C’est jour de Fed sur les marchés hier, la Réserve Fédérale maintient son taux directeur entre 3,50% et 3,75%, c’était largement attendu, même si les gouverneurs Waller et Miran votent en faveur d’une baisse de 25 points de base. Le communiqué de politique monétaire qualifie désormais l’activité économique de «solide», indique que les créations d’emplois restent modestes, que le taux de chômage montre des signes de stabilisation et que l’inflation demeure élevée. Voilà donc un ton plutôt restrictif, même si les marchés continuent d’anticiper environ 44 points de base de baisse de taux d’ici la fin de l’année, soit 1 point de base de moins qu’avant la publication. Lors de la conférence de presse, Jerome Powell indique que la politique monétaire se situe toujours dans la partie haute de la zone dite neutre, mais que la Fed est en bonne position pour attendre et observer l’évolution de l’économie. Il ajoute que les risques pesant sur les deux volets du mandat de la Fed (emploi et inflation) ont légèrement diminué, et laisse entendre que la banque centrale devrait marquer une pause pendant un certain temps.
On peut résumer ce FOMC par un laconique: «circulez, il n’y a rien à voir».
Le marché peut donc se pencher sur le second dossier brûlant du jour, les résultats de Microsoft, Meta et Tesla, tous trois publiés après la cloche de 22 heures. Meta dépasse les attentes, son activité solide de publicité en ligne permettant de financer des investissements records dans l’IA. L’action Meta progresse de 5% après la cloche. De son côté Microsoft recule de 4% dans les échanges après-bourse, des ventes décevantes dans le cloud venant ternir l’ampleur de ses dépenses d’investissement. L’une des explications avancées est la difficulté de Microsoft à expliquer clairement comment ses investissements dans l’IA se traduisent concrètement dans son activité. Pour sa part Tesla prévoit d’investir 20 milliards de dollars en 2026 dans l’IA, la robotique et la conduite autonome, tout en arrêtant la production des modèles S et X. Le groupe prévoit également d’investir 2 milliards de dollars dans xAI, malgré un vote des actionnaires défavorable en 2025. Le titre Tesla gagne 2% dans les échanges après-marché? Noter aussi que la division semi-conducteurs de Samsung annonce une multiplication par cinq de son bénéfice trimestriel. Ce n’est pas anecdotique, cette annonce, couplée avec celle de Meta, permet au future Nasdaq100 (NDX) de progresser de 0.4% ce matin, les deux firmes apaisent les inquiétudes autour des dépenses massives dans l’IA. Enfin on peut constater que les réactions contrastées aux publications de Meta et de Microsoft mettent en lumière une tendance du marché à distinguer les gagnants et les perdants de l’IA, une bonne chose. J’allais oublier, selon The Information, Nvidia, Microsoft et Amazon discutent d’un investissement pouvant aller jusqu’à 60 milliards de dollars dans OpenAI.
On revient à Wall Street où les principaux indices terminent leur journée de mercredi proches de l’équilibre. Le podium du jour du S&P500 (SPX) se compose de l’énergie, de la tech et des materials. Le SPX qui repasse d’ailleurs sous la barre des 7000 points. S’il fallait retenir un seul secteur hier, c’est sans conteste celui des semi-conducteurs, qui remercie Samsung mais aussi Texas Instruments (TXN +9,94%) qui publie des prévisions étonnamment robustes pour le premier trimestre, indiquant notamment que la demande d’équipements et de véhicules industriels se remet d’une période difficile. Les semis profitent aussi de la bonne tenue d’Intel (INTC +11%) qui profite en plein des prévisions très encourageantes d’ASML ainsi que du vent porteur Texas Instruments. Les mastodontes de la tech son partagés hier, les volumes d’échanges reculent, la volatilité (VIX) ne bouge pas d’un iota et le breadth est négatif des deux côtés (SPX et NDX).
