Gonet: l'actualité des marchés au 13 novembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,68%, S&P 500 +0,06%, Nasdaq -0,26%, Russell -0,30%, SOX +1,47%, Eurostoxx +1,08%, SMI +0,72%.

À première vue les indices de Wall Street se portent bien, hier soir le vénérable Dow Jones s’offre le niveau de 48'000 points à la cloche, il poste un nouveau record de tous les temps, le temps semble revenu aux valeurs dites «value», ces firmes ô combien ennuyeuses en comparaison avec des sociétés tech/ IA vouées à transpercer le plafond jour après jour. Passons rapidement sur le comportement des indices S&P00 (SPX) et Nasdaq100 (NDX) d’hier, constatons surtout que papi Dow Jones fait cavalier seul, que le SPX parvient à maintenir la tête hors de l’eau à grand peine, supporté par les valeurs de la santé, les financières et les materials, et que le NDX égare 0,06% à la cloche. La volatilité, les monnaies, les rendements obligataires, les volumes d’échanges et même les cryptos font du surplace ou ne bougent que d’un chouia. Et pourtant le gouvernement des Etats-Unis rouvre enfin, après 43 jours de vacances fermeture. Qui vous savez signe une loi mettant fin à la fermeture du gouvernement américain après l’adoption par le Congrès d’un budget temporaire, marquant ainsi la conclusion officielle d’une impasse record. L’Office of Management and Budget demande aux fonctionnaires fédéraux de reprendre le travail aujourd’hui. La Maison-Blanche indique que les données du Bureau of Labor Statistics pour septembre seront publiées après la réouverture, mais avertit que les rapports sur l’emploi et l’inflation d’octobre pourraient ne jamais être diffusés.

Le SPX, en hausse de 16,2% depuis le début de l’année, s’approche de l’objectif symbolique des 7000 points, bien au-delà de la moyenne décennale de 10,4% à cette période de l’année. Pour atteindre ce seuil, il lui suffirait encore d’un gain de 2,2%, soit une progression annuelle totale de 19%. Ce serait alors la première série de trois années consécutives de hausses supérieures à 20% depuis la fin des années 1990. Deux risques majeurs semblent capables de freiner ce rallye: la publication massive de données économiques après la fin du «shutdown» américain et l’incertitude entourant la prochaine décision de politique monétaire de la Réserve fédérale. Privé de statistiques depuis le 1er octobre, le marché va devoir digérer plusieurs rapports cruciaux sur l’emploi, l’inflation et la croissance, que le Bureau of Labor Statistics et le Bureau of Economic Analysis doivent rattraper. Ces chiffres seront déterminants pour la réunion de la Fed du 10 décembre, où les marchés estiment à 53% la probabilité d’une baisse de taux d’un quart de point.m Rappelons ici que le moteur principal du marché reste la solidité des bénéfices: les profits cumulés des entreprises du SPX au troisième trimestre devraient bondir de plus de 16% sur un an, atteignant 612 milliards de dollars, soit 42 milliards de plus que prévu. Pour plusieurs analystes cités par Barron’s, cette croissance confirme la robustesse des fondamentaux de ce marché haussier.

Dans ce contexte, quelque chose est en train de se produire à Wall Street. Les jeunes depuis plus longtemps que d’autres seraient tentés d’évoquer le début d’une rotation. La tech semble fatiguée, le NDX a reculé lors de 4 des 5 dernières séances. Le boom de l’intelligence artificielle paraît de plus en plus fragile. Les actions du secteur ont chuté récemment, les investisseurs doutant de la solidité et de la rentabilité à long terme de cette frénésie. La correction a commencé la semaine dernière, notamment avec une baisse de 7% de Nvidia, suivie d’un nouveau repli de 3%. Meta a perdu près de 17% depuis la publication de résultats pourtant solides et Palantir a reculé d’environ 8%. Les inquiétudes viennent surtout du décalage croissant entre les investissements massifs dans les infrastructures de calcul et les revenus générés. OpenAI prévoit de dépenser 1400 milliards de dollars sur huit ans, pour seulement 20 milliards de revenus annuels aujourd’hui, et anticipe 74 milliards de pertes en 2028. Son CEO Sam Altman, a tenté de rassurer en évoquant de futurs produits grand public, des robots et un service de cloud IA, qui n’existent pas encore. Le secteur s’endette fortement pour financer cette expansion: Oracle a conclu un accord de 300 milliards avec OpenAI et levé 18 milliards par emprunt, tandis que Meta a structuré 27,3 milliards de financement privé pour un centre de données en Louisiane. Au total, les entreprises liées à l’IA ont émis 139 milliards d’obligations cette année, soit 9% du marché et une hausse de 23% par rapport à 2024. Des difficultés logistiques s’ajoutent: CoreWeave, soutenue par Nvidia, a annoncé un retard dans la construction d’un centre de données, ce qui a fait chuter son titre de 16% mardi et d’un tiers depuis le début de la semaine précédente.

