Marché Buy-Out américain: un ralentissement relatif mais une activité soutenue (épisode 2/3)

Louis Flamand, Altaroc

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Au deuxième trimestre, les gains ont été largement portés par la taille des transactions plutôt que par le volume, le nombre de deals restant relativement faible.

Nous vous en parlions le mois dernier, les marchés des sorties ont continué à montrer des progrès au deuxième trimestre 2025, bien que le rythme de reprise reste plus lent que ce qu’espéraient de nombreux investisseurs.

Aux Etats-Unis, l’activité Buy-Out a légèrement reculé au deuxième trimestre, avec 68,6 milliards de dollars de transactions (-17% vs premier trimestre), mais elle reste en progression sur 12 mois: le total semestriel atteint 152 milliards, soit +14% par rapport au premier semestre 2024, en voie de figurer parmi les trois meilleures années jamais enregistrées.

Ces gains ont été largement portés par la taille des transactions plutôt que par le volume, le nombre de deals restant relativement faible. Ainsi, la majeure partie de l’amélioration annuelle provient des transactions large-cap: les cinq plus grands Buy-Outs annoncés jusqu’en juin représentent 42% de l’activité globale. Transactions notables du deuxième trimestre:

  • Thoma Bravo: carve-out de Jeppesen (Boeing) pour 10,6 milliards de dollars.
  • 3G Capital: take-private de Skechers pour 9,4 milliards de dollars.
  • Silver Lake rachète une participation majoritaire dans Altera (Intel) pour 8,8 milliards de dollars.

Malgré un ralentissement du marché de la dette syndiquée en avril, les prêteurs directs sont restés actifs. Selon PitchBook LCD, 86% des nouveaux LBO ont été financés par le marché du direct lending au deuxième trimestre, incluant un prêt unitranche de 4,0 milliards de dollars pour Jeppesen mené par Apollo et Blackstone.

Au premier semestre 2025, le prix moyen des opérations de Buy-Out a atteint 11,8x EBITDA selon Pitchbook LCD contre 10,9x en 2024. Cette augmentation de prix reflète le fait que seules les entreprises de très grande qualité se vendent dans un contexte macro-économique incertain. Les gérants restent disciplinés et prudents sur les entreprises exposées à la consommation ou aux changements de droits douanes, même s’il convient de noter que l’activité Buy-Out a augmenté au 1er semestre dans l’industrie (15% des volumes), la santé (18%) et l’énergie (18%), tandis que la technologie, pourtant peu exposée aux barrières tarifaires, a vu sa part reculer: de 42% en moyenne sur les cinq dernières années à 28% au deuxième trimestre 2025. Cette discipline s’est aussi reflétée au premier semestre dans la structuration plus prudente des deals:

  • Levier financier moyen: 5,0x EBITDA (vs 5,5x moyenne 5 ans).
  • Couverture d’intérêts cash: 2,7x (vs 2,3x en 2024).

Europe: un net ralentissement, sauf sur le mid-market

Après une année 2024 vigoureuse, l’activité Buy-Out européenne a chuté au deuxième trimestre 2025 à 25,9 milliards d’euros selon LSEG Data & Analytics, en baisse de 25% par rapport au trimestre précédent et de 51% sur un an. La contraction est concentrée sur les transactions large-cap (valeur d’entreprise supérieure à 1 milliard d’euros): la valeur agrégée tombe à 11,2 milliards d’euros (–49% par rapport au premier trimestre). Plusieurs grosses opérations du trimestre sont des add ons plutôt que des plateformes, illustrant une prudence accrue:

  • HornetSecurity (1,8 milliard d’euros) racheté par une société en portefeuille Thoma Bravo;
  • Regina Maria (1,1 milliard d’euros) acquis par une plateforme soutenue par CVC et Hellman & Friedman.

D’après PitchBook, les add ons pèsent plus de 1/3 de la valeur totale au deuxième trimestre 2025 (vs ~1/4 un an plus tôt). A l’inverse, le mid-market reste très actif (14,7 milliards d’euros au deuxième trimestre, son plus haut niveau depuis fin 2022), traduisant un déplacement des opportunités vers des tailles de deals plus abordables. Le Royaume Uni & l’Irlande redeviennent la zone la plus active (38% de l’activité). Trois des cinq plus grosses opérations du trimestre impliquent des sociétés britanniques et/ou irlandaises, dont la plus importante: OSTTRA Group racheté par KKR (3,1 milliards de dollars).

Les public to private (retraits de cote) ont été un trait marquant du marché britannique: Hargreaves Lansdown a été formellement retirée de la cote (acquisition CVC / Nordic Capital), tandis que Advent et KKR se sont disputés Spectris (transaction conclue peu après la fin du trimestre).

L’émission primaire high yield européenne atteint 25,5 milliards d’euros au deuxième trimestre (vs 19,2 milliards au premier trimestre) — deuxième plus haut total trimestriel en plus de trois ans. Cette hausse est intervenue malgré un pic temporaire des spreads début avril (BB € > 270 bps), avant de revenir < 220 bps en fin de trimestre. Le mouvement a coïncidé avec la détente de l’inflation et la baisse de taux de la BCE en juin.

 


Sources: Pathway Capital 2Q25 Environment Report, Mergermarket, Pitchbook Data, LSEG Data & Analytic. 

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