Le secteur technologique entame l’année avec un passage à vide. À l’échelle mondiale, il recule d’environ 5%, alors même que les marchés, dans leur ensemble, affichent une orientation positive autour de +1%. Un paradoxe? Pas vraiment — mais une situation qui mérite d’être mise en perspective. Avec près de 26% de la capitalisation mondiale, la Tech reste un moteur essentiel des Bourses internationales: lorsqu’elle tousse, les marchés s’essoufflent.
La faiblesse actuelle est surtout visible aux Etats‑Unis, où le secteur pèse plus de 40% du S&P 500. Là, la Tech cède plus de 5% et entraîne l’indice large dans son sillage, désormais en territoire négatif. En Europe, le tableau est presque inverse: les valeurs technologiques, pourtant minoritaires dans les indices, signent une belle hausse de plus de 6%. Une performance largement portée par un seul géant, ASML, qui représente à lui seul près de la moitié de l’indice Tech européen.
La Tech n’est pas en mauvaise santé
Ce repli ne traduit ni une détérioration des fondamentaux, ni l’éclatement d’une nouvelle bulle. D’un point de vue microéconomique, les résultats publiés restent solides et même largement supérieurs à ceux du marché dans son ensemble. Côté valorisation, après une année 2024 jugée «chère», les multiples sont revenus vers leur moyenne historique, autour de 24 fois les bénéfices attendus.
Les perspectives bénéficiaires demeurent, elles aussi, remarquablement robustes. Le consensus anticipe une progression de plus de 35% des profits sectoriels cette année. Autrement dit: la dynamique structurelle reste intacte.
La vraie inquiétude: le logiciel face aux agents IA
Le point de crispation se concentre sur un segment particulier: le software. Il représente près d’un quart de la Tech mondiale et près d’un tiers du secteur américain. La question, largement débattue, est la suivante: les agents IA pourraient‑ils rendre obsolètes certains logiciels traditionnels?
L’idée n’est pas absurde. On peut imaginer ne plus rédiger un document Word, mais dicter une consigne à un agent intelligent qui se charge de la rédaction, de la mise en forme et même du ton. Cette nouvelle couche technologique crée des incertitudes quant à la monétisation future de certains outils logiciels largement répandus.
Un scénario déjà vu — et probablement exagéré
L’histoire récente de l’IA invite pourtant à la nuance. Lors du lancement de ChatGPT, beaucoup annonçaient la fin du moteur de recherche traditionnel. Google a depuis intégré son propre modèle, Gemini, et continue de dominer son marché.
Même chose avec DeepSeek: certains craignaient un impact majeur sur Nvidia. Rien de tel ne s’est produit. À chaque innovation majeure, le marché sur‑réagit avant de reprendre ses esprits. La sélection naturelle joue, certes, mais les leaders disposent de la capacité — et des moyens financiers — de s’adapter. Les géants du software investissent des centaines de milliards de dollars pour éviter l’obsolescence. Certes, tous ne survivront pas, mais le secteur continuera d’évoluer et de se transformer, comme il l’a toujours fait.
Surmonter les contraintes physiques
À plus court terme, l’un des défis majeurs du secteur réside dans ses contraintes physiques. Parmi celles-ci, la production de mémoire RAM, qui peine à suivre la demande, a entraîné une explosion des prix: multipliés par cinq en l’espace de six mois. A cela s’ajoute les datacenters tournent à plein régime, avec des taux d’utilisation dépassant 80%. La construction de nouveaux sites est freinée par l’incapacité de nombreux réseaux électriques à absorber la demande exponentielle d’électricité. À titre d’exemple: la consommation électrique des datacenters américains équivaut aujourd’hui à celle de la Thaïlande.
Comment investir dans ce contexte?
La Tech reste un pilier incontournable dans une allocation d’actifs, du fait de son poids dans les indices et d’une croissance bénéficiaire largement supérieure à la moyenne.
Elle doit toutefois être appréhendée avec discernement:
- De manière active, pour distinguer les gagnants des modèles fragilisés.
- De façon géographiquement diversifiée, sans ignorer la Chine, où plusieurs acteurs se positionnent déjà à la pointe de l’IA générative.
- En élargissant l’exposition vers des secteurs qui bénéficient directement de la vague IA:
- la pharma, grande consommatrice d’algorithmes avancés pour la recherche;
- les fournisseurs d’énergie et d’infrastructures, indispensables au fonctionnement des datacenters qui alimentent cette révolution.
Gardons donc notre calme et ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain: face à la montée de la volatilité, la meilleure parade reste la diversification.