Malgré tout, les dépenses ne ralentissent pas. Plus de 400 milliards de dollars d’investissements sont prévus cette année par les géants technologiques et les fabricants de puces comme Nvidia ou AMD restent très optimistes. Nvidia prévoit une hausse de 56% de son chiffre d’affaires sur un an et AMD estime que les entreprises accélèrent leurs investissements. Les valorisations boursières globales du secteur ne sont pas jugées excessives: le Nasdaq affiche un ratio cours/bénéfices prévisionnel de 29, contre 32 en 2021. Mais la nervosité demeure: chaque signe de faiblesse provoque des ventes et après trois ans d’investissements massifs sans modèle économique clair pour rentabiliser l’IA, la lassitude des investisseurs devient inévitable.

En voilà là des mots censés et raisonnables, vous dites-vous peut-être. Oui mais bon c’est là que réside le problème. Avez-vous déjà perçu le joyeux royaume des actions comme étant censé et raisonnable? Prenez le NDX (au hasard), l’indice reste solidement ancré dans une tendance haussière, le BTFD n’est jamais loin, accompagné par un enthousiasme en apparence inoxydable d’une communauté d’investisseurs dont beaucoup n’ont jamais vécu une correction durable. Ce matin par exemple, le future NDX progresse de 0.2%, probablement motivé par la fin du shutdown aux Etats-Unis ce qui relève du non-sens le plus total mais que voulez-vous…Dans un tel contexte, il est bien souvent judicieux de continuer à surfer une telle vague tout en portant un beau gilet de sauvetage, en finance on appelle cela rendre une petite partie de la performance non réalisée en achetant un put, ce d’autant que le niveau actuel de la volatilité est plutôt bas.

Pendant ce temps, de l’autre côté des Alpes, le pays de Heidi reste fidèle à sa tradition de prudence. La BNS observe le tumulte mondial avec le calme d’un horloger, alors que le franc se maintient à des niveaux élevés (USD/CHF à 0,7954, EUR/CHF à 0,9242)  et que l’inflation reste mieux contenue qu’ailleurs. À Londres, l’atmosphère est plus brumeuse: à la manière de Sherlock Holmes, les investisseurs tentent de déchiffrer les indices laissés par la Banque d’Angleterre sur sa prochaine décision de taux, dans un contexte où la croissance britannique donne de nouveaux signes d’essoufflement, le PIB du Royaume Uni publié ce matin rate en effet les attentes des économistes. 

Au menu macro-économique de ce jeudi, on espère sans trop y croire l'inflation américaine d'octobre (14h30), dont la publication pourrait être repoussée. 

Siemens AG améliore ses résultats annuels. Merck KGaA enregistre une hausse de son bénéfice au troisième trimestre. Deutsche Telekom affiche une baisse de son bénéfice au troisième trimestre. Sandoz prévoit le lancement de versions génériques d'Ozempic (Novo Nordisk) au Canada d'ici la fin juin 2026. Siemens va distribuer 30% de Siemens Healthineers dans le cadre de la scission entre les deux entreprises. Novartis annonce les résultats positifs d'un essai clinique de phase III sur un nouveau traitement contre le paludisme. L'UE s'apprête à ouvrir une nouvelle enquête sur Google concernant le classement des éditeurs d'actualités, selon le FT. Chevron va installer au Texas un premier projet de fourniture d'électricité produite à partir de gaz naturel à un centre de données. Delta Air Lines estime que les réductions de vols dus au shutdown vont avoir un impact significatif, mais qu'un retour à la normale est en vue pour le weekend de Thanksgiving. JD Industrial (JD.com) envisage une introduction en bourse à Hong Kong le mois prochain avec un objectif revu à la baisse.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo progresse de 0,43%, Hong Kong avance de 0,51%, Shanghai prend 0,73%, Séoul monte de 0,49% et le Nifty50 grappille 0,45%. Les futures SPX et NDX sont en légère hausse et l’Europe ouvre en progression de 0,4%. L’or remonte à 4237 dollars l’once. 

A lire aussi...