La prochaine réunion du FOMC, prévue le 10 décembre, s’annonce comme l’une des plus imprévisibles depuis des décennies. Quel que soit le choix final — maintien des taux ou baisse — le nombre de dissensions parmi les 12 membres votants devrait atteindre un niveau inédit. Si une majorité décide de laisser les taux inchangés, au moins trois gouverneurs voteront pour une baisse: Stephen Miran pour -50 points de base, Christopher Waller et Michelle Bowman pour -25 pb. A l’inverse, si le comité privilégie une réduction de 25 pb, Miran défendra un assouplissement plus marqué et Jeffrey Schmid (Kansas City) ainsi que Susan Collins (Boston) plaideront pour le statu quo. Dans cette configuration polarisée, la position du président Jerome Powell sera déterminante. Le Fed Chair ne s’est jamais retrouvé dans la minorité, un précédent qui pourrait influencer les trois gouverneurs encore indécis: Philip Jefferson, Lisa Cook et Michael Barr.
En raison de la longueur du shutdown gouvernemental, la Fed disposera par ailleurs de moins de données que d’ordinaire. Le Bureau of Labor Statistics a annulé le rapport d’octobre sur l’emploi et repoussé celui de novembre au 16 décembre, soit après la réunion. Les dates de publication du prochain CPI et de l’indice PCE ne sont toujours pas connues. La banque centrale ne sera toutefois pas totalement dépourvue d’informations: elle recevra le Beige Book la semaine prochaine, ainsi que les enquêtes habituelles auprès des entreprises et des ménages, sans oublier les indicateurs alternatifs sur le marché du travail. Dans un discours récent, Christopher Waller a d’ailleurs plaidé pour une poursuite de l’assouplissement monétaire, même dans ce contexte de «brouillard statistique».
Les minutes de la réunion d’octobre confirment l’existence d’un groupe important — peut-être majoritaire — favorable à un statu quo en décembre. Elles rappellent que «several participants» jugent une nouvelle baisse comme une option valable, mais que «many participants» privilégient un maintien du taux directeur jusqu’à la fin de l’année. Cette nuance est significative, même si le terme «participants» inclut des responsables non votants.
Les marchés ont réagi en conséquence: la probabilité implicite d’une baisse de taux en décembre, selon les Fed Funds futures, a reculé à 30%. Le comité apparaît désormais scindé entre les membres soucieux du risque d’inflation persistante et ceux centrés sur les signes de refroidissement du marché de l’emploi — une lecture que nous partageons. Le manque de données pourrait inciter certains indécis à repousser une décision au mois de janvier. Le vote s’annonce extrêmement serré, probablement jusqu’à la dernière minute, et entraînera dans tous les cas plusieurs dissidences. La position encore volontairement ambiguë de Jerome Powell laisse planer une incertitude supplémentaire: c’est très probablement lui qui fera pencher la balance.