De bonnes nouvelles macro-économiques et une Cour Suprême apparemment sceptique face aux droits de douane du président américain font bouger les lignes du marché hier.
Commençons par le gros caillou inattendu dans la chaussure du président américain avec la Cour suprême des États-Unis qui commence hier à examiner la légalité des droits de douane qu’il a imposés sans l’accord du Congrès. Lors d’une audience de trois heures, plusieurs juges, qu’ils soient progressistes ou conservateurs, expriment leurs doutes sur la validité de ces mesures. L’administration Trump s’appuie sur une loi de 1977 sur les pouvoirs d’urgence économique (IEEPA), mais les juges progressistes rappellent que cette loi ne permet que de réguler les échanges, pas d’imposer des taxes, compétence réservée au Congrès. Du côté conservateur, certains magistrats mettent aussi en doute le bien-fondé juridique de ces tarifs. L’avocat du gouvernement défend ces droits de douane en arguant qu’ils rapportent des milliards de dollars et renforcent la position des États-Unis face à leurs partenaires commerciaux, avertissant qu’une annulation risquerait d’entraîner des représailles internationales. L’avocat des entreprises opposées à ces taxes dénonce un usage abusif du pouvoir présidentiel, citant notamment le cas de la Suisse, alliée des États-Unis, frappée d’une surtaxe de 39% malgré un excédent commercial en sa faveur. La décision de la Cour n’est pas attendue avant plusieurs semaines ou mois. Elle constitue un test majeur pour l’équilibre des pouvoirs entre la présidence et le Congrès, et pourrait avoir des conséquences importantes sur le commerce mondial.
En parallèle, la journée de mercredi est plutôt chargée sur le plan macroéconomique. L’enquête ADP d’octobre montre 42’000 créations d’emplois dans le secteur privé, au-dessus du consensus de 38’000 et d’un mois de septembre révisé à la hausse à 29’000 (au lieu d’une baisse de 32’000). La majorité des nouveaux emplois provient des grandes entreprises et du secteur des services, tandis que les petites et moyennes entreprises en perdent. L’indice ISM des services d’octobre ressort à 52,4, nettement supérieur aux 51,0 attendus et aux 50,0 de septembre, son plus haut niveau depuis février, porté par une forte progression des nouvelles commandes. Le rapport trimestriel du Trésor américain correspond aux attentes: aucune modification des montants d’enchères, maintien d’une trajectoire stable, rachat d’obligations inchangé et hausse prévue des émissions de bons du Trésor. Le gouverneur Miran indique que l’incertitude liée aux droits de douane pourrait peser sur la croissance, tout en saluant la bonne surprise de l’emploi ADP. Plusieurs interventions de responsables de la Fed sont attendues aujourd’hui (Williams, Barr, Hammack, Waller, Paulson et Musalem). Demain, l’indice préliminaire de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan pour novembre, ainsi que les anticipations d’inflation, seront publiés, avec de nouvelles interventions de Williams, Jefferson et Miran.
Revenons un instant sur ce camouflet tarifaire que qui vous savez pourrait éventuellement subir dans quelques temps. Si la Cour suprême invalide les droits de douane du président, les marchés actions pourraient réagir positivement, surtout dans les secteurs dépendant des importations (industrie, technologie, consommation), tandis que les producteurs américains protégés par ces tarifs devraient en pâtir. Les marchés émergents et les exportateurs étrangers profiteraient aussi d’un regain du commerce mondial. L’inflation serait potentiellement moins menaçante, ce qui soutiendrait les obligations américaines et pourrait le dollar, la Réserve fédérale pouvant alors envisager des taux plus bas. Les métaux industriels et le pétrole grimperaient avec la reprise de la demande, alors que l’or reculerait en raison d’un climat économique plus stable et moins incertain. Ça c’est pour la théorie, dans la pratique nul ne sait ce qui se produira le cas échéant, sachant que l’on a grand peine à imaginer le principal intéressé se plier à la décision de la Cour sans sourciller. Ce matin, sur la plateforme de paris en ligne Polymarket, les probabilités d’une décision en faveur des tarifs sont passées de 50% à 25%. Affaire à suivre donc.
Les principaux indices américains d’actions terminent leur séance d’hier dans le vert. On recherche principalement les secteurs des services de communication, la consommation discrétionnaire et les materials. Les géants de la tech sont partagés hier, Microsoft (MSFT -1,39%) et Nvidia (NVDA -1,75%) boudent, le reste du peloton se comporte bien, le breadth est nettement positif, l’armée monte sur la colline hier, accompagnée par la plupart des généraux. Je note que le SPX clôture au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours pour la 131e séance consécutive, il bat le record du 9 mars 2011, prochain record à atteindre 149 jours établi le 26 février 2007. Ce phénomène est un signe de la persistance haussière du SPX, il confirme aussi que chaque baisse a été rachetée, ce qui a permis de contenir les ventes massives. Plus important encore, chaque recul a donné lieu à la formation d'une nouvelle tendance haussière, qui a alimenté le bull market en quelque sorte. La volatilité abandonne 5% hier, le VIX clôture à 18,01, son alter ego obligataire le MOVE retrouve quelques couleurs, il progresse de 6% à 72,4, un niveau qui reste plutôt faible cela dit.
Sur le front des monnaies, le Dollar Index (DXY) et sa moyenne mobile à 200 jours ont enlevé les gants. C’est une véritable bagarre de chiffonniers qui se déroule actuellement autour de la 200 dma, qui évolue en ce moment à 100,30. Le DXY cote pile 100, son récent rebond est techniquement remis en question par la 200 jours, à suivre de près. La paire EUR/USD évolue légèrement au-dessus de 1,1500, si elle passe en-dessous le prochain niveau majeur de support se situe à 1,1340, c’est là que passe la 200 jours.
Côté marché obligataire, les bonnes nouvelles macro permettent au rendement du 10 ans de remonter à 4,13%, il casse donc sa 50 jours (@4,09%) et voit sa prochaine résistance à 4,21%.
Au menu macro-économique de ce jeudi, la Banque d'Angleterre devrait laisser ses taux inchangés à 4% à 13h00.
Veolia confirme ses objectifs 2025. Zurich Insurance affiche une hausse de son chiffre d'affaires et de ses primes brutes émises pour les neuf premiers mois de l'année. Swisscom enregistre une baisse de son bénéfice net sur neuf mois ; son chiffre d'affaires augmente. Adecco annonce des résultats en baisse. Apple proche d'un accord d'un milliard de dollars par an pour utiliser l'IA de Google pour Siri. Google est en pourparlers préliminaires pour renforcer son investissement dans Anthropic, selon Business Insider. Snap flambe après avoir intégré le moteur IA de Perplexity. OpenAI voudrait que le gouvernement américain garantisse ses emprunts, ce qui ferait les affaires de ses nombreux fournisseurs et partenaires.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis le Nifty50 qui égare 0,31%. Tokyo progresse de 1,34%, Hong Kong bondit de 2,12%, Shanghai avance de 0,97% et Séoul prend 0,55%. Le future SPX rend 0,3% et l’Europe fait de même dans les premiers échanges.