L’indépendance de la Fed: un pilier fragilisé

Valentin Bissat, Mirabaud

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Les tentatives de politisation de la Fed ont pour but d’orienter la politique monétaire en fonction des priorités économiques de Trump, en stimulant notamment le crédit et le marché immobilier.

L’indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed), longtemps considérée comme un rempart contre les soubresauts politiques, traverse aujourd’hui une zone de turbulences. Ce principe, qui permet à la banque centrale de mener sa politique monétaire sans interférences directes, repose sur une jurisprudence vieille de près d’un siècle: Humphrey’s Executor (1935). Elle protège les membres de la Fed contre tout licenciement arbitraire, garantissant ainsi la stabilité des décisions monétaires. Mais ce socle juridique, jusqu’ici solide, commence à se fissurer.

Quand la politique s’invite dans la salle des gouverneurs

Les récentes décisions de justice ouvrent la porte à un scénario inédit. L’arrêt Trump v. Wilcox suggère que la Cour suprême pourrait autoriser le président à limoger, sans motif, des membres d’agences indépendantes. Si la Fed reste pour l’instant une exception en raison de sa structure atypique, l’inquiétude grandit. L’administration Trump tente déjà d’écarter la gouverneure Lisa Cook, sans base légale. La Cour suprême a suspendu la décision, mais un examen de fond est prévu en janvier. Et derrière cette bataille juridique se profile une question cruciale: jusqu’où ira la politisation de la Fed?

Le mandat de Jerome Powell comme président de la Fed s’achève quant à lui en mai 2026. Chaque départ au sein du Conseil des gouverneurs sera donc une opportunité pour Trump de nommer des profils favorables à une politique monétaire plus accommodante. Une Fed remodelée par des nominations politiques pourrait changer radicalement la trajectoire des taux.

A ces tensions institutionnelles s’ajoute un défi technique: la qualité des statistiques économiques. Les révisions massives des chiffres de l’emploi, parfois de plusieurs centaines de milliers de postes, fragilisent la base sur laquelle la Fed fonde ses décisions. Les coupes budgétaires dans les agences statistiques, la baisse des taux de réponse aux enquêtes et les pressions politiques accentuent ce risque. Des données biaisées, c’est une politique monétaire aveugle.

Le spectre du désancrage des anticipations d’inflation

Ces tentatives de politisation de la Fed poursuivent un objectif clair: orienter la politique monétaire en fonction des priorités économiques de l’administration Trump, en stimulant notamment le crédit et le marché immobilier. Elles visent également à atténuer les effets négatifs de cette politique expansionniste, tels que l’aggravation des déficits, l’alourdissement du coût de la dette et la dépréciation du dollar — autant de facteurs qui menacent la soutenabilité de l’endettement américain.

Cette stratégie, qui consiste à maintenir des taux d’intérêt durablement bas malgré la montée des pressions inflationnistes, porte un nom: la répression financière. Historiquement utilisée après la Seconde Guerre mondiale, cette stratégie permet au gouvernement de financer d’importants déficits sans explosion des coûts d’emprunt, mais au prix d’une dégradation de la crédibilité de la banque centrale et d’anticipations d’inflation désancrées.

Les implications sont lourdes: hausse des primes de risque et pentification de la courbe des taux, chute de la demande étrangère pour les obligations du Trésor américain, et affaiblissement du dollar, qui perd peu à peu son statut de valeur refuge.

La répression financière, en dépit de ses bénéfices à court terme, risquerait d’engendrer un cercle vicieux d’inflation élevée et de politiques monétaires toujours plus accommodantes, menant potentiellement à une crise de crédibilité de la Fed. Dans ce contexte, l’or et le bitcoin, réserves de valeur respectivement physique et numérique, présentent des avantages notables. En tant qu’actifs réels, ils protègent contre la perte de pouvoir d’achat causée par l’inflation et la dépréciation monétaire. Ils agissent également comme une réserve de valeur stable quand la confiance dans les monnaies fiduciaires diminue.

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