Gonet: l'actualité des marchés au 2 décembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

3 minutes de lecture

Dow -0,90%, S&P 500 -0,53%, Nasdaq -0,38%, Russell -1,25%, SOX -0,07%, Eurostoxx -0,01%, SMI +0,13%.

Le marché entame décembre en marche arrière. Les actions, les obligations et les crypto-monnaies reculent hier. On peut envisager une forme de gueule de bois post Thanksgiving pour les premières nommées, mais le facteur X de ce début de mois vient probablement du Japon, où les déclarations récentes du patron de la banque centrale Kazuo Ueda ne passent pas inaperçues. Monsieur Ueda déclare que «la Banque du Japon examinera les avantages et les inconvénients d'une hausse du taux directeur et prendra la décision qui s'impose lors de sa prochaine réunion de politique monétaire». Il ajoute que le taux d'intérêt réel reste à un niveau très bas. Le marché voit dans ces commentaires le signal le plus fort à ce jour que la BoJ se prépare à reprendre ses hausses de taux ce mois-ci. Les swaps pricent désormais 80% de probabilités qu’une hausse de 25 points de base interviendra lors de la réunion du 19 décembre, contre 40% il y a quelques jours.

C’est là que vous êtes censés dire: «on aime bien le Japon mais avec tout le respect qu’on lui doit en quoi cela concerne-t-il le reste du marché?» Well… Rappelons-nous le mois d’août 2024. En cette période traditionnellement illiquide, vacances obligent, des craintes que la BoJ relève ses taux avaient émergé, qui avaient envoyé le S&P500 (SPX) et ses pairs au tapis. Le SPX avait perdu 8% en quelques séances, avant de se reprendre et de fort belle manière, le plus intéressant étant de comprendre pourquoi ce gros trou d’air? Il se trouve que de nombreux investisseurs pratiquent le «carry trade» lorsque cela est possible. Ils empruntent à très bas coûts (en JPY en l’occurrence) pour investir dans une devise offrant un rendement plus élevé, par exemple dans les bons du Trésor US. Or, si les taux remontent au Japon, tout cela perd son sens, c’est probablement ce qui a fait baisser les obligations US hier, le rendement du 10 ans passant de 4,03% à 4,09%, la macro du jour ne justifiant pas un tel mouvement. Sur la partie des cryptos, la faiblesse actuelle est plutôt imputable à Strategy, j’y reviens, mais il est aussi possible que le dénouement de positions carry trade ait amplifié le mouvement.

C’est dans ce contexte et après une semaine de hausse rare que Wall Street revient aux affaires hier. Les vendeurs prennent le contrôle des opérations, le breadth est nettement négatif, dans des volumes d’échanges faméliques et avec une volatilité en léger rebond. On est très loin d’une journée de liquidation, pas de panique en vue, le marché ne nous refait pas une «août 2024». Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, de la tech et de la consommation discrétionnaire. Le dollar est sous une certaine pression, le Dollar Index (DXY) recule à 99,42, sa 200 jours évolue à 99,60. La paire EUR/USD cote 1,1612 contre la 50 jours à 1,1613. On notera que sur les indices européens ce n’est pas Broadway non plus, hormis peut-être sur le SMI qui grappille quelques points hier et tente de casser une résistance horizontale à 12'843 points, s’il la traverse il pourra ensuite viser 13'000 pts, puis 13'199. En parallèle une seconde golden cross va se produire sur l’indice aujourd’hui ou demain.

