Merveilleuse saison que l’automne, qui nous offre des couleurs rares, de gigantesques tapis de feuilles mortes et incite bien souvent à la mélancolie. Le monde vit une révolution industrielle en direct, l’intelligence artificielle prend inexorablement ses quartiers dans nos vies et pourtant les investisseurs restent des humains, qui chaque année à partir du mois d’octobre ont tendance à voir le verre à moitié vide.
2025 ne fait pas exception à la règle, la semaine qui s’achève est morose pour les principaux indices américains d’actions, après de nombreuses performances hebdomadaires positives à la suite. Le contexte s’y prête, les indices flirtent avec leur plus hauts historiques, la saison des résultats de sociétés au troisième trimestre se passe bien mais le moteur de Wall Street semble sur la réserve, la Cour Suprême des Etats-Unis vient de mettre le doute à tout le monde au sujet de la légitimité des tarifs du président américain et le gouvernement des Etats-Unis est toujours fermé, depuis 40 jours, cela commence à peser sur l’humeur des Américains, des millions de fonctionnaires non essentiels ont été mis en congé sans solde, tandis que ceux considérés comme essentiels doivent continuer à travailler sans être payés, or les contrôleurs aériens en ont assez et désertent, ce qui entraine l’annulation de nombreux vols. On estime par ailleurs que chaque semaine de shutdown coûte 0,1% au PIB, en parallèle la Fed est aveugle, elle n’a plus accès aux statistiques macro-économiques publiques, ce qui rend la conduite de sa politique monétaire aléatoire. Allez, soyons optimistes, je mets une pièce sur le 26 novembre au plus tard pour une réouverture du gouvernement, le lendemain c’est Thanksgiving, la fête la plus importante de l’année pour les Américains, qui voyagent beaucoup à cette occasion. Just my view.
C’est dans ce contexte de franche rigolade que l’on peine à imaginer Wall Street réaliser une nouvelle semaine de hausse. On observe des prises de profits dans le secteur de la tech hier, IA en tête, l’aversion au risque fait son retour, le marché consolide, il ne s’agit pas ici d’une correction. Prenez les volumes d’échanges qui restent faibles, lors d’une correction ils augmentent fortement. Et puis qui peut blâmer les intervenants de mettre quelques profits sur la table après la folle hausse de ces dernières années? D’ailleurs l’indice Nasdaq100 (NDX) reste solidement ancré dans sa tendance haussière, il parvient à défendre le niveau de 25'000 points hier, on regardera son prochain niveau de support à 24'682 points, c’est là que se trouve actuellement sa moyenne mobile à 50 jours, clôture hier soir à 25'130 pts. L’indice S&P500 équipondéré (SPW) surperforme le SPX hier, un signe que c’est sur la tech que les vendeurs se concentrent principalement, gardez un œil sur le SPW, qui casse sa moyenne mobile à 100 jours à la cloche.
Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, de la santé et des biens de consommation durable. Les actions liées à l’IA, les valeurs préférées des particuliers, les titres les plus vendus à découvert, le calcul quantique, le nucléaire et les cryptos figurent parmi les plus fortes baisses après un léger répit mardi. Les grandes valeurs technologiques sont mixtes, avec Nvidia (NVDA – 3,65%), AMD (-7,27%) et Tesla (TSLA – 3,5%) en tête des pertes. D’autres secteurs en retrait incluent la restauration, l’ingénierie et construction, les logiciels, le transport routier, les croisières et la chimie. En revanche, la pharma (GLP-1), l’énergie, les grandes banques, la tech chinoise, l’hôtellerie, le transport de colis, l’aluminium, l’automatisation et les disques durs résistent mieux. La volatilité retrouve quelques couleurs, le VIX gagne 8% à 19,50, sa 200 jours est juste en-dessous, à 19,41.
Sur le front obligataire, les rendements reculent un chouia après la publication d’un rapport privé indiquant un ralentissement du marché du travail aux Etats-Unis, le marché et la Fed font vraiment avec ce qu’ils ont à disposition. On rachète donc les bonds, le rendement du 10 ans revient à 4,10%, sa moyenne mobile à 50 jours se situe un tick en-dessous.
Le combat de rue qui oppose le Dollar Index (DXY) à sa 200 jours ne faiblit pas, le DXY traite ce matin à 99,85, la 200 jours est à 100,26, la paire EUR/USD évolue à 1,1536, le billet vert semble encore bien demandé, à suivre de près.
