Gonet: l'actualité des marchés au 1er décembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,61%, S&P 500 +0,54%, Nasdaq +0,65%, Russell +0,58%, SOX +1,82%, Eurostoxx +0,27%, SMI +0,02%.

Novembre est littéralement terminé depuis quelques instants qu’une certaine nervosité s’empare du marché, la faute au Bitcoin qui décroche de près de 5'000 dollars en quelques minutes, à partir de minuit cinq ce matin. Quelle que soit la raison de ce gros trou d’air, ce phénomène entraine les futures d’actions américains avec lui, le Nasdaq100 (NDX) indique un repli de 0,6% à l’ouverture de 15h30. Les chartistes nous disent que le niveau à suivre sur la plus connue des crypto-monnaies est 80’000 dollars, on va regarder ça mais penchons-nous d’abord sur la semaine écoulée, riche en rebondissements.

Le marché américain des actions n’en mène pas large lundi passé en revenant de son weekend. En fin de semaine précédente il a dû digérer les excellents résultats de Nvidia, alors que le doute autour de la monétisation des investissements massifs dans l’intelligence artificielle tissait inéluctablement sa toile depuis quelques temps déjà dans les esprits d’opérateurs déstabilisés. Sur les parquets de trading on est plutôt résignés, la Fed semble avoir pris la tangente, le mois de novembre se terminera probablement dans le rouge, mettant ainsi fin à une belle série.

Ça, c’est le scénario/état d’esprit général du début de la semaine passée. C’était sans compter sur un petit miracle d’avant Noël, permis par un retournement de veste marqué de la Fed, qui ouvre toute grande la porte à une baisse de taux le 10 décembre… et les Fed Funds de s’emballer, eux qui ne prédisaient que 29% de chances d’une coupe (le 10/12) mercredi soir 19 novembre, ce matin ils sont de retour à 103%. Le Fed Put est donc de retour dans les esprits, le reste ne relève que de la distraction même si le marché n’attend guère plus de baisses lors des réunion suivantes, il s’en satisfait en l’état et permet à l’indice S&P500 (SPX) de grappiller du terrain chaque jour de la semaine écoulée, pour terminer en progression de 4,7% soit une hausse de 0,13% sur le mois de novembre, ça ne s’invente pas, la série haussière mensuelle entamée depuis mai est donc intacte, on n’avait plus vu cela depuis 2021, pensée pour les ours…

Cerise sur le gâteau, les doutes autour de l’IA se dissipent un chouia en semaine lorsque le marché réalise qu’Alphabet génère des bénéfices sur les investissements massifs consentis dans ce domaine. La correction crainte par le plus grand nombre n’aura donc pas eu lieu, en lieu et place une consolidation s’est produite qui a permis de nettoyer le marché, probablement de nombreux petits porteurs. On ajoutera que, Thanksgiving oblige, la fin de semaine est fort calme, Wall Street reste fermée jeudi, n’ouvre qu’une demi-séance vendredi avec des volumes d’échanges logiquement en repli de 50%, on observe que le Nasdaq100 (NDX) ne parvient pas à imiter le SPX et recule pour sa part de 1,6% au mois de novembre, sur fonds d’inquiétudes autour de l’IA et des investissements quasi incestueux réalisés par les mastodontes de la tech. Ce sont là peut-être des doutes à court-terme, sur le plus long terme nous sommes probablement en présence d’une révolution industrielle majeure.

On notera que le Russell2000 (RTY) récupère de justesse le niveau de 2500 points à la cloche de vendredi, que la volatilité est descendue à la cave voir si le MOVE s’y trouvait (c’est bien le cas), le VIX perd 5% de plus vendredi pour clôturer à 16,35, techniquement pas grand-chose ne devrait le freiner jusqu’à 12,70. Le rendement du 10 ans US passe en-dessous des 4% en fin de semaine passée, ce matin il est de retour à 4,04%, pendant que le Dollar Index (DXY) poursuit son combat de rue contre sa 200 jours, il cote 99,36 contre la 200 dma à 99,64. Une golden cross est en vue à une petite semaine, en faveur du dollar donc, qui a rendu un peu de terrain la semaine passée. La paire EUR/USD cote 1,1617, pile là où passe actuellement sa 50 jours. Techniquement il semble que ce léger regain de forme de l’euro se trouve désormais face à une résistance plutôt solide, ce d’autant que deux golden cross en sa défaveur pointent leur nez à l’horizon.

Là où cela se corse un peu, c’est que fondamentalement le discours est quasiment inversé. Le dollar est confronté à des baisses supplémentaires potentielles compte tenu du changement de dynamique autour des taux de la Fed, encore renforcées par l'augmentation de l'incertitude politique créée à la fois par le processus complexe de qui vous savez pour choisir un nouveau président de la Fed et par la possibilité que la Cour suprême se prononce contre ses tarifs douaniers. Je vous laisse faire votre choix.

