Après un début d’année boursière de très bonne facture, l’impression que les choses sérieuses commencent à peine grandit sur les parquets de trading. L’indépendance de la Fed est mise à mal par un grand blond aux idées noires, qui tente en parallèle de s’immiscer dans le fonctionnement du milieu des affaires (immobilier résidentiel, plafonnement du taux des cartes de crédit), phénomène que le marché adore comme vous vous en doutez certainement. Ajoutez à cela un tableau géopolitique qui fait de plus en plus penser à Munch, une saison des résultats trimestriels d’entreprises qui débute timidement, une macro sympa mais manifestement pas assez, une épée de Damoclès nommée Cour suprême au-dessus des tarifs de qui vous savez et vous obtenez un marché plutôt boudeur hier, qui se réfugie manifestement sans vergogne dans les métaux de tout bois, j’y reviens.
Ambiance de type «famille Addams» dans les salles de trading hier, les intervenants n’ont pas grand-chose de positif à se mettre sous la dent. Les résultats de JP Morgan Chase sont plutôt bons, mais le marché est probablement échaudé par les 10% maximum que le locataire de la Maison-Blanche tente d’imposer sur les cartes de crédits pour acheter aider l’électeur américain, l’action JPM perd 4,2% sur la séance, le secteur financier jouant le rôle peu envié de lanterne rouge du S&P500 (SPX). Le podium du jour se compose de l’énergie, des biens de consommation de base et de l’immobilier. Les mastodontes de la tech sont partagés, Alphabet (GOOG +1,11%) poursuit sa folle ascension, Microsoft (MSFT -1,36%) et META (-1,69%) font contrepoids. On notera tout de même que le S&P500 équipondéré (SPW) termine sa séance en très légère hausse, il confirme le breadth positif sur le SPX, tout n’est donc pas jeté à la poubelle par les intervenants hier, c’est une bonne nouvelle. Les volumes d’échanges poursuivent leur reprise, la volatilité retrouve quelques couleurs également, le VIX prend 5,7% à 15,98, pendant que le dollar tente discrètement de casser 1,1660 contre l’euro, c’est par là que passe sa moyenne mobile à 50 jours, niveau actuel 1,1644. Si ça casse on regardera la 200 jours à 1,1585. Le CPI (indice des prix à la consommation aux Etats-Unis) ressort plutôt bien, le rendement du 10 ans US recule un chouia à 4,17%. Ceci dit les Fed Funds sont désormais légèrement moins convaincus qu’une baisse de taux par la Fed interviendra bientôt, peut-être en juin?
Wall Street suit également de près les manifestations en Iran. Donald Trump déclare sur Truth Social qu’il a annulé des réunions avec des responsables iraniens «jusqu’à ce que les meurtres insensés de manifestants CESSENT. L’AIDE EST EN ROUTE». Les contrats à terme sur le pétrole brut, ainsi que les valeurs du secteur de l’énergie, progressent. Le baril de WTI Light Crude à 60,60 dollars ce matin.
Résumons: les tensions géopolitiques autour du Venezuela et de l’Iran (ils ont un point commun, attention c’est très difficile à trouver) portent le cours du pétrole, la Fed est garante d’une certaine stabilité, le fait qu’elle soit attaquée perturbe les intervenants et les incite à la prudence, poussant notamment les métaux précieux vers le nord. En parallèle la macro est bonne aux Etats-Unis et en Chine, cela rassure et offre du support aux métaux industriels. Enfin l’interventionnisme du Gouvernement Fédéral dans les affaires ne peut qu’être mal pris par les acteurs du marché, John Maynard Keynes retourne dans cette bibliothèque!
On se penche sur la macro de ce mardi. Macro: les chiffres de décembre montrent une inflation globale en hausse de 0,3% sur un mois aux Etats-Unis, conforme aux attentes, tandis que l’inflation sous-jacente progresse de 0,2%, un peu moins que prévu. Les prix du logement, des billets d’avion et des soins de santé augmentent, alors que ceux des voitures d’occasion reculent, un ensemble globalement cohérent avec les anticipations après les perturbations liées à la fermeture du gouvernement. L’indice de confiance des petites entreprises (NFIB) remonte légèrement à 99,5, avec une baisse marquée de l’incertitude et les impôts identifiés comme principale préoccupation. Le Trésor américain réussit son émission de 22 milliards de dollars d’obligations à 30 ans, dans la continuité de bonnes adjudications précédentes. Côté Fed, plusieurs responsables estiment la politique monétaire bien positionnée et de nombreuses interventions sont prévues dans la semaine. Les prochaines données clés portent sur les ventes au détail, les prix à la production, l’immobilier, l’emploi et l’activité manufacturière, tandis qu’une décision potentielle de la Cour suprême sur les droits de douane pourrait aussi attirer l’attention des marchés.
