Gonet: l'actualité des marchés au 12 janvier

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,48%, S&P 500 +0,65%, Nasdaq +0,81%, Russell +0,78%, SOX +2,73%, Eurostoxx +1,58%%, SMI +0,53%.

Plus rien ne semble impossible en ce début d’année. Le grand blond a tout chamboulé et sorti tout un chacun de sa zone de confort. Des bruits de bottes se font entendre de plus en plus nettement à de nombreux endroits de la planète, la notion de droit semble devenue floue aux Etats-Unis, la rhétorique diplomatique est passée de «constructive et aimable» à «agressive voire hargneuse». Et dans ce nouveau monde potentiellement fort inquiétant, la caravane boursière poursuit son chemin, imperturbable.

La semaine passée est excellente pour la plupart des indices d’actions autour du globe. Tous les principaux marchés sans exception progressent notablement. Le S&P500 (SPX) gagne 1,6%, atteint un nouveau record historique à la cloche de vendredi et n’est même pas suracheté. La participation acheteuse augmente chaque jour un peu plus, comme l’illustrent les volumes d’échange sur le NYSE. La volatilité est envoyée au tapis, le VIX clôture à 14,49, son pendant obligataire le MOVE fait de même. On continue d’observer une rotation de secteurs, la tech est moins recherchée, ou plutôt de façon plus sélective, l’indice Nasdaq100 (NDX) n’est pas à son niveau record, pas encore. Pendant ce temps les petites capitalisations US démarrent l’année en boulet de canon, le Russell2000 (RTY) a gagné 5,7% depuis le 1er janvier, il surperforme nettement ses grands frères, évolue au plus haut de son histoire et ne montre pas de signes de surchauffe, l’appétit au risque, additionné à un optimiste croissant au sujet de la croissance économique américaine, semblent bien présents sur les parquets de trading.

S’il faut retenir un secteur la semaine passée, ce sera celui de la défense. L’arrestation de Nicolas Maduro par des unités des forces spéciales place une fois encore les valeurs de la défense sous les projecteurs. Combinée aux déclarations menaçantes de Donald Trump concernant le Groenland, elle contribue à renforcer un climat international déjà très tendu. Résultat des courses: des progressions marquées pour Rheinmetall (+16%), Leonardo (+15%) et Thales (+13%).

Le billet vert reprend des couleurs depuis Noël. La paire EUR/USD est revenue de 1,1808 à 1,1685 ce matin, elle tente de casser ses moyennes mobiles à 100 et 50 jours vendredi, pour repasser au-dessus ce matin, à cause d’une énième attaque indirecte du CEO des Etats-Unis contre Jerome Powell, j’y reviens. Sur le front obligataire, le rendement du 10 ans US reste tendu à 4,19%, il voit sa prochaine résistance à 4,24% et son principal support à 4,12%. Pour la même raison qui affaiblit le greenback ce matin, la pression vendeuse sur les obligations gouvernementales américaines pourrait se faire sentir en ce début de semaine.

Des procureurs américains enquêtent sur le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, au sujet de son témoignage devant le Congrès concernant un vaste projet de rénovation des bâtiments de la Fed. Des assignations à comparaître ont été émises par le département de la Justice, faisant planer la menace d’une mise en accusation pénale. Dans une déclaration vidéo exceptionnelle, Powell affirme que cette enquête sert de prétexte à une campagne du président Donald Trump visant à faire pression sur la Fed pour qu’elle baisse les taux d’intérêt et à remettre en cause son indépendance. Trump, qui critique depuis longtemps Powell pour sa politique monétaire jugée trop restrictive, nie tout lien entre l’enquête et les désaccords sur les taux. L’enquête, lancée en novembre et menée par une procureure proche de Trump, examine à la fois le témoignage de Powell et les dépenses liées aux rénovations, marquées par des dépassements de coûts. Cette escalade suscite de vives inquiétudes à Wall Street et parmi les responsables politiques, certains dénonçant une atteinte grave à l’indépendance de la banque centrale et à la crédibilité du département de la Justice. Alors que le mandat de Powell s’achève en mai et que Trump doit désigner son successeur, l’affaire alimente les craintes d’une politisation accrue de la politique monétaire américaine.

Cette nouvelle tentative de déstabiliser la Fed déplait fortement au marché, le sentiment incitant à «vendre les Etats-Unis» semble de retour dans les esprits ce matin, voyez l’or et l’argent qui atteignent tous deux de nouveaux sommets historiques, cela n’a rien à voir avec le hasard, l’or se hisse à 4594 dollars l’once, l’argent à 84,30 dollars, et dire qu’aucun des deux n’est suracheté en l’état… Même le cuivre suit le mouvement, qui repasse au-dessus des 600 dollars sur le COMEX. Le franc suisse fait également l’objet d’un intérêt acheteur certain ce matin, la paire USD/CHF tente casse le niveau de 0,80.