On le constate depuis quelques temps déjà, les investisseurs deviennent plus prudents et revoient leur exposition au risque. Même si les marchés restent proches de leurs records en Europe et aux Etats-Unis, et que la volatilité reste contenue, l’appétit pour les actifs les plus risqués semble avoir nettement diminué. Les thématiques qui ont porté les marchés jusqu’ici, comme les valeurs à beta élevé, l’informatique quantique, la défense européenne ou les gagnants de l’intelligence artificielle, sont l’objet de prises de bénéfices, tandis que les stratégies qualité et défensives prennent le relais. Une rotation sectorielle plus défensive se renforce au niveau mondial. En Europe, la santé et l’alimentation mènent la hausse, alors que la distribution, l’industrie et la technologie reculent. Certaines valeurs cycliques résistent comme les banques ou les mines, soutenues par la flambée des métaux. Même le secteur automobile, à la traîne cette année, rebondit. Tout cela semble plutôt sain, ce d’autant que si l’on prend un peu de recul, les résultats de sociétés se portent bien, la macro est dans l’ensemble favorable aux actions, la guerre commerciale de qui vous savez semble passée momentanément en arrière-plan et la Fed prête à couper ses taux dans 8 jours (95% de probabilités selon les Fed Funds ce matin).

En revanche du côté des cryptos il semble bel et bien que «winter is coming». Le Bitcoin enregistre sa plus forte baisse depuis mars, chutant de plus de 6% hier soit plus de 30% sous son sommet d’octobre. La baisse s’étend à l’ensemble du marché des cryptos, touchant notamment l’ether, le solana ainsi que les actions liées au secteur comme Coinbase ou Strategy. Ce recul s’inscrit dans un mouvement plus large de désengagement des investisseurs vis à vis des actifs les plus risqués, alors que le climat de marché et les perspectives économiques semblent moins lisibles que dans un passé récent. Comme lors des précédents «hivers crypto», ces phases de marché peuvent être très brutales, même si cette fois aucun scandale de type Mt. Gox ou FTX n’a éclaté. Strategy  (MSTR -3,25%) annonce avoir levé 1,44 milliard de dollars pour assurer ses paiements futurs et avoir porté ses réserves de Bitcoin à 650’000 unités, mais les déclarations de son patron Michael Saylor évoquant la possibilité de vendre une partie des avoirs si la capitalisation de l’entreprise passait sous la valeur nette de ses Bitcoin ont accentué les inquiétudes. Le titre Strategy, déjà très affaibli cette année, recule un peu plus encore hier, tout comme plusieurs autres entreprises liées aux cryptomonnaies.

Au menu macro-économique de ce mardi, l'estimation de l'inflation européenne de novembre à 11h00.

L’Oréal étudiera «à coup sûr» une prise de participation dans Giorgio Armani, selon le directeur financier du groupe français, conformément au testament du créateur qui impose la vente de 15% de la maison dans les 18 mois et privilégie des acheteurs comme LVMH, L’Oréal ou EssilorLuxottica. Bayer a obtenu le soutien de l'avocat en chef du gouvernement US pour que la Cour suprême examine l’affaire Roundup, ce qui améliorerait les chances d’obtenir une décision favorable sur les contentieux liés au glyphosate. Nestlé envisagerait de vendre la chaîne de cafés premium Blue Bottle Coffee, a appris Reuters. Roche peut commercialiser son test de diagnostic de la coqueluche aux Etats-Unis. ABB reprend les activités de Gamesa Electric. Apple va encore bouleverser son équipe d'IA après le départ d'un haut dirigeant, selon le WSJ. Netflix aurait principalement enchéri en numéraire pour le second round des offres sur Warner Bros, selon Bloomberg. Nvidia publie un logiciel open source pour le développement de voitures autonomes. Amazon prévoit une nouvelle offre de livraison ultra-rapide aux Etats-Unis, encore selon The Information. Fanuc bondit après l’annonce d’une collaboration avec Nvidia pour intégrer l’IA physique dans les robots industriels.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo clôture à l’équilibre, Hong Kong grappille 0,24%, Shanghai égare 0,42%, Séoul prend 1,9% et le Nifty50 perd 0,47%. Le future SPX traite à l’équilibre, l’Europe gagne 0,5% dans les premiers échanges et l’or rend 21 dollars à 4211 dollars l’once, tandis que le pétrole évolue juste au-dessus de 59 dollars le baril de WTI Light Crude.

A lire aussi...