Le festival du rire BTFD semble avoir momentanément fermé ses portes. Comme bien souvent, un sentiment de légère déprime anime des festivaliers de retour à la vraie vie, ça passera, ça passe toujours (sauf peut-être après une fête des vignerons...). Ce retour à la vraie vie implique une prise de conscience croissante dans les salles de marchés que le monde de l’intelligence artificielle se divise en deux camps, ceux qui ont les moyens de financer leurs investissements massifs et ceux qui empruntent des sommes colossales pour ce faire.
En clair, la nervosité augmente sur les parquets de trading après les annonces de dépenses massives des géants technologiques, de plus en plus financées par de la dette, ce qui fait grimper l’indice de volatilité à ses plus hauts niveaux depuis avril. Un exemple parmi d’autres, Amazon s’apprête à émettre 15 milliards de dollars d’obligations. Prenez Oracle, dont l’action a perdu 35% depuis la mi-octobre, le FT souligne que cela est probablement dû au fort endettement de la firme et qu’elle fait un pari massif sur l’IA, qui va altérer son modèle économique, à court terme vers le moins bien. Antithèse, Alphabet, qui dispose de moyens de financement solides, ne cille quasiment pas en bourse, ce n’est probablement pas un hasard que Berkshire Hathaway ait pris une participation dans la société de Mountain View.
On constate en parallèle que la libido des acheteurs semble partie en vacances avec le BTFD. L’aversion au risque est de retour dans les salles de marchés, on se débarrasse d’un peut tout, cryptos, or, la tech et les petites capitalisations, ces dernières souffrent de perspectives de taux finalement plus élevés que prévu, or elles dépendent beaucoup de cela car en besoin de refinancement permanent. Ce début de semaine n’est pas marqué par des nouvelles particulières, le sentiment est morose, les acteurs se préparent à la publication des résultats trimestriels de Nvidia demain soir, ainsi qu’au rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis jeudi.
Ce matin les Fed Funds ne prédisent que 44% de probabilités que la Fed coupe ses taux le 10 décembre, le joyeux royaume des actions semble fatigué, comment lui en vouloir après une hausse du S&P500 (SPX) quasiment ininterrompue de 90% en trois ans, ce d’autant que l’indice n’a rendu que 3% depuis son récent top. Le marché est actuellement en phase de consolidation, on ne parle pas encore de correction. La volatilité a certes rebondi, le VIX gagne 13% hier à 22,38, mais on est loin des niveaux de 29-30 qui commencent à devenir intéressants lors qu’on est émetteur de produits structurés. On va suivre le VIX de près ces prochains jours mais en l’état le cœur des investisseurs ne bat pas la chamade.
Pas encore de correction certes, en revanche la configuration technique du marché se détériore hier. Le SPX repasse sous sa moyenne mobile à 50 jours, on n’avait plus vu ça depuis 139 séances de trading, il met ainsi un terme à la seconde plus longue période dans cette configuration de ce siècle. Précisons que l’indice phare de Wall Street reste solidement ancré dans son canal haussier et que son prochain support se situe à 6532 points, c’est là que passe actuellement sa 100 jours, clôture hier soir à 6672 pts. Seuls deux secteurs de l’indice parviennent à terminer la journée dans le vert hier, les services de communication et les utilities, talonnés par la pharma qui recule très légèrement sur la séance. Les géants de la tech sont quasiment tous en baisse à l’exception d’Alphabet (GOOG +3,11%) qui bénéficie surtout de l’annonce la prise de participation de Berkshire Hathaway. Les volumes d’échanges sont faibles, on ne se rue pas massivement vers la sortie, le breadth est sans surprise nettement négatif, tandis que le Nasdaq100 (NDX) casse lui aussi sa 50 jours, il évolue désormais au bas de son canal haussier entamé en janvier 2023.
