À ma droite le marché des actions, tremblant comme une feuille à l’idée que sa meilleure copine la Fed se mette à le bouder. À ma gauche le marché obligataire, qui semble s’en soucier comme de sa dernière chemise. Et voilà, c’était l’actualité des marchés de ce jeudi, bon weekend et à lundi.
Sans rire, une fois encore nous en sommes arrivés là. Le joyeux royaume des actions joue à se faire peur, il tente de digérer la fin du «shutdown» mais cela ne passe manifestement pas. Peur que les statistiques macro à venir incitent la Réserve Fédérale à rester de marbre le 10 décembre, alors qu’il y a encore trois jours tout un chacun était convaincu dans les salles de marchés qu’une coupe de 0,25% à cette occasion était acquise. Et ça tombe plutôt mal d’un point de vue du timing, les indices se sont tellement gavés d’IA depuis des années désormais, qu’ils peinent à retrouver un nouveau souffle et ont entamé une rotation vers des secteurs plus calmes et rassurants depuis 6 séances. On va revenir sur la macro à venir aux Etats-Unis, cerise sur le gâteau, hier ces satanés empêcheurs de monter en rond que sont Neel Kashkari et Beth Hammack indiquent tous deux ne pas être convaincus par une nouvelle réduction de taux. Le marché des Fed Funds s’en trouve tout marri, il prévoit ce matin 49% de probabilités que Jerome Powell et sa bande ramènent leurs taux dans une fourchette de 3,75% - 3,50% le 10 décembre, en début de semaine on était proche de 70%. On ne le rappellera jamais assez, la Fed reste le seul et unique phare du marché des actions à terme, tout le reste, grand blond inclus, ne relève que de distraction court-termiste.
Wall Street, dans un premier temps soulagée par la fin du «shutdown», replonge donc dans l’inquiétude hier face à l’arrivée imminente d’une masse de données économiques retardées. Le marché des actions vit hier sa pire séance en un mois Les investisseurs, privés de statistiques clés pendant plus de quarante jours, craignent que leur publication simultanée crée une forte volatilité. Les valeurs technologiques sont particulièrement touchées, avec de fortes baisses pour CoreWeave, Nvidia, Oracle ou Tesla, tandis que les investisseurs prennent leurs bénéfices et se tournent vers des secteurs jugés plus sûrs. Le Dow, qui atteint un record mercredi, est aussi plombé par la chute de Disney après des revenus décevants. Malgré cela, certains titres progressent, comme Cisco, qui relève ses prévisions, ou Verizon, soutenu par des projets de suppressions d’emplois.
Le SPX termine sa journée à 6737 points, sa moyenne mobile à 50 jours évolue à 6699 pts, c’est là que réside son premier support. Notons que son alter ego équipondéré le SPX perd 1,18% hier, c’est nettement moins que le SPX et cela met en lumière la tech et ses géants, qui sont momentanément devenus actions non grata dans l’esprits d’investisseurs ô combien infidèles, volages et qui se disent que diversifier tout cela est probablement une bonne chose. Le Nasdaq100 (NDX) réalise sa 5e baisse en 6 séances, il clôture hier à 24'993 points et abandonne donc le niveau de 25'000 points aux ours, sa 50 jours évolue à 24'868 pts, on la suivra de près, ce d’autant que l’indice a désormais rendu 4,5% depuis son récent top, il reste solidement ancré dans sa tendance haussière entamée en janvier 2023, il gagne encore 134% depuis lors, alors 4,5% cela relève de l’anecdote, on parle ici pour le moment de consolidation, un repli dans une tendance haussière. La volatilité gagne 14%, le VIX clôture pile à 20,00 après avoir atteint un top en séance de 21,31. L’indice de la volatilité du SPX a rebondi de sa 50 jours et cassé sa 200 jours à la cloche, son nouveau support se situe désormais à 19,45.
Résumons: l’IA reprend son souffle en bourse, en parallèle la Fed pourrait faire faux bond à des indices proches de leurs plus hauts historiques, et paf la consolidation.
Passons maintenant du côté apaisé de la force, le marché obligataire qui semble aussi concerné par les tribulations des actions que moi par le nombre de tweets journaliers d’Elon Musk (on peut parier là-dessus sur Polymarket…). Commençons par l’indice MOVE, qui porte fort mal son nom hier et recule de 2,5% à 79.10, un niveau vraiment faible qui nous indique que le niveau de tension des acteurs du marché de la dette est proche de zéro. On se tourne alors vers les obligations gouvernementales américaines, là encore c’est le calme plat, le rendement du 10 ans est stable à 4,13%, sa 50 jours évolue à 4,08%, sa 100 jours à 4,20%. On se gratte la tête et on aborde les monnaies avec un Dollar Index (DXY) qui semble avoir perdu son combat de rue contre sa 200 jours, il évolue ce matin à 99,31, la 200 jours le toise depuis son niveau de 100,04, cela se reflète notamment dans la paire EUR/USD qui traite à 1,1630, ses 50 et 100 jours se trouvent à 1,1662. N’y comprenant plus grand-chose on se rabat sur l’or et on constate que l’once a perdu du terrain ce matin par rapport à son niveau d’hier, elle évolue désormais à 4177 dollars.
Lorsque le marché des actions se met à trembler de peur pour de bonnes raisons, les intervenants recherchent activement les valeurs refuges que sont (furent pour certaines) l’or, le dollar, les bons du Trésor US ou encore le franc suisse. Au grand dam de votre serviteur, cela fonctionne avec la monnaie helvétique, pour le reste rien à signaler, pas l’ombre du soupçon de l’esquisse d’une ruée vers les canots de sauvetage. La peur ne prend pas les commandes hier.
