Rencontre Trump/Xi: paix froide... pour l’instant

Raphaël Gallardo, Carmignac

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Washington et Pékin poursuivent un processus de découplage ordonné d’une relation économique symbiotique vieille de quatre décennies.

Comme anticipé, la rencontre de Busan entre Donald Trump et Xi Jinping n’a pas débouché sur un traité commercial, encore moins sur un accord global, mais sur un cadre provisoire de désescalade d’une durée d’un an.

Néanmoins cette rencontre a donné lieu à des concessions importantes de part et d’autre:

Pour les américains:

  • Sur la question des droits de douanes: 
    o    Une réduction de moitié (-10 pts de pourcentage) sur les droits de douane liés au trafic de Fentanyl, en échange d’un engagement flou de la part de Xi de traquer plus efficacement les exportations illicites de précurseurs chimiques de cet opioïde;
    o    Un gel à 10% (au lieu de 36%) sur les droits de douane réciproques pour une période d’un an;
  • Le report d’un an de l’extension de la US Entities List aux filiales détenues majoritairement par des entreprises chinoises.

Pour les chinois:

  • Reprise immédiate des importations de soja et d’autres produits agricoles américains;
  • Une promesse floue d’accroître les importations énergétiques;
  • La finalisation de l’accord de cession de TikTok US
  • Le report d’un an de la mise en œuvre des contrôles à l’exportation des terres rares et minéraux stratégiques.

L’accord marque le passage d’une succession de trêves de 3 mois à un cessez-le-feu d’un an, ce qui envoie un signal encourageant de stabilité et prévisibilité aux marchés financiers. Cependant, plusieurs éléments invitent à la prudence:

  1. Rien n’est formellement signé. La signature de l’accord est prévue lors de la visite d’Etat de Trump à Pékin en mars. