- Une large majorité des responsables M&A dans le monde anticipe une stabilité ou une hausse de l’activité transactionnelle en 2026
- La disruption technologique, les évolutions géopolitiques, la post-mondialisation et la transformation des stratégies de portefeuille structurent l’environnement M&A actuel
- Le recours à l’intelligence artificielle (IA) dans les transactions a plus que doublé en 2025; un responsable M&A sur trois l’utilise déjà de manière systématique ou reconfigure ses processus
Le marché mondial des fusions et acquisitions dispose de bases solides pour prolonger sa trajectoire haussière en 2026. En 2025, le volume des transactions a progressé de 40%, atteignant 4 900 milliards de dollars US, soit le deuxième montant le plus élevé jamais observé. Telle est la principale conclusion du Global M&A Report 2026 publié par le cabinet international de conseil en stratégie Bain & Company (voir le rapport complet, en anglais).
Des conditions-cadres en nette amélioration
Cette perspective favorable s’appuie sur une enquête menée auprès de 300 responsables M&A à l’échelle mondiale. Quatre répondants sur cinq prévoient de maintenir ou d’intensifier leurs activités transactionnelles en 2026. L’environnement de marché est jugé porteur: les conditions macroéconomiques s’améliorent dans de nombreuses régions, tandis qu’un volume croissant d’actifs détenus par le private equity et le venture capital arrive à maturité et se prépare à une sortie. Par ailleurs, de nombreuses entreprises constatent, tous secteurs confondus, que leurs modèles économiques historiques atteignent les limites de leurs moteurs de croissance traditionnels.
«Pour les entreprises suisses, les opérations de fusions-acquisitions demeurent principalement orientées vers l’international, tandis que la consolidation se poursuit sur le marché domestique dans le secteur financier. En 2026, nous anticipons une nouvelle intensification de l’activité M&A chez les groupes industriels suisses, avec pour objectif le renforcement du coeur de métier», explique Renato Jorio, associé chez Bain et expert en fusions-acquisitions.
«Les conditions sont réunies pour une nouvelle année M&A robuste, dans le prolongement de la reprise quasi record observée au cours des douze derniers mois», poursuit-il. «Face à la disruption technologique, à une économie post-mondialisée et au déplacement des pôles de rentabilité, les entreprises doivent se réinventer. Les fusions-acquisitions joueront un rôle clé dans cette transformation en 2026.»
Les mutations technologiques et géopolitiques au cœur des stratégies M&A
Les avancées technologiques – en particulier dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la robotique et de l’informatique quantique – continueront d’influencer fortement l’activité transactionnelle. À l’échelle mondiale, près d’une transaction technologique sur deux présente déjà un lien direct avec l’IA. Cette tendance devrait encore s’accentuer, les entreprises recherchant activement des actifs leur permettant d’acquérir des talents et des technologies différenciants. En dehors du secteur technologique, les fusions-acquisitions gagnent également en importance, les entreprises s’appuyant de plus en plus sur les transactions pour renforcer leurs capacités stratégiques.
Les évolutions géopolitiques et la post-mondialisation continueront de façonner les stratégies M&A en 2026 et au-delà. Les récents débats sur les droits de douane ont notamment mis en lumière l’impact croissant de la fragmentation sur les flux mondiaux de biens, de capitaux, de propriété intellectuelle et de main-d’oeuvre. «Les entreprises devront prendre des décisions plus audacieuses afin de renforcer sélectivement certaines composantes de leur empreinte mondiale et de réduire leur dépendance vis-à-vis de régions devenues moins attractives», souligne Jorio. «Les fusions-acquisitions, tout comme les cessions, seront des leviers déterminants de cette réorientation stratégique.»
Dans l’ensemble des secteurs, les entreprises recourent par ailleurs davantage aux fusions, acquisitions, cessions et carve-outs, sous l’effet de transformations structurelles qui accentuent la pression sur les portefeuilles d’activités. Plus de 50 %des entreprises interrogées par Bain préparent déjà des actifs en vue d’une cession dans les années à venir. Cette dynamique est portée par la recherche d’un recentrage stratégique, la libération de liquidités et la volonté de tirer parti des niveaux de valorisation actuellement élevés.
L’intelligence artificielle s’impose dans les processus M&A
Selon le rapport Bain, 45 % des responsables M&A ont eu recours à des outils d’IA lors de transactions en 2025, soit plus du double par rapport à l’année précédente. Environ un tiers des répondants utilisent déjà l’IA de manière systématique ou repensent activement leurs processus. Plus de la moitié estiment que l’IA transformera en profondeur la manière dont les transactions sont conduites.
Les entreprises les plus avancées mobilisent l’IA principalement dans cinq domaines clés: le pilotage dynamique du pipeline de transactions, l’affinement des analyses de marché et de concurrence, l’accélération de la réalisation des synergies, la réduction des efforts liés à la préparation de l’intégration et l’implication plus précoce et plus large des parties prenantes.
«L’IA devient un facteur incontournable dans les activités de fusions-acquisitions», affirme Renato Jorio. «Les entreprises qui adoptent ces technologies de manière précoce se dotent d’un avantage compétitif décisif. Les acteurs de premier plan utilisent désormais l’IA sur l’ensemble du cycle transactionnel, de l’identification des opportunités à l’intégration, en passant par l’exécution et l’apprentissage organisationnel.»
Une pression accrue sur l’allocation du capital
L’un des principaux défis du marché M&A en 2026 réside dans la tension croissante sur le capital. Malgré une activité transactionnelle soutenue, la part du capital consacrée aux fusions-acquisitions est tombée à son niveau le plus bas depuis trois décennies. Dans le même temps, les entreprises ont intensifié leurs réinvestissements, notamment dans les immobilisations (Capex) ainsi que dans la recherche et le développement.
Face à ces exigences concurrentes, les critères appliqués aux transactions se renforcent sensiblement. Dans ce contexte, le rapport Bain souligne l’importance d’une discipline stratégique accrue et d’un focus rigoureux sur la création de valeur.
Comment les entreprises doivent se positionner en 2026
Bain identifie plusieurs axes d’action prioritaires pour les stratégies M&A en 2026. Les transactions doivent être pensées dans un cadre stratégique renouvelé: elles doivent contribuer explicitement à renforcer la compétitivité sur des marchés attractifs, à accélérer le développement de capacités clés ou à se désengager d’activités pour lesquelles l’entreprise n’est plus le propriétaire le plus pertinent. En parallèle, les grandes acquisitions réalisées ces dernières années doivent être traduites en création de valeur durable, grâce à des priorités d’intégration clairement définies.
Dans un contexte de capital plus contraint, une due diligence rigoureuse, fondée sur des thèses claires, gagne également en importance. Celle-ci doit non seulement sécuriser les transactions, mais aussi évaluer de manière critique si les fusions-acquisitions constituent réellement la meilleure allocation du capital. Enfin, les entreprises sont appelées à renforcer leurs compétences M&A tout au long du cycle de transaction. Une allocation du capital de long terme, régulièrement réévaluée, demeure essentielle pour définir clairement le rôle stratégique du M&A et le communiquer avec transparence aux investisseurs.
«En 2026, les entreprises les plus performantes n’utilisent pas le M&A de manière opportuniste, mais comme un levier central de leur transformation stratégique», conclut Renato Jorio. «La clé du succès réside dans un focus constant sur la création de valeur, une priorisation claire et une discipline rigoureuse dans l’utilisation du capital.»