La poussière macro-économique retombe lentement sur Wall Street, le paysage qui se dévoile progressivement au marché est plutôt plaisant. Résultat des courses, cette semaine de Thanksgiving est la meilleure pour le S&P500 (SPX) et le Dow Jones depuis 2012, côté Nasdaq100 (NDX) c’est encore plus fort, on n’avait plus vu une telle pression acheteuse depuis 2008, pensée pour les trois ours qui se cachent au fonds du NYSE, à droite juste derrière le radiateur, en espérant que les taureaux ne les en débusquent. Sentiment de jour de la marmotte ce matin, on croit que le marché américain des actions va mettre un genou à terre et puis au final c’est l’Allemagne qui gagne.
La confiance dans l’idée que la Fed interviendra en cas de problème est de retour (le fameux Fed put), les intervenants semblent vouloir finir l’année sur une note positive, en attendant que les signaux techniques du marché valident un retour durable de l’appétit pour le risque. Les actions ont rebondi après une brève consolidation, portées par l’anticipation qu’un affaiblissement des données économiques mènera à une baisse des taux en décembre. Le concept d’acheter la faiblesse semble donc encore bien présent dans les esprits, même si les investisseurs deviennent plus sélectifs et délaissent les segments les plus risqués. La récente volatilité a probablement purgé une partie des excès: les stratégies systématiques sont revenues à une exposition neutre et pourraient rester stables sauf nouvelle chute marquée, tandis que les hedge funds ont réduit leurs positions à des niveaux comparables à ceux de l’été. Ce positionnement plus neutre est probablement sain, malgré une volatilité encore à surveiller. Les investisseurs privilégient désormais les anciens retardataires et les valeurs défensives, notamment la santé, ainsi que certaines cycliques. À ce sujet les données de Goldman Sachs montrent un flux global favorable aux actions et à l’IA, mais sans l’euphorie généralisée d’avant novembre: les mégacaps de l’IA attirent des achats nets, tandis que les valeurs technologiques non rentables subissent davantage de ventes à découvert.
Même au sein des mastodontes de la tech la dynamique n’est pas homogène: seule Alphabet (GOOG) affiche une bonne performance en novembre parmi les «sept magnifiques». Sur le plan technique, le SPX et le Stoxx Europe 600 (SXXP) ont récemment tenu des niveaux de support cruciaux, ce qui ouvre la voie à une poursuite de la hausse, à condition que ces seuils résistent lors d’un éventuel nouveau repli, faute de quoi les stratégies systématiques pourraient relancer des ventes importantes.
Résumons: la récente consolidation ne traduit pas une panique, surtout si l’on prend du recul et qu’on observe le passé. Depuis le début du grand marché haussier alimenté par l’IA en octobre 2022, les corrections de 5% ou plus varient en durée; celle-ci, qui aurait duré 17 jours si le point bas est confirmé, figure parmi les plus courtes.
Même si elles restent limitées, les statistiques macro publiées jusqu’à présent montrent que la situation en matière d’inflation et sur le marché du travail, bien que loin d’être parfaite, n’est pas aussi préoccupante que ce que l’on craignait. Hier soir la Fed publie son livre beige, elle fait ça huit fois par an, afin de résumer les perspectives économiques du pays. La version d’hier nous apprend que le consommateur de base souffre, de quoi précisément on ne sait pas (ralentissement économique? hausse des prix?). Quoi qu’il en soit on sait désormais que la Fed semble pencher pour défendre la croissance, au risque de réveiller quelque peu dame inflation, ce d’autant que les prochaines statistiques macro à ce sujet seront publiées le 18 décembre, or la prochaine réunion de la Réserve Fédérale se tiendra le 10, Jerome Powell & Friends feront donc avec ce qu’ils ont en l’état, les Fed Funds prédisent d’ailleurs 81% de probabilités d’une coupe de 0,25% à cette occasion, puis plus grand-chose, le discours du patron de la Fed sera donc une fois de plus très attendu.
La séance d’hier est caractérisée par des achats un sur plus ou moins tous les segments de la cote. On recherche autant les actions dites risquées, les titres de momentum, les petites capitalisations, les actions «value» ou encore les stocks à faible volatilité. Le SPX n’est plus qu’à 0.4% de l’équilibre en novembre. Approche de Thanksgiving oblige les volumes d’échanges ralentissent significativement, le NDX conforte sa position au-dessus de 25'000 points, il n’est pas du tout suracheté, pendant ce temps la volatilité poursuit sa retraite, hier le VIX abandonne 7% supplémentaires à 17,19, sa 100 jours évolue à 17,15, chaud devant! Côté marché obligataire, le rendement du 10 ans clôture à 3,99%, niveau important qui lui ouvre la voie technique vers 3,93%. Le Dollar Index se bat comme un chiffonnier avec sa 200 jours, niveau actuel 99,58 contre la 200 dma à 99,71. La paire EUR/USD traite à 1,1589, sa prochaine résistance se situe à 1,1624, notez qu’une golden cross est en vue à une semaine, en faveur de l’euro. L’or se maintient à 4162 dollars l’once, le pétrole n’y arrive plus, le baril de WTI Light Crude évolue à 58,66 dollars.
Au menu macro-économique de ce jeudi, les indices de confiance de plusieurs pays européens ce matin.
Sika confirme ses objectifs pour 2028. Boeing va fournir 96 hélicoptères Apache à la Pologne. La Chine interdit à ByteDance d'utiliser les puces Nvidia. Un dirigeant de Tesla nie toute discrimination à l'égard des pièces chinoises destinées aux voitures vendues aux Etats-Unis. Le Pentagone estime qu'Alibaba, Baidu et BYD devraient être ajoutées à la liste des entreprises avec des liens avec l'armée chinoise.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis le Nifty50 qui égare 0,19%. Tokyo prend 1,23% à la cloche, Hong Kong grappille 0,05%, Shanghai gagne 0,29% et Séoul monte de 0,66%. Le future SPX traite en mode «belle au bois dormant», il est actuellement fortement inchangé, tout comme son compère de dortoir le NDX. L’Europe, privée de sa boussole, grappille 0,1% dans les premiers échanges.
Pas de séance de trading sur le NYSE donc ce jeudi, c’est Thanksgiving, on sait déjà que les Américains n’auront jamais autant voyagé depuis 15 ans, demain Wall Street ouvrira pour la forme, elle fermera à 19h CET, la semaine boursière est terminée, à vos achats de Noël… ce d’autant que le Black Friday c’est demain, l’occasion de rappeler que celles et ceux d’entre nous qui feront les meilleures affaires sont ceux qui n’auront rien acheté à cette «occasion».