Investir en obligations européennes: stratégie pour 2026

Arthur Jurus, ODDO BHF

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La dérive des finances publiques américaines constitue un risque latent pour l’équilibre obligataire mondial.


Les marchés obligataires européens restent structurellement attractifs malgré un environnement politique et géopolitique instable. Les rendements des emprunts d’État allemands, qui servent de référence à la zone euro, ont légèrement progressé en 2025, tandis que la courbe des taux s’est redressée sous l’effet d’une hausse des maturités longues. Après avoir brièvement touché le seuil de 2% fin 2024, le Bund à 10 ans évolue désormais autour de 2,9%, ce qui signifie que les obligations souveraines offrent à nouveau des rendements réels positifs, proches de 1% pour les titres indexés sur l’inflation.

Les obligations d’entreprises offrent aujourd’hui un meilleur couple rendement/risque que les dettes souveraines. Le rendement moyen ajusté des options de l’indice Bloomberg Euro Aggregate Corporate 1–10 ans se situe autour de 3,1%, pour une duration de 4,1 ans, contre une duration moyenne de 8,9 ans pour les Bunds allemands. Cela signifie que le prix des obligations d’État est plus de deux fois plus sensible aux variations de taux que celui des obligations d’entreprises, pour un niveau de rendement désormais comparable.

Les primes de risque de crédit sont historiquement faibles mais ne signalent pas un risque systémique imminent. En comparant les obligations d’entreprises et les obligations d’État de duration équivalente, la prime de crédit ressort à environ 75 points de base, un niveau comparable à ceux observés en 2015, en 2018 et à la sortie de la crise sanitaire en 2020–2021. Malgré ce niveau bas, aucun indicateur macroéconomique ou financier ne suggère à ce stade un élargissement brutal des spreads, dans un contexte de croissance modérée, de taux de défaut bas et de conditions monétaires désormais neutres.

La pente de la courbe des taux pourrait continuer à se redresser sous l’effet des besoins de financement publics. 

La stabilité macroéconomique européenne limite le risque d’un choc obligataire à court terme. La croissance réelle attendue autour de 1% correspond au potentiel de la zone euro, ce qui réduit la probabilité de nouvelles baisses de taux de la BCE. L’inflation s’étant stabilisée, la politique monétaire ne constitue plus un soutien artificiel aux prix obligataires, mais ne représente pas non plus un frein majeur. Les déclarations récentes de membres du directoire de la BCE suggèrent même que les taux pourraient se normaliser à long terme.

La pente de la courbe des taux pourrait continuer à se redresser sous l’effet des besoins de financement publics. Les émissions massives de dette, en particulier en Allemagne où le gouvernement prévoit environ 180 milliards d’euros de nouvelles obligations en 2026, avec des besoins bruts dépassant 500 milliards d’euros, exercent une pression haussière sur les rendements longs, indépendamment de la politique monétaire.

Les États-Unis demeurent une source majeure d’incertitude pour les marchés obligataires mondiaux. Le rendement du Treasury à 10 ans s’établit autour de 4,15%, en baisse par rapport à l’an dernier, dans un contexte de ralentissement économique et d’assouplissement monétaire. Les marchés anticipent encore jusqu’à deux baisses de taux en 2026, mais la politisation croissante de la Fed et les pressions exercées par l’exécutif pourraient raviver les tensions sur les maturités longues si l’indépendance monétaire venait à être remise en cause.

La dérive des finances publiques américaines constitue un risque latent pour l’équilibre obligataire mondial. Le déficit fédéral devrait atteindre 1700 milliards de dollars en 2026, soit environ 5,5% du PIB, tandis que le ratio de dette publique est attendu à 125% du PIB. Si les investisseurs venaient à exiger une prime de risque plus élevée pour financer ces déséquilibres, les rendements longs américains pourraient se tendre, avec un effet de contagion sur les marchés européens.

Les obligations conservent néanmoins toute leur place dans une allocation diversifiée, à condition d’en maîtriser la sensibilité aux taux. Dans ce contexte, une gestion prudente de la duration, légèrement inférieure au benchmark, permet de capter le portage sans s’exposer excessivement au risque de remontée des rendements. Malgré des primes de risque comprimées et des incertitudes géopolitiques persistantes, les obligations européennes restent attractives pour les investisseurs disposant d’un horizon de moyen à long terme. 

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