Gonet: l'actualité des marchés au 10 novembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,16%, S&P 500 +0,13%, Nasdaq -0,21%, Russell -0,58%, SOX -1,01%, Eurostoxx -0,8%, SMI inchangé.

La semaine écoulée est marquée par la confiance des investisseurs dans la solidité de l’économie et dans la croissance de l’intelligence artificielle qui vacille, entraînant la plus forte baisse du Nasdaq depuis le Liberation Day du président des Etats-Unis début avril. Le Nasdaq100 (NDX), dopé depuis des mois par l’euphorie autour de l’IA, recule de 3,1% sur la semaine, tandis que le S&P500 (SPX) perd 1,6% et le Dow Jones 1,2%. Les inquiétudes portent sur des dépenses jugées excessives et des promesses exagérées liées à l’IA, alors qu’une fermeture prolongée du gouvernement américain prive les marchés de données économiques cruciales depuis plus de 40 jours. Les valorisations boursières très élevées, la baisse du moral des consommateurs et la montée des suppressions d’emplois accentuent la nervosité. Palantir chute de 11%, Nvidia de 7% et Oracle de 9%, malgré un bon début de semaine porté par un accord majeur d’Amazon. Les investisseurs semblent désormais douter de la rentabilité des quelque 400 milliards de dollars que les géants de la tech comptent consacrer à l’IA cette année. Plusieurs figures de Wall Street, dont les CEO de Goldman Sachs et Morgan Stanley, jugent probable une correction de 10 à 20% des marchés dans les prochains mois. Parallèlement, la baisse de l’indice de confiance des consommateurs du Michigan et la forte hausse des annonces de licenciements contrastent avec quelques signaux positifs, comme la progression de l’emploi privé et des services. Les taux obligataires américains terminent la semaine stables, les marchés anticipant une possible baisse des taux de la Fed en décembre.

N'en déplaise à Lord Voldemort Nouriel Roubini, le marché est ainsi fait que, dès lors qu’on le croit parti pour déprimer pour toujours, il nous sort une note d’optimisme de son chapeau.

Et pourtant la séance de vendredi débute mal, l’ambiance est morose dans les salles de marchés, les indices poursuivent leur route vers le sud, puis à 18 heures on assiste à un retour remarqué du BTFD (n’insistez pas, je ne traduirai pas cet acronyme) qui envoie les indices au plus haut de la séance à la cloche, permettant au vénérable Dow Jones et au SPX de sortir la tête de l’eau, tandis que le NDX, même s’il recule légèrement sur la séance, défend le niveau de 25'000 points avec succès ainsi que sa moyenne mobile à 50 jours, les traders apprécieront. La volatilité abandonne 2%, le VIX clôture à 19,08 après avoir atteint un haut en séance à 22,72. Les volumes d’échanges sont plutôt faibles, le breadth positif sur les principaux indices et le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, des utilities et de l’immobilier. On notera la hausse de 0.89% de l’indice S&P500 équipondéré (SPW), qui surperforme donc nettement le SPX et nous indique que le plus grand nombre est en hausse vendredi, c’est suffisamment rare pour être mentionné, le marché n’a pas besoin de la locomotive tech pour reprendre la direction du nord en cette fin de semaine, d’ailleurs les géants de la cote sont partagés avec Tesla, Alphabet, AMD, Broadcom, Apple et Microsoft qui clôturent toutes dans le rouge, les autre ne réalisant que des performances journalières bien médiocres. Le SPX réalise lui aussi une bonne affaire technique vendredi, il défend sa 50 jours avec succès, ce qui n’est pas une sinécure et laisse penser que cette séance fut un superbe exemple de «bear trap», un piège à ours, la raison de ce revirement de bord à l’heure de l’apéro européen est probablement un positionnement en vue du weekend et d’un éventuel déblocage du dossier de la fermeture du gouvernement des Etats-Unis.

Au chapitre obligataire, le rendement du 10 ans US évolue ce matin à 4,14%, il est parvenu à casser sa 50 jours (@4,09%) et regarde désormais sa 100 jours à 4,20%. Côté monnaies, le Dollar Index (DXY) semble faiblir dans son combat contre sa 200 jours, cette dernière évolue à 100,21, le DXY recule à 99,57. La paire EUR/USD fait de même, l’euro remonte à 1,1577 contre le billet vert, prochaine résistance et pas des moindres à 1,1665, c’est pile à ce niveau que passent les moyennes mobiles à 50 et 100 jours, gros combat en perspective à ce niveau.

