La dernière décennie a vu une érosion préoccupante des normes démocratiques, non seulement dans les pays émergents, mais aussi au sein de nations longtemps considérées comme les piliers de la gouvernance libérale.
De Washington à l’Europe occidentale, les pressions populistes, la polarisation politique et la fatigue institutionnelle ont profondément modifié la manière dont les sociétés sont gouvernées.
Pour les investisseurs, une question s’impose: la dégradation politique met-elle en danger la performance des marchés?
Il faut donc prendre du recul face au bruit médiatique pour examiner les faits.
En croisant les indices de démocratie et de corruption de plus de 60 pays avec la performance à long terme de leurs marchés actions dans une étude approfondie, nous avons cherché à comprendre le lien entre gouvernance et performance boursière.
Les résultats sont plus nuancés qu’on pourrait le penser.
Démocratie, corruption… et performance des marchés financiers
La relation entre politique et marchés intrigue les économistes depuis longtemps.
Si la corruption mine sans surprise la croissance et la confiance des investisseurs, le rôle de la démocratie est plus ambigu.
L’analyse confirme cette complexité: à l’échelle mondiale, les pays dotés d’institutions démocratiques solides et d’un faible niveau de corruption présentent une volatilité plus faible et des rendements plus prévisibles, sans pour autant afficher de performances moyennes supérieures.
Dans les économies avancées, la transparence et l’État de droit s’accompagnent néanmoins de résultats légèrement meilleurs à long terme.
Mais dans les marchés émergents, la logique change: c’est l’évolution du niveau de corruption, plus que le régime politique lui-même, qui influence la performance.
Les premières mesures anticorruption peuvent d’ailleurs peser temporairement sur les marchés, avant que des institutions renforcées ne soutiennent une croissance plus durable.
Au-delà de l’idéologie: ce que les investisseurs doivent observer
Les marchés sont pragmatiques: ils peuvent prospérer dans des systèmes politiques imparfaits… pendant un temps.
Mais lorsque la qualité de la gouvernance se dégrade, la volatilité augmente, l’allocation du capital se détériore, et les risques s’accumulent.
Nos données montrent que, si les régimes autoritaires offrent parfois une stabilité apparente à court terme, leurs rendements corrigés du risque sont inférieurs sur le long terme, notamment lorsque la corruption érode l’efficacité et l’innovation.
À l’inverse, les démocraties, parfois désordonnées, possèdent cette résilience institutionnelle et cette transparence qui soutiennent les marchés de capitaux sur plusieurs décennies.
Quelle leçon pour l’investisseur?
Les systèmes politiques ne sont pas, en soi, un facteur d’investissement.
Néanmoins, ils façonnent le cadre économique dans lequel les entreprises opèrent.
Une gouvernance saine et des institutions responsables se traduisent, à terme, par de meilleurs fondamentaux économiques.
Pour les investisseurs de long terme, privilégier les pays et les sociétés où les institutions se renforcent plutôt que se fragilisent reste la stratégie la plus durable.
En résumé: les marchés peuvent ignorer la politique un temps mais, sur la durée, la bonne gouvernance paie toujours.