Finance de la transition: l’Europe conserve une avance structurelle sur les Etats-Unis

Communiqué, MSCI

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Si les Etats-Unis restent le premier marché mondial en volume de capitaux, l’analyse publiée par le MSCI Institute met en évidence une allocation du capital plus alignée sur la transition climatique en Europe, incluant la Suisse.

La quatrième édition 2025 du Transition Finance Tracker, publiée par le MSCI Institute (voir le rapport complet), dresse un état des lieux chiffré de la manière dont les marchés financiers mondiaux financent – ou freinent – la transition vers une économie bas carbone. Si les Etats-Unis restent le premier marché mondial en volume de capitaux, l’analyse met en évidence une allocation du capital plus alignée sur la transition climatique en Europe, incluant la Suisse, tant sur les marchés obligataires que dans les stratégies d’investissement.

Une allocation obligataire nettement plus favorable à la transition en Europe

L’un des indicateurs clés du rapport compare le financement de l’énergie bas carbone à celui des énergies fossiles via les portefeuilles obligataires. Résultat: les indices européens «Paris Aligned» affichent un ratio de financement bas carbone/fossile de 1,29 dollar, contre 2,57 dollars pour l’indice américain Paris Aligned, mais seulement 0,11 dollar pour l’indice investment grade américain standard.

À titre de comparaison:

  • Indice obligations Europe investment grade: 0,22 dollar de financement bas carbone par dollar fossile
  • Indice obligations investment grade Etats-Unis: 0,11 dollar
  • Indice marchés émergents: 0,03 dollar

Ces écarts illustrent une polarisation marquée du marché américain, où les stratégies explicitement alignées sur l’Accord de Paris coexistent avec un marché obligataire traditionnel encore fortement exposé aux énergies fossiles. En Europe – et notamment en Suisse, place financière majeure de la gestion d’actifs et de la finance durable – la transition apparaît davantage intégrée aux portefeuilles institutionnels standards.

Fonds climatiques: des performances en nette reprise, portées par l’Europe et l’Amérique du Nord

En 2025, les fonds cotés thématiques climat ont enregistré un rendement médian de 12,2%, contre 5,2% en 2024, avec des encours atteignant 652 milliards de dollars, en hausse de 16,4% sur un an. À cela s’ajoutent 227 fonds privés climatiques, totalisant 143 milliards de dollars de capital levé, concentrés principalement en Europe, aux Etats-Unis et en Suisse, cette dernière jouant un rôle clé dans la structuration de fonds de private equity, de dette privée et d’infrastructures bas carbone.

Des entreprises américaines puissantes, mais une trajectoire climatique encore insuffisante

Le rapport montre que les trajectoires d’émissions des entreprises cotées mondiales impliquent un réchauffement de 3°C d’ici la fin du siècle, bien au-delà des objectifs de l’Accord de Paris.

Aux Etats-Unis, les entreprises affichent une trajectoire implicite de 2,8°C, proche de celle du pays (2,9°C), tandis que plusieurs pays européens – dont la France (1,9°C) et l’Allemagne (2,0°C) – présentent des trajectoires souveraines plus alignées, même si les entreprises domiciliées en Europe restent en moyenne au-dessus des seuils compatibles avec 1,5°C.

Seules 12% des entreprises cotées mondiales sont aujourd’hui alignées sur une trajectoire à 1,5°C, contre 62% dont la trajectoire dépasse 2°C.

Transparence et objectifs climatiques: une dynamique plus avancée en Europe

Au niveau mondial:

  • 79% des entreprises cotées publient leurs émissions Scope 1 et/ou Scope 2
  • 56% déclarent au moins une partie de leurs émissions Scope 3
  • 32% ont fixé un objectif net zéro
  • 19% disposent d’objectifs validés par la Science Based Targets initiative (SBTi), contre 14% un an plus tôt

Les taux d’adoption et de validation des objectifs climatiques restent plus élevés en Europe et en Suisse que sur le marché américain, où la publication est plus hétérogène et davantage dépendante des cadres volontaires.

Marché des crédits carbone: une demande en hausse, dominée par les grandes entreprises mondiales

En 2025, les entreprises ont retiré 202 millions de tonnes de CO₂e de crédits carbone, quatrième année consécutive de croissance. Les Etats-Unis dominent en volume absolu, mais l’Europe et la Suisse jouent un rôle structurant dans les standards, la certification et la finance carbone. À elles seules, les entreprises énergétiques et financières ont représenté une part significative des retraits, avec Shell en tête (10,4 MtCO₂e).

Conclusion

Le Transition Finance Tracker Q4 2025 met en lumière un paradoxe persistant: les Etats-Unis concentrent la puissance financière, mais l’Europe – Suisse comprise – conserve une avance qualitative dans l’alignement du capital avec la transition climatique. Pour les investisseurs, la performance financière et la gestion du risque climatique apparaissent de plus en plus indissociables, indépendamment des cycles politiques.

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