Depuis les années 1970, et en particulier depuis la fin de la guerre froide, une part importante des tensions géopolitiques mondiales a concerné le Moyen‑Orient, avec des effets récurrents sur les marchés pétroliers, sous la forme de chocs haussiers sur les prix. Le pétrole jouait le rôle de couverture géopolitique dans les portefeuilles, ce qu’il a continué de faire jusqu’en 2022 lorsque les sanctions à l’encontre de la Russie ont été adoptées. Aujourd’hui, les risques ont évolué et les États-Unis, sous l’administration Trump, sont devenus une source de tensions. Le pétrole ne joue plus son rôle de couverture, dans un contexte où les excès d’offre tirent les prix vers le bas.
De la même manière que la nature des risques a évolué, les actifs de couverture contre les risques géopolitiques ne sont plus les mêmes. L’or et les métaux stratégiques, ainsi que, au sein des actions, le thème de la défense et de la souveraineté européenne, ont pris le relais par rapport au pétrole.
Le thème de la défense est l'une des meilleures couvertures contre le risque géopolitique.
Dans la mesure où la perception du risque est élevée, ces actifs ont déjà effectué un beau parcours et traitent à des niveaux élevés. Mais la couverture contre les risques a un prix, qu’on peut assimiler à une prime d’assurance. Plus les risques sont élevés, plus la prime d’assurance est élevée. Qui peut affirmer aujourd’hui que les risques ont atteint un pic autour de la question du Groenland, et que, désormais, ils vont s’atténuer? Quelles surprises l’administration Trump peut-elle encore nous réserver? La Chine pourrait se sentir en position de force pour annexer Taïwan, alors que la position des États-Unis sur le sujet est devenue plus ambiguë. Le prix de l’or a quasiment doublé en un an et pourrait connaître le même parcours au cours des 12 prochains mois alors que l’actif sans risque traditionnel, les bons du Trésor américain, est devenu plus risqué.
L’or présente deux qualités importantes. D’une part, c’est un actif décorrélé des actions qui délivre de solides performances à long terme. Au cours des vingt dernières années, l’or a délivré une performance supérieure à celle du S&P 500 (dividendes réinvestis), avec une faible corrélation avec celui-ci. L’or présente aussi l’attrait d’être le seul actif de réserve qui n’est pas adossé à un état et qui donc échappe au risque de gel des avoirs qui inquiète certains investisseurs institutionnels comme les fonds souverains ou les banques centrales des pays émergents, dont la Chine en premier lieu.
Les terres rares, et plus largement les métaux stratégiques, ont également connu un parcours impressionnant, alors que la Chine occupe une position dominante tout au long de la chaîne de valeur : de l’extraction au raffinage, puis à la transformation de nombreux métaux essentiels. Ces matériaux sont indispensables à des secteurs clés tels que l’aérospatiale, les semi‑conducteurs, les batteries pour véhicules électriques, l’électronique grand public, les équipements nécessaires à la production d’énergies renouvelables, etc.
Le thème de la défense est l'une des meilleures couvertures contre le risque géopolitique. Le thème reste malheureusement d’actualité, alors que la Russie demeure une menace pour l’Europe, qui a sous-investi de manière chronique au cours des dernières décennies. Les États-Unis souhaitent également augmenter de manière significative le budget de la défense. Au-delà de l’Europe et des États-Unis, le thème de la défense est également plus global. Lors du sommet de l’OTAN en 2025, les pays membres se sont engagés à porter les dépenses militaires à 5% du PIB, un objectif très ambitieux qui mettra du temps à être atteint.
Enfin, le thème de la souveraineté européenne a émergé à la suite du rapport Draghi de 2024. Celui-ci a mis en lumière la dépendance croissante du continent à l’égard d’acteurs étrangers pour des composants, des logiciels, des équipements ou des services essentiels à son économie. Pour répondre à ces vulnérabilités, les institutions européennes ont défini une série de priorités visant à renforcer l’autonomie stratégique du continent. Elles s’articulent autour d’un objectif central: assurer à l’Europe les moyens de rester un acteur majeur sur la scène géopolitique capable de protéger ses intérêts, d’innover et de poser les bases d’une croissance forte et durable. Du point de vue des marchés financiers, cette thématique est attractive, car elle bénéficie d’un solide soutien des politiques économiques nationales et européennes, qui s’inscrivent dans la durée.