Ce qui se produit ce jeudi est un cas plutôt fréquent, le marché des actions, moins mature que son grand frère obligataire, perd quelque peu les pédales. Dans ce contexte, il est bien souvent urgent d’attendre, de ne rien précipiter et de saisir les opportunités qui se présentent inévitablement. Et puis porter un joli gilet tout en surfant cette vague, on ne le répètera jamais assez.
Le Temps publie un article intéressant sur la fin du shutdown et ses conséquences possibles, dont voici un résumé: la fin du «shutdown» américain laisse un grand vide statistique: en octobre, de nombreuses données économiques essentielles, notamment sur l’inflation et le chômage, n’ont pas été récoltées, car plus d’un million de fonctionnaires étaient à l’arrêt, dont ceux chargés de ces mesures. Ces chiffres ne seront peut-être jamais publiés, ce qui tombe au plus mauvais moment pour la Réserve fédérale, qui fonde traditionnellement ses décisions de taux sur l’évolution de la conjoncture. Alors que le président des Etats-Unis pousse la Fed à baisser massivement le coût de l’argent, celle-ci se retrouve «aveugle» pour le mois d’octobre, et certaines données manquantes sont impossibles à reconstruire, comme les enquêtes téléphoniques servant à calculer le chômage. Même si certaines statistiques sont finalement publiées, leur utilité sera limitée, car il sera difficile de distinguer l’effet du shutdown, notamment les 650’000 fonctionnaires mis en pause forcée, susceptibles de gonfler artificiellement le chômage. Cette absence d’informations fiables risque d’alimenter davantage l’idéologie au sein du Conseil des gouverneurs de la Fed, où des voix proches de Trump, comme Stephen Miran, plaident déjà pour une baisse rapide des taux.
Retour dans notre bonne vieille Helvétie. L’administration Trump envisage de réduire fortement les droits de douane sur les produits suisses, de 39% à 15%. Cette décision, actuellement discutée à Washington par le conseiller fédéral Guy Parmelin, favoriserait plusieurs entreprises helvétiques exposées au marché américain. La Tribune de Genève liste quelques firmes suisses qui pourraient profiter d’une avancée favorable de ce dossier. Alcon, qui réalise 45% de ses ventes aux États-Unis et dont le titre a reculé cette année, verrait ses perspectives s’améliorer. Ypsomed, déjà en croissance et renforcée par la vente de ses activités liées au diabète, pourrait profiter de ses nouvelles usines américaines. Straumann, sensible aux tarifs douaniers dans un secteur très dépendant des prix, bénéficierait aussi d’une éventuelle baisse, d’autant qu’une renégociation des taxes sur ses produits fabriqués au Brésil est jugée probable. Bachem, dont un tiers des ventes se fait aux États-Unis, resterait très rentable avec des taxes allégées. Givaudan, pénalisé cette année, retrouverait de meilleures conditions pour son importante activité nord-américaine. Sika, lourdement touché en Bourse, deviendrait plus compétitif aux États-Unis grâce à des coûts d’importation réduits. Schindler, qui tire 40% de ses revenus du marché américain, verrait ses ventes et sa maintenance soutenues. Zehnder, déjà en forte croissance outre-Atlantique, bénéficierait aussi de taxes plus basses. Richemont, qui réalise un quart de ses ventes en Amérique, éviterait des hausses de prix trop importantes, préservant le prestige de ses marques. Swatch Group profiterait également d’une meilleure compétitivité sur son premier marché, même si les analystes restent prudents sur l’évolution de son cours. Ces noms proviennent de l’article de la TDG, ils ne constituent en aucun cas une recommandation de notre part.
Au menu macro-économique de ce vendredi, les statistiques américaines prévues aujourd'hui (ventes de détail, prix à la production) seront probablement encore repoussées.
Eiffage confirme ses prévisions 2025, avec un impact négatif de la contribution fiscale exceptionnelle en France. Compagnie Financière Richemont affiche une hausse de revenus 14%. Allianz publie un bénéfice d'exploitation du troisième trimestre en hausse de 12,6% à 4,4 milliards d'euros. Siemens Energy estime que les résultats de l'exercice 2025 et les perspectives pour l'exercice 2026 sont conformes aux attentes. Enel relève ses prévisions annuelles. Sonova annonce des marges en baisse. Verizon envisage d'annoncer la semaine prochaine des suppressions d'emplois qui pourraient réduire les effectifs de l'entreprise de près de 20%, selon l’agence Bloomberg. Paramount, Comcast et Netflix préparent des offres pour Warner Bros Discovery, selon le WSJ. La grève prend fin chez Boeing après un accord avec le syndicat de l'avionneur. Amazon et Microsoft soutiennent une initiative visant à restreindre les exportations de Nvidia vers la Chine, selon le WSJ. Tencent Holdings conclut un accord avec Apple pour le traitement des paiements via la mini-application WeChat. Baidu dévoile ses nouvelles puces IA lors de sa conférence annuelle Baidu World. Alibaba se prépare à une refonte majeure de son application d'IA afin de rivaliser avec ChatGPT.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo abandonne 1,77% à la cloche, Hong Kong recule de 1,85%, Shanghai perd 0,97%, Séoul rend 3,81% et le Nifty50 égare 0,45%. Le future SPX recule de 0,3%, son compère du Nasdaq perd 0,5% et l’Europe ouvre en repli de 0,8%.
À lundi pour de nouvelles aventures boursières.