La Banque cantonale de Zurich (Zürcher Kantonalbank, ZKB) a vu son bénéfice consolidé avant impôts s’établir à 1422 millions de francs en 2025, dépassant de 10,3% le résultat de l’exercice précédent, comme elle l'a indiqué vendredi dans un communiqué. Urs Baumann, CEO de la Zürcher Kantonalbank, explique pourquoi il est important pour l'établissement de disposer d'une capitalisation extrêmement solide et quels sont ses objectifs de croissance en Suisse romande. Entretien.
La Banque cantonale de Zurich (ZKB) souligne qu'elle dispose toujours d'une capitalisation extrêmement solide. Avec 21,2%, son ratio de capital de base dur (Common Equity Tier 1, CET1) est presque deux fois supérieur au minimum requis de 9,5% exigé par les autorités. N'est-ce pas presque trop? La ZKB est-elle surcapitalisée?
Non, la ZKB n'est pas surcapitalisée. Pour nos propriétaires, la sécurité et la stabilité ont la priorité la plus élevée.
Nous bénéficions d'une garantie d'État et, comme je l'ai dit, la sécurité est donc très, très importante. Nous sommes fiers du fait que nous puissions avec ce ratio de fonds propres - et en tant que seule banque au monde à bénéficier de trois notations AAA attribuées par les trois principales agences de notation -, de pouvoir offrir cette sécurité, qui est également souhaitée par nos propriétaires.
«Nous avons créé un bureau de représentation à Lausanne afin de renforcer nos activités en Suisse romande, en particulier dans le domaine des affaires institutionnelles.»
Vous ne pensez donc pas que la ZKB dispose d'un peu trop de fonds propres et qu'elle pourrait optimiser sa structure de capital?
Non. Le ratio Going-Concern de la ZKB n'est pas différent de celui d'autres entreprises. La grande différence est que nos fonds propres sont constitués en grande partie de fonds propres de base durs et ne comportent que très peu d'AT1. Nous considérons cela comme un atout majeur de notre bilan, et c'est également ce que souhaitent et soutiennent nos propriétaires.
En ce qui concerne les opérations d'intérêt, il y a eu une légère baisse des résultats entre 2023 et 2024, puis une légère augmentation des revenus à partir de 2026. Quelles sont vos prévisions pour les opérations d'intérêt en 2026? Lorsque les taux d'intérêt sont aussi bas, est-il néanmoins possible d'améliorer les revenus des opérations d'intérêt?
Oui, l’environnement de taux d'intérêt nuls est en effet très difficile pour une banque universelle comme la ZKB. Nous prévoyons que les taux directeurs de la Banque nationale suisse (BNS) resteront à zéro tout au long de l'année.
Nous avons connu en 2025 un environnement de taux zéro seulement depuis juin, alors qu’en 2026, il faudra compter avec situation durant toute l’année.
Le contexte des taux d'intérêt continuera à nous poser des défis en 2026, et nous ne pourrons compenser cette réduction des marges que par une croissance responsable. Donc, globalement, par un volume plus important.
Au sujet des ambitions de la Banque cantonale de Zurich en Suisse romande, Madame Schnydrig Moser avait mentionné dans une interview accordée à L'Agefi en novembre que la ZKB gérait plus d'un milliard de francs suisses d'actifs en Suisse romande. Vendredi, vous avez également déclaré que vous voyiez de grandes opportunités de croissance en Suisse romande. Pensez-vous principalement aux activités institutionnelles?
Nous sommes actifs dans toute la Suisse dans différents segments spécialisés – cela à la fois dans le private banking, dans les activités institutionnelles avec les caisses de pension et finalement dans les opérations avec la clientèle d’entreprises.
Nous avons créé un bureau de représentation à Lausanne afin de renforcer nos activités en Suisse romande, en particulier dans le domaine des affaires institutionnelles.
De quel type de services s'agit-il principalement?
Dans les activités institutionnelles, l’accent est placé, d’une part, sur la gestion de fortune pour des clients internationaux, en particulier des caisses de pension, et d'autre part, sur les services de conservation globale ou Global Custody, également pour des clients institutionnels.
«Environ 20% des clients de Frankly viennent de Suisse romande. Cela correspond à peu près à la part de la population romande en Suisse.»