On se dirige maintenant vers la micro, la saison 4 des résultats trimestriels d’entreprises vient de débuter aux Etats-Unis, une excellente occasion de faire un point. Les marchés boursiers entament l’année avec des attentes très élevées de croissance des bénéfices dans le monde, laissant peu de marge d’erreur alors que les valorisations sont déjà exigeantes. Les analystes anticipent une croissance à deux chiffres des bénéfices aux États-Unis, en Europe et dans les marchés émergents, des prévisions plutôt optimistes, d’autant que les premières révisions négatives commencent à dépasser les hausses. Selon Citigroup, le potentiel de hausse repose surtout sur la croissance des bénéfices et non sur une nouvelle expansion des valorisations, ce qui accroît le risque de volatilité en cas de déception économique, géopolitique ou liée à l’IA. Si les résultats du quatrième trimestre devraient être relativement faciles à battre, la forte rotation sectorielle actuelle impose une approche très sélective, avec des opportunités dans certaines matières premières et des risques accrus dans des secteurs de consommation déjà chers.
Les marchés des métaux vivent un début d’année exceptionnel, avec des records simultanés sur les métaux précieux et industriels, un phénomène rare. L’or, l’argent, le cuivre et l’étain atteignent de nouveaux sommets. Ce mouvement s’explique par une combinaison de facteurs: attrait pour les actifs réels, remise en cause de la Réserve fédérale par l’administration Trump, anticipation d’un dollar plus faible et doutes plus larges sur les monnaies fiduciaires. La géopolitique renforce cette dynamique, notamment autour du contrôle des ressources, tandis que les spéculations sur de possibles droits de douane américains soutiennent le cuivre et l’argent, avec des tensions visibles sur les stocks et une backwardation (le prix au comptant (spot) est plus élevé que le prix futur. Cela montre souvent une pénurie ou une forte demande immédiate.) marquée du cuivre. Des réserves subsistent toutefois sur l’étain, dont le marché physique reste relativement bien approvisionné, comme le suggèrent des stocks élevés et une structure de prix en contango (inverse de la backwardation, le prix futur plus élevé que le spot).
En Chine les autorités durcissent les règles de financement boursier en portant à 100% la marge minimale exigée pour les achats de titres à crédit sur les places de Shanghai et Shenzhen, contre 80% auparavant, une décision qui vise à réduire les risques financiers. Par ailleurs, Pékin annonce un excédent commercial historique, malgré les droits de douane. Les échanges de décembre dépassent largement les attentes, ce qui porte la progression des exportations chinoises en 2025 à 5,5%, en dépit d’un net recul des ventes vers les États-Unis. Cette baisse se compense par une forte dynamique vers l’Afrique, l’ASEAN, l’Inde et l’Union européenne. Les secteurs les plus porteurs sont les semi-conducteurs, la construction navale et l’automobile, tandis que les produits traditionnellement destinés au marché américain, comme les jouets ou les chaussures, reculent. Cette évolution illustre la montée en gamme de l’économie chinoise et sa capacité à rediriger ses flux commerciaux tout en restant un acteur central des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Au menu macro-économique de ce mercredi, l'indice des prix à la production (PPI) et les chiffres de l'immobilier ancien en décembre, suivis des discours de Bostic, Kashkari et Williams de la Fed.
BP Plc annonce des dépréciations de 4 à 5 milliards de dollars liées à la transition énergétique et une activité pétrolière en repli. Le CEO de Nestlé déclare que tous les rappels ont désormais été annoncés. Le CEO de Novo Nordisk estime que la perte d'exclusivité sur plusieurs marchés en 2026 pourrait entraîner une année difficile pour l'entreprise. La société tchèque de défense CSG annonce son introduction en bourse à Amsterdam. Netflix prépare une offre intégralement en numéraire pour Warner Bros, selon des sources concordantes. Boeing dépasse Airbus en nombre de commandes pour la première fois de la décennie (journée portes ouvertes pour fêter ça?). Amazon fait pression sur ses fournisseurs pour obtenir des réductions avant la décision de la Cour suprême sur les droits de douane, selon le FT.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis Shanghai, qui recule de 0,31%, le marché n’apprécie pas les restrictions à l’achat sur levier annoncées. Tokyo ne s’arrête plus et gagne encore 1,48%, Hong Kong prend 0,56%, Séoul fait comme le Barça, le Kospi ne fait que monter en gamme en 2026, enfin le Nifty50 égare 0,36%.
Restez connectés, ce mercredi est une fenêtre d’annonce à la Cour Suprême des Etats-Unis, sa décision sur les tarifs de Trump pourrait tomber.