L’année 2025 restera dans les annales comme celle où les bouleversements de politique économique ont mis à l’épreuve la résilience de l’économie mondiale, d’une manière que peu de personnes avaient anticipée. Les tensions commerciales se sont intensifiées, les pressions inflationnistes ont persisté et les fractures géopolitiques ont empiré. Pourtant, sur fond d’incertitude, la croissance s’est maintenue, portée par la solidité des bilans, des réponses basées sur des politiques économiques agiles et l’essor accéléré de l’intelligence artificielle. Ces forces ont non seulement façonné l’année 2025, mais elles dessineront également les contours de 2026.
Un récapitulatif de 2025
Malgré les chocs géopolitiques, les changements de politique économique et les questions concernant la croissance axée sur l’IA, 2025 a généré de solides plus-values à grande échelle tant pour les actions que pour les obligations.
Si, en 2025, les vents contraires n’ont pas empêché de solides rendements de soutenir de nombreux portefeuilles, la discipline restera déterminante pour naviguer dans des marchés plus volatils.
Les marchés ont inscrit de nouveaux sommets historiques dans plusieurs classes d’actifs, régions et secteurs. Le S&P 500 a progressé de 17,9% dividendes inclus, le Dow Jones de 14,9% et le Nasdaq de 21,2%. Les taux d’intérêt ont fait preuve d’une stabilité relative par rapport aux années précédentes: le bon du Trésor des Etats-Unis à 10 ans a terminé à 4,17%. Les obligations ont par ailleurs fortement rebondi, l’indice Bloomberg U.S. Aggregate affichant une performance de 7,3%, récupérant une large part du terrain perdu depuis 2022.
Cette solidité s’est manifestée malgré plusieurs vents contraires notables.
En avril, de nouveaux droits de douane réciproques visant des partenaires commerciaux majeurs ont provoqué une correction marquée, rapidement effacée par les marchés, qui ont retrouvé des sommets dès l’été.
La volatilité est également restée élevée en raison du questionnement quant au caractère pérenne des investissements en intelligence artificielle et des rendements associés. Les dépenses massives liées à l’IA réalisées par les «Magnificent 7» et les hyperscalers ont suscité des comparaisons avec la bulle Internet, bien que les secteurs liés à l’IA aient obtenu des performances au bout du compte.
La paralysie du gouvernement de 43 jours, la plus longue de l’histoire, a eu un impact minime sur les marchés malgré les perturbations des activités fédérales.
Si, en 2025, ces vents contraires n’ont pas empêché de solides rendements de soutenir de nombreux portefeuilles, la discipline restera déterminante pour naviguer dans des marchés plus volatils. De nouvelles incertitudes – élections de mi-mandat aux Etats-Unis, changement à la tête de la Fed, fragilité persistante du marché du travail – laissent penser que 2026 mettra cette discipline à l’épreuve sous des formes inédites.
Les forces structurelles à l’œuvre aux États-Unis
Les États-Unis se situent à l’épicentre des espoirs et des inquiétudes liés à la croissance mondiale. La paralysie de l’administration fédérale continue de brouiller la visibilité à court terme, mais l’architecture fondamentale de l’économie demeure intacte. Les marges des entreprises restent robustes, leur permettant de s’adapter aux perturbations, tandis que l’enrichissement des ménages a renforcé la solidité de leurs bilans et soutenu la consommation.
Sous ces piliers bien identifiés émerge désormais un nouveau moteur: les investissements dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle. Au premier semestre 2025, les dépenses d’investissement liées à l’IA ont représenté près de la moitié de la croissance du PIB – un chiffre spectaculaire qui illustre l’ampleur du changement structurel en cours. À cela s’ajoutera en 2026 une couche supplémentaire de complexité budgétaire. Le «One Big Beautiful Bill Act» promet une relance brève mais puissante; si son impact direct pourrait s’estomper rapidement, l’impulsion à l’investissement qu’il déclenche pourrait se prolonger bien au-delà de la première impulsion budgétaire. Dans ce contexte, la demande de main-d’œuvre ralentit. Toutefois, l’évolution de la dynamique de l’offre de travail, notamment le durcissement des politiques migratoires, joue également un rôle. Autrement dit, le fléchissement des embauches traduit un refroidissement de l’économie, mais non une économie au bord d’un délitement du marché du travail.
Pour la Réserve fédérale, l’interaction entre investissements portés par l’IA, relance budgétaire et dynamique de l’offre de travail plaide en faveur d’un cycle d’assouplissement seulement modéré. L’inflation demeure par ailleurs supérieure à l’objectif, tandis que l’impact complet des droits de douane sur les tensions sur les prix continue de se déployer, justifiant une approche prudente. En 2026, le principal défi de la Fed sera donc de calibrer sa politique dans un environnement où les forces structurelles, au lieu des forces cycliques, pilotent désormais la croissance et la dynamique inflationniste.
Des perspectives mondiales qui se précisent
A l’échelle mondiale, le tableau reste nuancé. La Chine a déjoué les craintes d’une récession des exportations: les chaînes d’approvisionnement se réorientent progressivement au détriment des États-Unis et au profit de chaînes de valeur intra-asiatiques, tandis que le pays intensifie ses efforts pour dominer la prochaine vague d’innovation technologique. Cette volonté de s’appuyer davantage sur ses atouts externes et sur l’innovation sera déterminante alors que la demande intérieure continue de s’essouffler, malgré des tentatives de relance mesurées.
La détermination de la Chine à préserver son excédent courant tout en réduisant sa dépendance aux Etats-Unis constitue également un défi pour l’Europe. Une concurrence accrue sur les marchés d’exportation menace le secteur manufacturier européen et pourrait générer de modestes pressions désinflationnistes. Toutefois, l’assouplissement des conditions financières et l’abandon, longtemps attendu, de l’austérité budgétaire en Allemagne devraient soutenir l’activité économique.
L’Europe ne devrait pas s’imposer comme la zone la plus performante en 2026; néanmoins, la solidité de ses fondamentaux macroéconomiques et son exposition relativement limitée aux valeurs technologiques – alors que montent les craintes d’une bulle de l’IA – pourraient séduire de nombreux investisseurs.
Le défi de 2026
L’année 2026 s’annonce comme une année empreinte de paradoxes. Portés par l’innovation et la résilience macroéconomique, les marchés pourraient déborder d’optimisme, tandis que les interrogations sur la pérennité des gains obtenus dans le secteur technologique projettent une ombre discrète. Si les fondamentaux macroéconomiques tiennent, les marchés pourraient continuer à progresser malgré un climat d’inquiétude.
Les investisseurs devront rester exposés aux moteurs de croissance transformatrice tout en maîtrisant les risques de concentration, dans un climat de scepticisme croissant. Le véritable défi consistera à trouver l’équilibre entre conviction et prudence: adopter l’innovation sans ignorer les signaux d’alerte d’une fin de cycle.