La dernière réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) en 2025, prévue le 18 décembre, ne devrait réserver aucune surprise. Le consensus est large: le taux de dépôt restera inchangé à 2,0%. Depuis plusieurs mois, la BCE répète être dans une «bonne position», et les indicateurs macroéconomiques récents confortent cette lecture. La croissance de la zone euro au troisième trimestre a été légèrement révisée à la hausse (0,3% t/t), dépassant les attentes de la BCE, tandis que l’indice PMI composite est monté à 52,8 en novembre, un plus haut de 30 mois, signalant une expansion de l’activité pour le onzième mois consécutif. L’inflation évolue autour de la cible de 2%, avec des risques haussiers et baissiers globalement équilibrés à l’horizon 2026.
Dans ce contexte, l’interview d’Isabel Schnabel à Bloomberg le 8 décembre a néanmoins retenu l’attention. La membre du directoire a indiqué partager l’anticipation des marchés selon laquelle le prochain mouvement de taux serait une hausse, sans en préciser le calendrier, provoquant des réactions de marché notables.
Le message central de la BCE reste celui d’une transition maîtrisée vers 2026. Les moteurs de croissance sont identifiés: marché du travail solide, dynamisme des services et impulsion budgétaire allemande. Les freins – faiblesse des exportations liée aux barrières commerciales, à l’euro fort et aux incertitudes politiques – devraient s’atténuer progressivement.
Sur l’inflation, les forces à l’œuvre sont contrastées. À court terme, l’euro fort et la redirection vers l’Europe de biens chinois initialement destinés aux États-Unis exercent une pression désinflationniste. À moyen terme, la hausse des salaires, le vieillissement démographique, l’augmentation des dépenses publiques et l’impact différé du système ETS2 plaident pour un regain inflationniste, mais pas avant 2027. Dans ce cadre, la réaction des marchés aux propos d’Isabel Schnabel apparaît excessive: une hausse des taux est plausible, mais probablement tardive et graduelle, plutôt au second semestre 2027 qu’en 2026.
Pour les investisseurs, le signal est celui d’une BCE stable et prévisible à l’entrée de 2026. Les anticipations de resserrement monétaire doivent être nuancées: le seuil justifiant une inflexion reste élevé et dépendra d’un véritable déséquilibre inflationniste. Cette visibilité soutient les actifs sensibles aux conditions financières tout en limitant le risque de choc de taux à court terme.