Ebullition dans le secteur de l’énergie

Matthieu Lavillunière, SILEX

2 minutes de lecture

Face à une demande qui accélère, les Etats s’agitent enfin pour investir dans les infrastructures énergétiques.

C’est un sujet dont l’importance cruciale apparait de manière de plus en plus claire aux marchés financiers: la demande en électricité, qui (et c’est trop peu souligné) a connu une longue période de stabilité aux Etats-Unis et de léger recul en Europe (jusqu’au tournant du Covid), est repartie en croissance structurelle et dynamique, mouvement sur lequel nous avons aujourd’hui de la visibilité à horizon 2030.

Les facteurs s’empilent au fil du temps et créent une dynamique qui nécessite une accélération massive des investissements dans le secteur.

  1. L’électrification tout d’abord, du parc automobile et de manière croissante de l’industrie et du résidentiel, tendance de fond qui a réaccéléré la demande à partir de la fin de la décennie 2010.
  2. L’intelligence artificielle ensuite, qui depuis la sortie de ChatGPT en novembre 2022, a entraîné une colossale vague d’investissements dans les data centers, qui consomment de grande quantité d’électricité. De par sa rapidité et sa puissance, ce facteur est objectivement celui qui oblige les pays occidentaux à changer de braquet sur les investissements énergétiques.
  3. Enfin, la question du reshoring, surtout aux Etats-Unis, accroît encore les perspectives de demande d’électricité d’ici la fin de la décennie, du fait du caractère énergivore de l’industrie.

Face à ce constat, que personne n’avait anticipé, et surtout pas les gouvernements (à l’exception de la Chine), l’accélération des investissements nécessaires se chiffre en centaines de milliards de dollars. Construire de nouvelles capacités de production modernes, aux normes actuelles de sécurité, nécessite d’énormes investissements.

Aux Etats-Unis, l’administration Trump mène une politique très volontariste d’accélération des investissements, qui passe par divers leviers comme la dérégulation et le soutien direct de l’Etat fédéral.

En ce début d’année 2026, un certain nombre d’annonces nous montrent que les pays européens commencent à se saisir du problème. Début janvier, le Royaume-Uni a publié les résultats de l’enchère AR7 pour l’éolien offshore, avec un record de 8,4 GW attribués à 12 projets. L’investissement est estimé entre 23,5 et 26 milliards de livres et la capacité allouée pourrait fournir de l’électricité à environ 10 millions de foyers. Mi-janvier, c’est l’Allemagne qui a annoncé un accord avec la Commission européenne pour un appel d’offres de 12 GW, pour l’essentiel pour de nouvelles centrales à gaz. Une centrale à gaz moderne a une puissance de 500 à 800 MW: le programme représente donc environ 15 à 25 unités. Les utilities allemandes (RWE, Uniper, EnBW) et les équipementiers (Siemens Energy) sont bien placés pour en bénéficier, avec d’autres vagues possibles en 2027 puis 2029/2030.

Aux Etats-Unis, l’administration Trump mène une politique très volontariste d’accélération des investissements, qui passe par divers leviers comme la dérégulation et le soutien direct de l’Etat fédéral, notamment dans les terres rares et la fabrication de combustible nucléaire (HALEU). Elle souhaite également que les géants de la tech s’impliquent davantage, notamment en apportant des capitaux. C’est ce qui a justifié selon nous les menaces de forcer les acteurs du secteur à payer pour la construction de 15GW de nouvelles capacités, proférées mi-janvier.

Meta a entendu le message et annoncé de nouveaux accords d’achat de long terme de 6,6 GW d’énergie nucléaire, avec Vistra (une utility) et Oklo (un acteur de nouvelle génération développant des Small Modular Reactors). Il nous semble très probable que d’autres accords de ce type soient conclus dans les prochaines semaines pour répondre à l’appel du Président américain.

Ce contexte est évidemment très favorable pour:  

  1. Les fabricants de matériel: des turbines à gaz aux câbles électriques, en passant par les équipements destinés aux réseaux;  
  2. Les utilities qui retrouvent une dynamique de croissance des profits très importante,
  3. La chaine de valeur du nucléaire, qui voit démarrer un cycle d’investissement comme on n’en avait plus observé depuis les années 1980.

Au-delà de ces bénéficiaires directs, les producteurs de cuivre, de terres rares, de gaz naturel, devraient également bénéficier de cette très forte dynamique. 

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