On se penche sur quelques tops et flops de la semaine passée : Broadcom grimpe de 18,45%, cette hausse met en lumière sa collaboration avec Google Cloud autour des TPU Ironwood employés pour entraîner Gemini 3 Pro. Bayer avance de 10,51% après la publication de données cliniques encourageantes concernant un traitement expérimental visant à prévenir les AVC. ABN Amro gagne 8,4% grâce à l’accueil favorable des analystes à son nouveau plan stratégique, qui inclut notamment une forte réduction des dépenses via la suppression de 5200 emplois d’ici 2028. Dell progresse de 8,85% après avoir dévoilé des résultats et des perspectives supérieurs aux anticipations, rassurant ainsi les investisseurs inquiets d’un possible coup de frein dans la dynamique liée à l’IA. À l’inverse, Straumann recule de 5,16% malgré la confirmation de ses objectifs de croissance pour 2030, la société pâtissant de prévisions de marge jugées décevantes, même si la demande reste portée par la digitalisation des soins et l’expansion des marchés émergents, notamment en Chine. Enfin, Workday cède 4,23% alors que son rythme de croissance interne faiblit, les secteurs public et universitaire ayant été pénalisés par le shutdown, tandis que l’intégration croissante de l’IA dans les nouveaux contrats suscite autant d’espoirs que de doutes chez les clients.

C’est une semaine plutôt pauvre en données macro-économique qui débute. Ne comptez pas sur les membres de la Fed pour vous aider à vous faire une idée plus précise quant à ce qui se passera le 10 décembre, la «black out period» a commencé ce 1er décembre, les gouverneurs de la Réserve Fédéral sont réduits au silence pendant dix jours.

Les cryptomonnaies semblent susceptibles d'accentuer leur repli le plus marqué sur deux mois depuis mi-2022. La chute brutale observée en début de séance cette nuit est de mauvais augure. Le déclin de sociétés de gestion de trésorerie d'actifs numériques comme Strategy illustre parfaitement comment une série de facteurs favorables aux cryptomonnaies ont pu se transformer en freins à leur développement. C’est probablement à suivre si l’on considère que l’appétit au risque du marché est lié de près ou de loin à cette classe d’actifs.

Le pétrole rebondit ce matin. L'OPEP+ poursuit sa pause dans la hausse de sa production et adopte une mesure pour estimer les quotas de ses membres. L'objectif est d'éviter les tricheries sur la production réelle, restaurer la crédibilité du cartel et mieux contrôler l’offre mondiale pour soutenir les prix du pétrole. Le baril de WTI Light Crude remonte à 59,80 dollars. Il reste ceci dit en tendance baissière et devra commencer par récupérer sa moyenne mobile à 50 jours (@60,38 dollars) pour entamer son chemin vers la rédemption technique. 

Pour sa part, l’or repart vers le nord. L’once traite ce matin à 4246 dollars, l’affaiblissement même timide du greenback, couplé aux attentes croissantes de baisses de taux par la Fed, apportent un soutien certain à la relique barbare.

Au menu macro-économique de ce lundi, le marché attend la seconde lecture des PMI manufacturiers de novembre, notamment en Europe et aux Etats-Unis, où l'indice ISM sera aussi dévoilé à 16h00.

Airbus cloue au sol 6 000 A320 pour un problème de logiciel, qui semble pratiquement résolu mais qui a fait baisser le titre de 5% hors séance pendant le weekend. Les immatriculations de véhicules légers en hausse modeste de 0,3% en France en novembre, selon la PFA. Renault progresse, Stellantis recule et Tesla crashe de 58%. La justice italienne accuse le CEO de Banca Monte dei Paschi et des investisseurs de manipulation du marché. L'activiste Steven Wood fustige, dans le FT, la «pire gouvernance de sa catégorie» chez Swatch. Moody's a relevé la note crédit long terme de British Airways, filiale de International Consolidated Airlines, de Baa3 à Baa2, en révisant la perspective de positive à stable. Le fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF) serait sur le point d'investir dans la division aérostructures de Leonardo. Micron va investir 9,6 milliards de dollars au Japon. La Russie menace de bloquer complètement WhatsApp (Meta Platforms). Le film «Zootopia 2» de Walt Disney rapporte 556 millions de dollars sur 5 jours au box-office mondial. Le fonds souverain norvégien va voter contre la rémunération du CEO de Microsoft. BYD va procéder à une mise à jour logicielle sur 90’000 véhicules hybrides rechargeables en raison d'un défaut du bloc-batterie.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo rend 1,89% à la cloche, échaudée par la force de sa monnaie. Hong Kong gagne 0,67%, Shanghai prend 0,65%, Séoul égare 0,16% et le Nifty50 grappille 0,05%. Le future SPX recule de 0,5%, l’Europe ouvre en léger repli de 0,1%.

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