Résumons: le Nasdaq100 vient de s’effondrer de 4%, il ne progresse plus que de 20% cette année, de 51% depuis le premier janvier 2024 et de 173% depuis le bas du covid (20 mars 2020). C’est une véritable catastrophe, l’ONU devrait se saisir du dossier sous peu.
On tente de se concentrer sur la macro du moment; les licenciements annoncés aux États-Unis bondissent à plus de 150’000 en octobre, soit près du triple de l’an dernier et le plus haut niveau depuis plus de vingt ans. Depuis le début de l’année, ils dépassent déjà un million, un record depuis la pandémie. Plusieurs responsables de la Fed s’expriment hier: Goolsbee (Chicago) se montre réticent à poursuivre les baisses de taux en raison d’un marché du travail solide selon lui, tandis que Williams (New York) estime que le marché obligataire surestime le taux neutre, qu’il situe autour de 1%. Barr évoque un environnement où les entreprises recrutent et licencient peu, en partie à cause de l’adoption de l’IA. Hammack (Cleveland) pense qu’il faudra deux à trois ans pour ramener l’inflation à 2% et juge la politique monétaire à peine restrictive. Miran réaffirme qu’une nouvelle baisse de taux est prévue en décembre.
Au menu macro-économique de ce vendredi, l'indice de confiance de l'Université du Michigan de novembre sera publié à 16h00.
Novo Nordisk a de nouveau augmenté son offre pour Metsera afin de dépasser la surenchère de Pfizer. UBS va liquider les fonds exposés aux dettes de First Brands. SAP va proposer des concessions à la Commission européenne pour clore une enquête antitrust et éviter une lourde amende. Eli Lilly et Novo Nordisk vont baisser les prix des médicaments contre l'obésité dans le cadre d'accords conclus avec l'administration Américaine. Take-Two reporte la sortie de «GTA VI» au 19 novembre 2026. Le titre perd 6% hors séance. Nvidia n'a aucune part de marché dans le secteur des centres de données en Chine et n'inclut donc rien dans ses prévisions. Ford envisage d'abandonner la version électrique de son pick-up F-150.
Tiens! L’agence Bloomberg attire notre attention sur le fait que les vendeurs à découvert réduisent rapidement leurs paris contre les constructeurs automobiles européens, signe que le pessimisme atteint sans doute un plancher. Depuis mi-octobre, le secteur a rebondi de près de 8%, porté par de meilleurs résultats, moins d’avertissements sur les bénéfices et une réduction marquée des positions baissières, notamment sur les marques allemandes. Les investissements reprennent, les tarifs américains devraient peser moins en 2026, et les nouveaux modèles comme le BMW iX3 ou le Mercedes GLC sont bien accueillis. Malgré les défis, ralentissement chinois, concurrence asiatique, essoufflement de l’électrique, le secteur reste le moins cher d’Europe (PER d’environ 9) et les prévisions de bénéfices se stabilisent. 2025 pourrait marquer le creux des résultats avant un redressement soutenu par des subventions et des réductions de coûts. Les indicateurs économiques et les ventes progressent, et les investisseurs, moins prudents, reviennent progressivement sur le secteur (source: Bloomberg).
Au chapitre «chers petits porteurs, on se fiche de vous et on ne le cache même plus», les actionnaires de Tesla approuvent à plus de 75% un nouveau plan de rémunération record pouvant atteindre mille milliards de dollars pour Elon Musk, qui pourrait ainsi contrôler jusqu’à 25% de l’entreprise s’il atteint une série d’objectifs très ambitieux, comme porter la capitalisation boursière de Tesla à 8,5 billions de dollars (actuellement 1,5 bn), vendre 20 millions de voitures ou un million de robots et de robotaxis. Présenté comme une rémunération liée à la performance, ce plan en 12 tranches d’actions vise à motiver Musk à accélérer la transformation de Tesla vers l’intelligence artificielle et la robotique, mais il suscite de vives critiques de la part de plusieurs grands investisseurs institutionnels qui le jugent excessif. Musk, déjà premier actionnaire avec 15% du capital, menace de quitter Tesla en cas de rejet, affirmant vouloir conserver une part suffisante pour protéger ses projets d’IA. Son précédent plan de 2018, également colossal, reste contesté devant la justice pour manque de transparence.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis le Nifty50 qui grappille 0,14%. Tokyo perd 1,19% à la cloche, Hong Kong abandonne 0,92%, Shanghai rend 0,25% et Séoul recule de 1,81%. Le future SPX relève un peu la tête, il progresse de 0.3%, l’Europe est en hausse similaire dans les premiers échanges et l’or semble ancré au niveau de 4’000 dollars l’once.