La souveraineté européenne: une thématique d’avenir

Philippe Ferreira, Kepler Cheuvreux Solutions

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Confrontée à des ruptures technologiques majeures et à une recomposition des équilibres géopolitiques, l’Europe doit aujourd’hui redéfinir les fondements de sa compétitivité.

L’Europe aborde une phase décisive de son histoire économique. Confrontée à des ruptures technologiques majeures et à une recomposition des équilibres géopolitiques, elle doit aujourd’hui redéfinir les fondements de sa compétitivité. Les dernières analyses consacrées à l’avenir du continent dressent un constat clair: le modèle européen, longtemps considéré comme stable et performant, montre désormais des signes de vulnérabilité structurelle, en particulier face aux autres grandes puissances qui ont accéléré leurs investissements dans les technologies du futur.

L’un des diagnostics les plus marquants concerne le retard accumulé dans le numérique. Alors que d’autres régions ont massivement investi dans l’intelligence artificielle, les infrastructures digitales ou la fabrication des semi-conducteurs, l’Europe a connu une progression plus lente, qui s’est traduite par un déficit d’innovation et une productivité en berne. A cette faiblesse technologique s’ajoute un risque plus large: la dépendance croissante du continent à l’égard d’acteurs étrangers pour des composants, des logiciels, des équipements ou des services essentiels à son économie.

Pour répondre à ces vulnérabilités, les institutions européennes sont parties du rapport Draghi pour définir une série de priorités structurantes visant à renforcer l’autonomie stratégique du continent. Elles s’articulent autour d’un objectif central: assurer à l’Europe les moyens de rester un acteur majeur sur la scène géopolitique capable de protéger ses intérêts, d’innover et de poser les bases d’une croissance forte et durable.

La première priorité consiste à réduire l’écart d’innovation. Les secteurs de l’intelligence artificielle, des biotechnologies, de l’espace et des technologies numériques avancées sont identifiés comme des terrains où l’Europe doit impérativement renforcer ses capacités. Cette ambition ne se limite pas au financement de la recherche; elle inclut également la création d’un environnement plus favorable à l’émergence d’entreprises capables de se développer à grande échelle et de soutenir les efforts nécessaires en matière d’investissement.

Le deuxième enjeu majeur est celui de la transition énergétique. Pour demeurer compétitive, l’Europe doit garantir un accès à une énergie à la fois décarbonée et abordable. Aujourd’hui, les coûts énergétiques y sont sensiblement plus élevés que dans d’autres régions, pénalisant l’ensemble de l’appareil productif. La décarbonisation des secteurs les plus énergivores, la modernisation des réseaux et le développement d’infrastructures propres représentent des leviers incontournables pour réduire les coûts, améliorer la résilience et favoriser l’investissement.

La question des dépendances stratégiques occupe également une place centrale. La pandémie, la guerre en Ukraine et les tensions commerciales ont montré à quel point les chaînes d’approvisionnement pouvaient être fragilisées. Cela concerne aussi bien les composants numériques que les matières premières critiques, dont l’accès conditionne le développement des technologies bas-carbone, des équipements industriels ou des systèmes de défense. L’Europe, qui ne produit qu’une faible part des métaux et minéraux essentiels utilisés dans son industrie, s’expose à des risques liés à la concentration de la production de ces ressources dans quelques pays tiers. La sécurisation des approvisionnements, via le développement du recyclage, la diversification des fournisseurs et la relocalisation de certaines capacités, devient indispensable.

La souveraineté européenne implique également une montée en puissance des capacités industrielles dans les domaines de la défense, de la santé et de l’alimentation. La révision des objectifs de dépenses de défense, les initiatives pour moderniser les infrastructures et les programmes de coopération entre États témoignent d’une prise de conscience collective. Dans le secteur de la santé, la dépendance de l’Europe à l’égard de productions externalisées, notamment pour les médicaments essentiels, a révélé la nécessité d’un tissu industriel plus robuste et plus autonome. L’alimentation, en revanche, constitue un domaine où l’Europe conserve une position solide.

Ces transformations ne pourront aboutir qu’à travers une coordination renforcée entre les Etats membres, un cadre réglementaire plus simple et une mobilisation accrue des financements publics comme privés.

Du point de vue des marchés financiers, cette thématique est attractive car elle est portée par un fort soutien des politiques économiques nationales et européennes qui s’inscrivent dans la durée. Au sein de Kepler Cheuvreux, et avec l’appui des équipes d’analystes, nous avons identifié un ensemble de valeurs européennes qui devraient bénéficier de cette dynamique.

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