Un rapide coup d’œil dans le rétroviseur suffit à rappeler que l’année 2025 n’a rien eu d’un long fleuve tranquille. Mise en place de tarifs douaniers, confrontation sino-américaine, épisode Deepseek, volatilité du pétrole au gré des conflits armés: autant d’événements qui auraient pu peser lourdement sur la croissance mondiale. Pourtant, il n’en a rien été. Selon le Fonds monétaire international, celle-ci devrait même dépasser les 3%.
Politiques budgétaires expansionnistes: le retour de la dominance fiscale
Au-delà de la résilience de la consommation, la capacité des économies à absorber ces chocs repose sur deux tendances majeures. La première est d’origine publique. Les politiques budgétaires sont restées largement expansionnistes. L’exemple le plus marquant de 2025 demeure le vote de l’OBB (One Big Beautiful Act, également appelé One Beautiful Bill), qui devrait creuser le déficit américain de 3,8 trillions de dollars sur les dix prochaines années selon le Congressional Budget Office (CBO). Plus récemment, le Japon a rejoint ce régime de «dominance fiscale» à la suite de l’élection de la nouvelle Première ministre, Sanae Takaichi.
Aux Etats-Unis, les dépenses d’investissement (CapEx) des entreprises technologiques dans les centres de données ont atteint près de 400 milliards de dollars en 2025.
L’investissement privé dopé par l’IA
La sphère privée n’est toutefois pas en reste. L’investissement est reparti de plus belle, notamment dans les secteurs liés à l’intelligence artificielle. Aux Etats-Unis, les dépenses d’investissement (CapEx) des entreprises technologiques dans les centres de données ont atteint près de 400 milliards de dollars en 2025, compensant largement l’atonie de l’immobilier résidentiel. Plus globalement, les échanges de produits technologiques ont constitué un contributeur significatif à la vigueur du commerce mondial, selon l’Organisation mondiale du commerce.
Actions: une performance globale portée par l’Europe bancaire
Portées par ces tendances de fond, les performances des marchés actions ont été particulièrement favorables en 2025. Malgré la domination du secteur technologique américain — tant en capitalisation qu’en couverture médiatique — il convient de rappeler que ce sont les banques européennes qui terminent l’année en tête, avec une hausse de 67%, soutenant l’ensemble de la zone euro. De l’autre côté de l’Atlantique, le marché actions a une nouvelle fois «gravi le mur des inquiétudes» et se traite désormais sur un multiple de cours sur bénéfices prospectifs à 12 mois de 22 fois, alors même que le consensus anticipe une croissance des bénéfices par action de 15% cette année.
Obligations: une année de portage et de fortes divergences régionales
Le bilan est plus contrasté du côté obligataire. Le crédit, qui avait entamé 2025 avec des spreads déjà historiquement resserrés, n’a logiquement offert qu’une performance modeste, essentiellement liée au portage (+3% pour le crédit Investment Grade euro et +5,3% pour le High Yield).
Sur le segment des dettes souveraines, la discrimination a été plus marquée. L’annonce de la relance allemande, rompant avec la doctrine d’austérité budgétaire historique, a provoqué une tension sur les rendements des obligations nationales. Résultat: une année quasi blanche pour les obligations d’État de la zone euro (+0,6%), à l’inverse de leurs homologues américaines (+6,3% en euros), qui ont bénéficié de trois baisses de taux directeurs en 2025.
Métaux: les grands gagnants dans un monde incertain
Le panorama ne serait pas complet sans évoquer les métaux, et en particulier les métaux précieux. Grands gagnants de l’année, ils ont profité d’un contexte géopolitique tendu et des craintes de «débasement» des monnaies. L’or a ainsi progressé de 42% en euros sur l’année, soutenu par des achats massifs de banques centrales.
Les métaux industriels, à commencer par le cuivre, n’ont pas été en reste, portés par l’essor de l’IA et les besoins liés à la transition énergétique.
2026: l’allocation géographique comme principal moteur d’alpha
Ces constats conduisent naturellement à s’interroger sur l’allocation optimale en ce début d’année 2026. Sur la classe d’actifs obligataire, la pentification des courbes observée en 2025 constitue un changement de paradigme majeur, permettant à nouveau d’être rémunéré pour le temps qui passe.
La génération d’alpha devrait toutefois passer avant tout par l’allocation géographique, avec une opportunité potentielle en zone euro après une année en demi-teinte, dans un contexte d’absence d’anticipation de baisse des taux courts en 2026. A l’inverse, les investisseurs s’attendent à deux baisses de taux de la part de la Réserve fédérale américaine.
Valorisation et diversification au cœur des stratégies
Sur les marchés actions, la valorisation restera au cœur des attentions dans un environnement de taux longs élevés et d’anticipations de croissance bénéficiaire toujours optimistes. La cherté du marché américain devrait inciter les investisseurs à rechercher des opportunités offrant un meilleur couple rendement-risque sur d’autres zones géographiques.
Enfin, les métaux ne devront pas être négligés. Portés par des tendances structurelles fortes, ils ont déjà démontré en 2025 leur utilité dans une logique de diversification face à la répétition des chocs géopolitiques. De ce point de vue, l’année 2026 débute déjà sur les chapeaux de roue.