En résumé, plusieurs signaux de prudence sont envoyés dans le marché en ce début de semaine : forte demande de couvertures baissières, rotation vers des secteurs défensifs, ventes dans les valeurs technologiques et hausse du VIX. Les actions américaines viennent aussi d’enchaîner leur premier «double creux» depuis avril, signe d’un marché plus nerveux, même si la baisse reste trop modérée pour parler de vraie correction.
Côté marché obligataire on semble rester de marbre, le MOVE (l’alter ego obligataire du VIX) clôture à 82,58, un niveau vraiment faible, pendant que le rendement du 10 ans US stagne à 4,11%, les intervenants attendent le rapport sur l’emploi de jeudi.
Côté monnaies, le dollar tente un timide rebond. Le Dollar Index (DXY) revient à 99,46, sa 200 jours est à 99,96, deuxième round en vue? La paire EUR/USD cote 1,1594, elle semble capée par ses 50 et 100 jours qui évoluent main dans la main, dans la zone 1,1655 – 1,1659.
L’or semble déconnecté de toute logique depuis quelques temps, la consolidation entamée après la poussée de fièvre vers 4381 dollars l’once il y a un mois semblait terminée, depuis hier on se repose la question, sachant que mon manuel du petit castor junior technique pointait vers les 3500 dollars avant de pouvoir décréter la consolidation terminée. Cours actuel 4039 dollars.
Le Wall Street Journal publie un article au sujet du contrôle de qui vous savez sur le Parti républicain qui montre ses premiers signes d’affaiblissement. Plusieurs élus GOP résistent désormais à ses demandes, notamment sur la publication des dossiers liés à Jeffrey Epstein, que même des alliés comme Lauren Boebert et Marjorie Taylor Greene refusent de bloquer. Ses efforts pour influencer des redécoupages électoraux dans certains États, ainsi que sa volonté d’abolir le filibuster, une règle du Sénat qui oblige à réunir 60 voix pour faire avancer la plupart des lois, donnant ainsi à la minorité un pouvoir de blocage important, se heurtent à l’opposition de républicains. Malgré cela, le grand blond conserve un soutien largement majoritaire au sein du parti et garde l’arme des primaires contre les dissidents. Des analystes jugent ces tensions réelles mais limitées, même si elles montrent que son statut de leader incontesté commence à se fissurer.
Larry Summers (ancien ministre américain des finances) annonce qu'il se retire de la vie publique après que sa correspondance avec Jeffrey Epstein a été rendue publique par les législateurs américains.
Rien de particulier à se mettre sous la dent en termes de statistiques macro-économiques ce mardi, si ce n’est un banquier central de la Fed (Barr) qui parle à 16h30.
ABB Ltd relève une partie ses objectifs pour 2025. Novo Nordisk baisse les prix du Wegovy et de l'Ozempic pour les patients américains qui paient eux-mêmes leurs médicaments. Moody's a confirmé la note crédit à long terme d'Ericsson à Ba1 et a revu la perspective de stable à positive. S&P Global abaisse la note d'Adecco de «BBB+» à «BBB», perspective stable. UBS Group et Ant International concluent un partenariat dans le domaine des paiements via la blockchain. Barry Callebaut s'allie avec Notco AI dans le chocolat. La vente du Lockheed Martin F-35 à l'Arabie saoudite pourrait se concrétiser, après le soutien apporté par le président américain. Chevron se lance dans la course pour explorer l'achat potentiel d'actifs de Lukoil, selon Reuters. Amazon va lever 15 milliards de dollars grâce à sa première émission obligataire aux Etats-Unis depuis 2022. Alibaba lance Qwen, une application IA tout-en-un gratuite.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent tous dans le rouge. Tokyo perd 3,22% à la cloche, Hong Kong abandonne 1,72%, Shanghai perd 0,81%. Séoul rend 3,32% et le Nifty50 recule de 0,17%. Le future SPX et son compère du NDX reculent tous deux de 0,2%, l’Europe ouvre en net repli de 1,5%.