L’actualité sur le plan économique et géopolitique continue de défiler à un rythme effréné en ce début d’année. A quels aspects faut-il toutefois être le plus attentif en tant qu’investisseur? Le point avec Carlos Mejia, CIO de Rothschild & Co.
Lors d’une présentation consacrée aux perspectives d’investissement pour 2026, vous souligniez qu’il est important de bien distinguer entre «bruit» et «information». Qu’est-ce qui relève du bruit, qu’est-ce qui relève de l’information?
Si l’on prend le cas des Etats-Unis, il y a plusieurs exemples que l’on pourrait citer. Au fur et à mesure que le gouvernement a réouvert ses différentes administrations, il a été possible d’avoir accès aux données du marché du travail aux Etats-Unis, avec un taux de chômage qui a un peu augmenté. Il vaut donc la peine d’analyser en détail ces chiffres. Il en va de même pour la consommation qui représente plus des deux tiers du PIB américain et qui se porte toujours bien. On peut aussi évoquer l’inflation, qui a ralenti en novembre aux Etats-Unis. Tous ces aspects influeront sur les décisions de la Réserve fédérale américaine ces prochains mois. Pour 2026, nous anticipons jusqu’à 3 baisses de taux du côté de la Fed sur l’ensemble de l’année.
«Les gens continuent de consommer, les banques centrales apportent de la liquidité sur les marchés, les bénéfices des entreprises continuent de croître et les valorisations des sociétés américaines, hors ‘7 Magnifiques’, se situent à un niveau élevé mais raisonnable.»
Enfin, en tant qu’investisseur basé en Europe, il faut aussi garder un œil attentif à l’évolution du dollar par rapport à l’euro et au franc.
En résumé, les gens continuent de consommer, les banques centrales apportent de la liquidité sur les marchés, les bénéfices des entreprises continuent de croître et les valorisations des sociétés américaines, hors «7 Magnifiques», se situent à un niveau élevé mais raisonnable. Les différents exemples que j’ai cités sont de réelles informations dont il faut tenir compte alors que l’on aborde l’année 2026.
Et qu’est-ce qui relève alors du «bruit»?
On ne pourrait bien sûr pas affirmer que tous les aspects autres que ceux que je viens d’évoquer relèvent simplement du «bruit». Néanmoins - et c’est le point sur lequel nous insistons souvent lorsque nous parlons de stratégie de placement -, il arrive qu’une grande partie du flux de nouvelles qui recueillent l’essentiel de l’attention du grand public à un moment donné, n’ont finalement qu’assez peu d’impact sur l’évolution des marchés sur la durée. Par exemple, depuis novembre, l'actualité sur le plan international a été dominée par la situation toujours très difficile en Ukraine et par les tensions autour du Venezuela. Pour autant, ce n’est pas ce qui influe actuellement le plus sur l’évolution des marchés.
Que pensez-vous de la forte concentration des marchés autour des valeurs liées à la technologie et à l’IA?
C’est un véritable sujet. Il y a dix ans, les 20 plus grandes sociétés au sein de l’indice S&P 500 représentaient environ 5% de la capitalisation de marché totale. Il y a cinq ans, ces 20 sociétés cumulaient 10% de la capitalisation totale. Et maintenant, les 20 plus grandes sociétés de l’indice représentent environ 30% de la capitalisation totale du marché américain, les trois plus grandes d’entre elles rassemblant à elles-seules 15% du total. Nvidia, Apple et Microsoft ont à elles seules un poids phénoménal actuellement. C’est pourquoi, la question de la diversification des placements sera une question essentielle en 2026. Nous encourageons les investisseurs à diversifier davantage leurs portefeuilles dans une optique de réduction de la volatilité de leurs placements.
«Après une année 2025 marquée par d’excellentes performances dans beaucoup de classes d’actifs, les investisseurs vont chercher toutes sortes d’excuses pour prendre leurs bénéfices.»
De manière générale, percevez-vous les investisseurs comme plutôt «risk-on» ou «risk-off» actuellement?
Je pense que l’on aura affaire à un environnement qui oscillera entre «risk-on» et «risk-off» cette année. Après une année 2025 marquée par d’excellentes performances dans beaucoup de classes d’actifs, les investisseurs vont chercher toutes sortes d’excuses pour prendre leurs bénéfices. Donc, à court terme, je pense qu’il est plus probable que l’on évolue dans un marché de type «risk-off». Mais si l’environnement économique reste positif, les investisseurs redeviendront plus enclins à chercher des opportunités et prendre des risques.
Si les actions liées à la «Big Tech» et à l’IA ont très bien performé en 2025, cela a aussi été le cas pour l’or. Comment l’expliquer?
Concernant l’or, il faut garder à l’esprit qu’une bonne partie des achats du métal précieux ont été effectués par les banques centrales. Il serait faux de penser que ce sont les investisseurs individuels qui, à eux seuls, ont poussé le prix de l’or à la hausse. Ces banques centrales continuent a augmenter leur réserves de ce métal précieux.
En résumé, quelles seraient les principales recommandations que vous adresseriez aux investisseurs en ce début d’année?
Je pense que les possibles phases de revers (setbacks) sur les marchés pourront aussi constituer de bons points d’entrée pour les investisseurs. Même s’il faut compter avec des phases de volatilité, le fait de rester investi sur les marchés est un élément central de la performance réalisée sur le long terme.