On se tourne du côté du marché obligataire, qui fait remonter légèrement le rendement du 10 ans US à 4,26% ce matin, la moyenne mobile à 200 jours (@4,23%) a parfaitement joué son rôle de support, côté résistance on regardera 4,31%, c’est le top en séance du 20 janvier. Coup d’œil sur le 10 ans JGB (Japon), qui est plutôt calme depuis deux séances, ce matin il progresse un chouia à 2,24%. Le marché obligataire américain a donc pris acte des propos plutôt faucons de Jerome Powell, en parallèle une partie croissante des intervenants semble se méfier de plus en plus de la dette des Etats-Unis, cela se reflète directement sur le dollar, qui parvient à stopper l’hémorragie hier, merci à Scott Bessent pour ses propos. Le secrétaire au Trésor américain déclare que les Etats-Unis poursuivent une politique de «dollar fort», rappelant que Washington veut soutenir la monnaie américaine en s’appuyant sur des fondamentaux économiques solides plutôt que par des interventions directes sur les marchés des changes. Le billet vert retrouve quelque attrait après ces déclarations, mais la paire EUR/USD traite à 1,1967 (1,2081 hier au plus haut), c’est un plutôt timide rebond que celui-ci. De plus la configuration technique de la paire parle nettement en faveur de l’euro.
On passe au plat de résistance avec l’or, l’argent, le cuivre, le pétrole et leur amies matières premières. Ça balance pas mal dans ce secteur-ci, ce matin en voyant le cours de l’once d’or, mon premier réflexe est d’appeler mes collègues de l’informatique pour leur dire que mon ordinateur est en panne. Après trois cafés serrés, force est de constater que le métal jaune a bel et bien grimpé à 5595 dollars l’once. Il est depuis de retour à 5495 dollars, cela relève du surréaliste. Le niveau actuel du rendement du 10 ans US ne justifie en rien cette nouvelle ruée vers la relique barbare. Le dollar est certes faible mais a légèrement rebondi. Tout ce que j’obtiens comme explication tourne autour des tensions autour de l’Iran. Ok on prend, le pétrole et les actifs refuges montent fortement aujourd’hui.
Le WTI Light Crude dépasse 64 dollars le baril, un plus haut depuis septembre, après des déclarations très fermes de Donald Trump évoquant l’envoi d’une importante flotte militaire vers l’Iran et la possibilité d’une action rapide et violente si nécessaire. En parallèle, l’argent reprend aussi un peu de terrain mais pas trop, l’once traite ce matin à 115,56 dollars, elle est massivement surachetée et sembler chercher un second souffle. Le climat d’aversion au risque est aussi renforcé par l’incertitude politique aux Etats-Unis, notamment la menace d’un shutdown budgétaire et l’analyse de la décision récente de la Fed de maintenir ses taux inchangés.
Au menu macro-économique de ce jeudi, aux Etats-Unis, les inscriptions hebdomadaires au chômage et les chiffres d'import-export de novembre (14h30) précéderont les commandes à l'industrie de novembre (16h00).
SAP SE annonce ses trimestriels et un gros programme de rachat d'actions. Le titre perd 9% dans les premiers échanges. Roche augmente son résultat net de 50%. Givaudan ralentit, pénalisé par la morosité de la région Asie-Pacifique. ABB achève son programme de rachat d'actions 2025. Robinhood cherche à obtenir un rôle clé dans l'introduction en bourse de SpaceX, selon Bloomberg. Toyota Motor affiche des ventes mondiales de véhicules en hausse de 4,6% en 2025, à 11'322'575 unités.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en légère hausse. Tokyo grappille 0,03% à la cloche, Hong Kong monte de 0,51%, Shanghai prend 0,16%, Séoul avance de 0,98% et le Nifty50 progresse de 0,32%. Le future SPX traite en hausse de 0,2%, son compère du NDX gagne 0,4% l’Europe fait de même dans les premiers échanges.
Rendez-vous à 22h CET pour les trimestriels d’Apple.