Les actions européennes du secteur de la santé connaissent une année difficile. Après un ralentissement visible dès l’automne 2024, l’écart de performance avec le marché s’est aggravé en 2025: le MSCI Europe progresse de 16,1%, tandis que le secteur de la santé n’affiche que 6,1%. Plusieurs éléments expliquent cette sous-performance: un ralentissement de la croissance du chiffre d’affaires, des doutes sur la capacité d’innovation de certaines entreprises – illustrés par la révision en baisse des prévisions de Novo Nordisk face à la concurrence d’Eli Lilly – et un environnement politique américain particulièrement hostile au secteur. L’administration Trump a imposé une baisse des prix des médicaments selon le principe de la nation la plus favorisée (NPF), renforcé les pressions réglementaires et négocié avec plusieurs laboratoires – dont Pfizer, AstraZeneca, Eli Lilly, Novo Nordisk et EMD Serono – des réductions de prix sur les médicaments ou remboursés par Medicare et Medicaid.
La faiblesse boursière du secteur reflète à la fois un retour à la normale post-COVID et l’impact direct des politiques américaines: restrictions commerciales, menaces antitrust, durcissement des conditions d’autorisation des nouveaux médicaments et volonté de rééquilibrer le partage mondial des coûts de R&D. Ces tensions ont également conduit à des accords bilatéraux, comme celui conclu avec le Royaume-Uni, qui entraînera une hausse du prix des médicaments pris en charge par le NHS. Malgré ces risques, l’impact sur la rentabilité des groupes européens semble moindre qu’attendu: les baisses de prix accordées aux Etats-Unis sont importantes mais compensées en partie par des exemptions douanières ou par la sécurisation du remboursement Medicare, qui soutient les volumes à moyen terme. Les perspectives bénéficiaires restent robustes: les analystes anticipent une croissance du bénéfice par action d’environ 8% en 2026, puis un retour autour de 10% à l’horizon 2027. Cette résilience contraste avec la chute plus forte des cours, entraînant une baisse du ratio prix/bénéfices du secteur à 15,5, sous sa moyenne décennale (16,3), et une décote notable par rapport au marché.
La correction des valorisations, désormais revenues sous leurs moyennes historiques, crée un point d’entrée attractif pour un secteur défensif, dont les fondamentaux demeurent solides malgré un contexte politique difficile. Nous avons donc réduit la sous-pondération du secteur européen de la santé en novembre, en privilégiant une exposition via des ETF afin d’améliorer la diversification et de limiter le risque idiosyncratique. Dans un environnement d’incertitude politique et de ralentissement économique, la santé retrouve un rôle central dans une allocation prudente mais constructive, soutenue par des perspectives de croissance bénéficiaire stables et par une valorisation redevenue raisonnable.