie se distingue par une approche fondamentalement ancrée dans l’analyse et par une interaction étroite avec les entreprises. L’objectif est de mettre en place un processus d’investissement aussi itératif et reproductible que possible.

Pourquoi quatre blocs?

Pour répondre au besoin de rendement à court terme car en tant que fonds UCITS à valorisation et liquidité quotidienne, nous ne pouvons nous permettre de ne privilégier que le long terme. La gestion par bloc permet d’équilibrer la stratégie d’ensemble.

Avec quels résultats?

En novembre, alors que les marchés reculaient de 6%, le fonds a enregistré une progression de 2,5%. Depuis son lancement, le 21 juillet 2025, il affiche une performance de 12,6%, avec une volatilité de 4% et un ratio de Sharpe proche de 6. Même si ne pouvons raisonnablement espérer maintenir ce ratio à long terme, les résultats démontrent un niveau de risque particulièrement maîtrisé.

Quels sont vos secteurs de prédilection à l’heure actuelle?

Les financières, la consommation, la chimie, l’aéronautique et les matériaux. Bien que la stratégie reste généraliste, elle n’a pas vocation à couvrir l’ensemble du marché et se concentre sur un univers d’investissement ciblé.

Quelle est votre clientèle?

La clientèle se compose principalement d’investisseurs institutionnels, de family offices, de gérants indépendants ainsi que de fonds de hedge funds, séduits notamment par mon histoire personnelle. Les fonds de pension ne font pas encore partie des investisseurs. Par ailleurs, notez que le fonds est autorisé pour la clientèle retail.

Prochaines étapes?

L’objectif est de démontrer la solidité de notre modèle, de poursuivre la génération de performance, et de préserver l’indépendance de notre structure.

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