Après avoir consolidé autour des 4000 dollars l’once, l’or repart à la hausse ce matin, probablement porté par la faiblesse du greenback. L’once traite à 4080 dollars, c’est à suivre, techniquement la correction ne semblait pas avoir abouti. Pour sa part le baril de WTI Light Crude se stabilise à 60,27 dollars.  Le marché pétrolier reste en repli, pénalisé par les prévisions d’excédent pour 2026. L’OPEP+ prévoit une hausse limitée de 137’000 barils par jour en décembre, mais suspend toute augmentation pour début 2026. La baisse des prix saoudiens vers l’Asie confirme un marché bien approvisionné. La prolongation du blocage partiel du gouvernement américain pèse aussi sur la demande, notamment pour le kérosène. Enfin, les sanctions contre la Russie entretiennent l’incertitude quant à l’avenir de ses exportations vers la Chine et l’Inde.

Ce matin l’ambiance est au beau fixe sur les parquets de trading. Il semble bel et bien que le shutdown soit sur le point d’être réglé. Le Sénat américain franchit une étape décisive hier vers la fin de la plus longue fermeture du gouvernement de l’histoire, grâce à l’appui de huit sénateurs démocrates qui permettent d’avancer une loi de financement adoptée par la Chambre. Le texte, voté à 60 contre 40, doit encore être amendé puis renvoyé à la Chambre des représentants, mais ce vote alimente l’espoir d’une réouverture prochaine des administrations fédérales. L’accord inclut le rétablissement des milliers de fonctionnaires licenciés par l’administration Trump et garantit le versement des arriérés de salaires. Les discussions portent toujours sur le prolongement des subventions de l’Affordable Care Act, sujet central du blocage entre les deux camps. Le compromis actuel prévoit que les Républicains soumettent au vote une extension d’ici la mi-décembre, tout en explorant de nouvelles formules de financement direct des ménages. Le comportement du marché des futures ce lundi matin est clairement le signe d’un soulagement face à la perspective d’une fin du blocage budgétaire qui paralysait depuis plus d’un mois l’économie américaine et perturbait la publication des données économiques. Sur la plateforme de paris en ligne Polymarket les probabilités que ce dossier soit réglé entre le 12  et le 15 novembre ont explosé à 85% (contre 20% vendredi).

Allez, voici quelques tops et flops de la semaine passée: Rivian Automotive (+12,23%) bondit grâce à une forte hausse des livraisons avant la fin du crédit d’impôt fédéral, à la réduction de ses pertes et à la confirmation du lancement de son SUV R2 en 2026, tandis qu’une nouvelle filiale en robotique vient diversifier ses activités. Vestas (+14,89%) s’envole après avoir relevé ses prévisions annuelles et annoncé un rachat d’actions de 150 millions d’euros. BMW (+6,71%) dépasse les attentes grâce à une marge d’exploitation en hausse, soutenue par la baisse des coûts. Geberit (+6,24%) profite d’une demande soutenue pour ses nouveaux produits, ce qui tire son chiffre d’affaires vers le haut. Telefonica (-16,69%) chute après avoir dévoilé un plan de désendettement et de recentrage sur l’Europe et le Brésil, incluant la cession d’actifs latino-américains et une réduction du dividende, ses résultats souffrant de dépréciations et d’un ralentissement de la croissance. Siemens Healthineers (-10,87%) recule face à un trimestre décevant, marqué par des marges sous pression et des profits affectés par les droits de douane, malgré des mesures d’ajustement jugées peu convaincantes. Enfin, Novo Nordisk (-7,83%) pâtit d’un accord avec les États-Unis pour baisser le prix de ses traitements amaigrissants et d’un resserrement de ses prévisions lié à la concurrence accrue, aux pressions tarifaires et aux coûts de restructuration.

Rien de particulier à se mettre sous la dent en termes de statistiques macro-économiques aujourd’hui.

Siemens AG serait favorable à une scission directe de sa participation dans Siemens Healthineers, selon l’agence Bloomberg. En phase III, un médicament de Roche réduit le taux de rechute chez les patients atteints de sclérose en plaques. Pfizer remporte la mise sur Metsera pour 10 milliards de dollars, en prenant le meilleur sur Novo Nordisk après un coup de pouce de la FTC. Meta s'en tient à son programme d'investissement de plus de 600 milliards de dollars aux Etats-Unis d'ici 2028. Le CEO de Nvidia a demandé à TSMC de lui fournir davantage de puces pour faire face à la demande. Visa et Mastercard seraient proches d'un accord pour réduire les frais des commerçants aux Etats-Unis et leur accorder plus de latitude vis-à-vis du paiement par carte, selon le WSJ. Le responsable du programme Cybertruck chez Tesla, Siddhant Awasthi, quitte l'entreprise, révèle Electrek. Samsung est en pourparlers avancés avec Barclays pour lancer une carte de crédit grand public aux Etats-Unis, selon le WSJ.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en nette hausse. Tokyo progresse de 1,26% à la cloche, Hong Kong gagne 1,55%, Shanghai avance de 0,53%, Séoul décolle de 3,02% et le Nifty50 monte de 0,56%. Le future SPX prend déjà 0,65%, son compère du NDX avance de 1,2% et l’Europe ouvre en progression de 1,4%. 

A lire aussi...