Cette semaine qui débute devrait nous garder bien occupés. Au niveau géopolitique, les Etats-Unis ont de nombreux dossiers ouverts (notamment Cuba, Iran, Danemark). En parallèle la Cour suprême américaine n’a pas statué sur la légalité des tarifs du grand blond vendredi comme nous l’espérions, cela pourrait se produire ce mercredi, c’est à suivre de près. Sur le front de la macro, les chiffres publiés vendredi sur l’emploi aux Etats-Unis n’ont pas permis au marché d’y voir plus clair quant à la politique monétaire de la Fed (prochaine réunion le 28 janvier), la première économie du monde a créé un peu moins de postes de travail que prévu au mois de décembre, en parallèle le taux de chômage recule à 4,4% un tick plus bas qu’anticipé par les économistes interrogés par l’agence Bloomberg. La composante des salaires sort en ligne, les permis de construire sont plus nombreux que prévu et l’indice du sentiment publié par l’université du Michigan est plus vigousse qu’anticipé. Au final, les Fed Funds ne changent pas d’avis, ils ne sont ni pour ni contre, bien au contraire, et prédisent une ou deux coupes de 0,25% chacune cette année. Dans ce contexte, on suivra avec force attention la publication de l’indice des prix à la consommation demain mardi.

La partie micro s’invite à la fête dès demain également, les résultats trimestriels de sociétés commencent à tomber avec notamment JP Morgan Chase et Bank of New York.

Les cours du pétrole brut terminent la semaine en progression, le WTI Light Crude revient à 59 dollars le baril, soutenus par les tensions politiques au Venezuela et en Iran malgré une offre mondiale toujours excédentaire. Le Venezuela concentre l’essentiel de l’attention depuis l’arrestation du président Maduro, l’administration Trump ayant annoncé son intention de prendre durablement le contrôle du secteur pétrolier du pays et de mettre sur le marché jusqu’à 50 millions de barils actuellement détenus par la compagnie publique PDVSA, suscitant l’intérêt de groupes comme Chevron, Vitol et Trafigura. 

Retour à la caravane boursière, qui adopte une attitude favorable au risque à l’approche des données d’inflation américaines et du début de la saison des résultats, restant peu perturbés par les tensions géopolitiques et les controverses autour de la Réserve fédérale. L’indice Stoxx Europe 600 (SXXP) apparaît comme le plus suracheté depuis dix ans, dans un contexte de forte rotation sectorielle, tandis que le SPX sous-performe l’Europe depuis le début de l’année, avec lui aussi des mouvements de rotation. Les valeurs cycliques dominent, portées par une économie américaine très dynamique, mais la publication de l’inflation constitue un premier test important. Bloomberg souligne que le positionnement des investisseurs s’est reconstitué, la volatilité reste faible et les liquidités détenues par les gérants sont proches de niveaux historiquement bas, ce qui envoie un signal potentiellement baisser et suggère que l’optimisme approche d’un pic. Malgré cela, le sentiment de marché demeure largement haussier et, sauf choc majeur, les replis devraient rester limités, toujours selon l’agence Bloomberg, qui ajoute que les perspectives restent positives à court terme, avec une accélération attendue de l’économie américaine, des politiques budgétaire et monétaire plus accommodantes et un scénario macroéconomique jugé «Goldilocks». La stratégie privilégiée pour le premier trimestre consiste à poursuivre la rotation plutôt qu’à se retirer, en renforçant l’exposition aux valeurs cycliques et de type value, tout en cessant d’augmenter les positions sur les grandes valeurs technologiques défensives.

Enfin, la géopolitique continue d’occuper le devant de la scène sans peser fortement sur les marchés, hormis un soutien aux valeurs de la défense. Les pressions de Donald Trump pour des taux plus bas et la nomination prochaine d’un nouveau président de la Fed ravivent toutefois les inquiétudes sur l’indépendance de la banque centrale, dans un contexte où l’équilibre macroéconomique reste fragile.

Les pays européens, menés par le Royaume-Uni et l’Allemagne, discutent de projets visant à établir une présence militaire au Groenland afin de montrer que le continent prend au sérieux la sécurité de l’Arctique et de calmer les menaces américaines de prise de contrôle de ce territoire danois. La Première ministre suédoise déclare que Donald Trump devrait remercier le Danemark, «un allié très loyal», plutôt que de menacer d’annexer le Groenland.

Rien de bien consistant à se mettre sous la dent au menu macro-économique de ce lundi, mais deux banquiers centraux américains prendront la parole (Bostic et Barkin), dans le contexte actuel de franche rigolade entre la Maison-Blanche et la Fed, il sera intéressant de les entendre.

Stellantis abandonne ses SUV Jeep hybrides rechargeables et ses monospaces Chrysler en raison du ralentissement des ventes de véhicules électriques, selon CNBC. Eli Lilly serait toujours «prêt à mettre 15 milliards d'euros sur la table pour la biotech Abivax», selon La Lettre. La liste des pays touchés par les rappels de lait infantile Nestlé s'allonge. Exxon se dit prêt à étudier un retour au Venezuela, mais son patron reste prudent, comme ceux des autres majors américaines. Walmart s'associe à Google, pour permettre aux acheteurs d'acheter des produits via Gemini. Donald Trump a exigé que les sociétés de cartes de crédit (Visa, American Express, Mastercard…) plafonnent leurs taux d’intérêt à 10% d’ici le 20 janvier, alors que des experts soulignent qu’une telle mesure nécessiterait une loi du Congrès. Les bénéfices de TSMC au quatrième trimestre devraient avoir bondi de 27% grâce à la croissance tirée par la demande en IA.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo est fermée, Hong Kong gagne 1,44%, Shanghai progresse de 1,09%, Séoul avance de 0,84% et le Nifty50 grappille 0,24%. Le future SPX perd 0,7%, son compère du NDX recule de 1,1%, la Fed et son indépendance sont dans les esprits.

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