Dans le domaine du private banking, nous nous concentrons principalement sur le sous-segment des Ultra High Net Worth Individuals, soit des personnes très fortunées, un domaine où nous pouvons, en tant que grande banque universelle, offrir clairement une valeur ajoutée par rapport aux autres banques privées à Genève.
Vous vous présentez avant tout comme une banque universelle – n'essayez pas de positionner aussi la ZKB en tant que spécialiste du private banking?
Non, la ZKB est certes l'une des dix plus grandes banques privées de Suisse. Elle a toutefois l'avantage de ne pas se limiter à la gestion de fortune, mais aussi de pouvoir répondre aux besoins de crédit. C’est l’une des USP (ndlr: Unique Selling Proposition) de la ZKB que nous pouvons offrir à nos clientes et à nos clients.
Vendredi, vous avez souligné qu'il n'y avait actuellement pas de resserrement du crédit et que la ZKB avait connu une croissance supérieure à la moyenne dans le domaine des crédits aux entreprises depuis 2019. S'agit-il d'un effet spécifique qui résulte encore de la crise survenue chez Credit Suisse ou pensez-vous que cette croissance supérieure à la moyenne pourra se poursuivre au cours des prochaines années?
Toutes les banques cantonales ont une responsabilité envers leurs zones économiques respectives. Notre devoir est de fournir suffisamment de crédits à l'économie. Quand d'autres banques réduisent leur volume de crédit, nous nous efforçons d'être un partenaire fiable et d'apporter l'aide nécessaire à nos clients d’entreprises.
En ce qui concerne la prévoyance, vous avez également mentionné que l’application frankly avait franchi la barre des 5 milliards de francs suisses d'actifs de prévoyance en 2025. Comment la marque frankly est-elle positionnée en Suisse romande et voyez-vous encore un potentiel de croissance dans cette région? La marque Frankly est-elle d’ailleurs suffisamment connue en Suisse romande?
frankly est la solution de prévoyance numérique qui connaît la croissance la plus rapide en Suisse. A la fin de l'année 2025, nous gérions plus de 5,4 milliards de francs suisses d'actifs. Fin janvier, ce chiffre dépassait déjà les 5,7 milliards de francs. La Suisse romande est un marché très important pour nous. Environ 20% des clients de Frankly viennent de Suisse romande. Cela correspond à peu près à la part de la population romande en Suisse. Ajusté de la taille différente de la population, nous sommes donc aussi bien représentés en Suisse romande qu'en Suisse alémanique.
Il est toutefois vrai que le degré de notoriété de la marque Frankly est moindre en Suisse romande qu’en Suisse alémanique. Mais nous parvenons à nous adresser directement aux clients, notamment grâce aux canaux numériques, ce qui nous permet de connaître une très bonne croissance, même sans y disposer d’une notoriété aussi élevée.
Encore une question sur le thème de la garantie explicite ou implicite de l'État. Pouvez-vous expliquer brièvement cette différence et quelle est la position de la ZKB sur la question de la garantie de l'Etat?
Il faut d’abord souligner ce point: la Banque cantonale de Zurich conserve sa note AAA attribuée par les agences de notation, ce qui en fait l'une des banques les plus sûres au monde. Même sur une base autonome (c'est-à-dire sans tenir compte d'un éventuel soutien du canton de Zurich), la Banque cantonale de Zurich, avec une note de aa- (Standard & Poor's), compte parmi les banques universelles les plus sûres au monde.
La plus grande différence entre une garantie d'Etat explicite et implicite est la suivante. Dans le cas d'une garantie explicite de l'Etat, le canton s'engage à recapitaliser la banque dans une situation d'urgence. Si une perte entraînait une forte réduction des fonds propres, le canton réouvrirait les fonds propres et procéderait à une recapitalisation. Il s'agirait là d'une garantie explicite de l'Etat. En échange, le canton obtient une compensation. L'année dernière, nous avons versé 34 millions de francs à ce titre.
Qu’en serait-il avec une garantie implicite de l'Etat?
Lorsqu'une banque est si importante qu'elle devrait être sauvée même sans garantie explicite, on parle de garantie implicite de l'Etat.