Il y a dix ans, à Paris, lors de la COP 15, 195 pays s’étaient engagés dans un accord historique de limiter le réchauffement climatique bien en deçà de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Nous pensions alors assister à un tournant décisif dans la lutte contre le changement climatique. Certes, des progrès ont été accomplis, mais les émissions continuent de croître.
Alors que la question climatique tend à s’effacer des priorités politiques, économiques et des marchés financiers, la COP organisée au Brésil, offrira-t-elle l’opportunité de réancrer le débat? Est-ce que cette année, ce sommet prouvera qu’il peut être autre chose qu’un exercice de communication?
Au-delà de la purée de pois réglementaire habituel, couvert d’acronymes et d’abréviations toujours plus nombreux, c’est un moment de clarification. Nous espérons que les discussions se concentreront autour de trois sujets essentiels.
1. L’absence de marchés et de tarification du carbone
Chez Carmignac, nous considérons que la tarification du carbone est l’outil le plus efficace pour lutter contre le changement climatique. Son absence de mise en œuvre coordonnée à l’échelle internationale explique largement l’échec des précédentes COP à infléchir la trajectoire des émissions.
Un prix mondial du carbone permettrait de corriger une défaillance fondamentale du marché: l’incapacité à intégrer le coût réel des externalités climatiques. En internalisant ce coût, on rétablirait une concurrence équitable pour les énergies bas carbone et on accélérerait la transition énergétique.
Malgré plus de 80 dispositifs de tarification existants dans le monde, le prix moyen reste de 19 dollars par tonne, très en deçà de la fourchette de 90 à 300 dollars qui refléterait le coût économique réel du réchauffement et inciterait massivement à l’adoption de technologies propres. L’impact inflationniste de ces mécanismes est resté limité, souvent en raison de prix trop bas et d’allocations gratuites.
Un accord global sur le prix du carbone permettrait d’envoyer un signal clair et cohérent, évitant l’émergence d’un marché fragmenté et instable.
Malheureusement, la création d’un marché international du carbone demeure la grande absente de l’agenda de la COP30, les organisateurs la considérant comme une compétence nationale.
2. Les opportunités économiques de l’adaptation
A mesure que les émissions continuent d’augmenter, le débat se déporte de l’atténuation vers l’adaptation aux effets du changement climatique. Paradoxalement, cette évolution ouvre un nouveau cycle d’investissement, dont la taille pourrait être multipliée par dix au cours des cinq prochaines années.
Les événements climatiques extrêmes entraînent déjà près de 100 milliards de dollars de pertes annuelles pour l’économie mondiale, imputable aux seules pannes et défaillances des réseaux de service (eaux, électricités, etc). Plus de 80 millions de kilomètres de lignes électriques devront être construits ou rénovés d’ici 2040. Les sécheresses, responsables d’environ 28 milliards de pertes par an, stimulent la demande en irrigation goutte-à-goutte, en cultures résistantes à la sécheresse et en infrastructures de dessalement. Le seul secteur de l’eau nécessitera 6700 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030.
La COP a un rôle essentiel à jouer pour structurer ces investissements, notamment à travers la formalisation de projets dans le cadre des Plans nationaux d’adaptation (NAP). Ces plans, alignés sur la COP, offriront plus de visibilité et de transparence sur les projets à financer, au bénéfice des investisseurs comme des secteurs concernés.
3. Le méthane, «la vache dans le salon»
Le méthane est un gaz à effet de serre bien plus ennuyeux que le CO₂, quoique de durée de vie atmosphérique plus courte.
Des progrès notables ont été accomplis dans le secteur énergétique, grâce notamment à l’engagement mondial de réduction du méthane de 30% d’ici 2030. Mais 40% des émissions mondiales proviennent de l’agriculture, et principalement de la production bovine; un sujet particulièrement sensible pour le Brésil, premier exportateur mondial de viande.
Le Danemark a ouvert la voie en instaurant la première taxe carbone sur le bétail et la chaux agricole, à 40 dollars par tonne en 2030, portée à plus de 100 dollars d’ici 2035. Cette mesure intègre des mécanismes de compensation pour les agriculteurs, tirant les leçons du mouvement des gilets jaunes en France.
L’attitude du Brésil sur ce dossier sera un test décisif de la volonté réelle de la COP à passer des discours aux actes.
Restons lucides sur la faible probabilité d’un accord aussi structurant que celui de Paris, d’autant plus que le deuxième émetteur mondial d’émissions ne participera pas pleinement aux discussions.
Cependant, un optimisme prudent reste de mise. L’Union européenne et plusieurs pays asiatiques continueront de pousser la transition, motivés autant par la compétitivité énergétique que par la dépendance croissante à d’autres régions.
Une réaction de marché immédiate paraît peu probable, mais la COP30 pourrait jeter les bases d’une action durable et coordonnée, renouant avec l’esprit de Paris: celui d’un engagement global, concret et mesurable.