Résultats trimestriels: un phare dans le brouillard

Pierre Pincemaille, DNCA

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Les investisseurs regardent vers 2026 où l’Europe avance avec plusieurs moteurs tandis que les Etats-Unis restent dominés par la technologie.

©Keystone

 

Aux initiatives tarifaires américaines s’est ajouté le plus long shutdown fédéral, paralysant la publication des données économiques. Les indicateurs d’octobre disparaissent même totalement. Privés de repères macroéconomiques, les investisseurs se tournent vers les entreprises pour évaluer la consommation, l’investissement et l’emploi.

Des résultats américains très solides

Malgré l’ambiance anxiogène, la saison de publication américaine est remarquable: 80% de surprises positives, contre 75% en moyenne, alors que les attentes n’avaient pas été révisées en amont. Les bénéfices progressent de 14% au troisième trimestre par rapport à T3 2024, soit près du double des prévisions. En Europe, les surprises sont plus modestes mais les bénéfices par action (BPA) affichent malgré tout une croissance de 1%, une performance notable dans le contexte actuel.

Nvidia, Microsoft, Google: une dynamique sectorielle révélatrice

La technologie et les télécommunications ont porté la croissance américaine, soutenues par Nvidia, Microsoft et Google, mais ce sont les financières qui surprennent le plus avec une progression de 25%. L’écart de croissance entre les Mag7 et le reste du marché se resserre, signalant une normalisation des mégacaps.

En Europe, les banques mènent également la danse, tandis que la technologie et l’immobilier figurent parmi les rares secteurs en progression. La consommation discrétionnaire, en chute libre de 50%, pèse lourdement sur l’ensemble.

Walmart et Starbucks illustrent une consommation à deux vitesses

Dans un marché du travail proche de la «vitesse de calage», les entreprises dévoilent une demande affaiblie dans le voyage, l’automobile et la restauration. A l’inverse, Walmart et Starbucks rapportent des tendances stables ou en amélioration, signe de gains de parts de marché des acteurs les plus solides. Le phénomène illustre la croissance en K (situation où les ménages aisés voient leur confiance progresser tandis que celle des ménages modestes s’érode).

L’IA s’impose comme thème central

Les directions d’entreprise convergent sur trois sujets: l’IA, les marges et les retours aux actionnaires. Au-delà des capex massifs des hyperscalers, les transcriptions révèlent des gains opérationnels anticipés dans l’énergie et la consommation discrétionnaire, ainsi qu’une demande finale renforcée pour les industriels, véritables «pelles et pioches» de cette nouvelle révolution. Les réductions d’effectifs, elles, n’arrivent qu’en toute fin des préoccupations évoquées.

Une réaction de marché asymétrique

En Europe, les variations de cours sont relativement équilibrées entre entreprises en dépassement et en retard. Aux Etats-Unis, les marchés pénalisent fortement les déceptions tandis que les bonnes surprises ne sont que timidement récompensées. Une conséquence directe des valorisations élevées, le S&P 500 se traitant à 22x les bénéfices prospectifs à douze mois.

La décote européenne au-delà de 25% pourrait se résorber en 2026

Les investisseurs se tournent désormais vers 2026. Les anticipations de croissance sont proches entre les régions, 14,2% pour le S&P 500 contre 11,7% pour le Stoxx 600, mais la composition diffère: l’Europe bénéficie d’une diversité de moteurs – consommation discrétionnaire, financières, industrielles – tandis qu’aux Etats-Unis la technologie domine par son poids.

Après plusieurs années de supériorité américaine, les initiatives gouvernementales européennes, notamment en Allemagne, combinées au levier opérationnel des entreprises, renforcent la crédibilité des prévisions. Si l’écart de croissance reste stable, la décote européenne, aujourd’hui supérieure à 25%, pourrait mécaniquement se réduire.

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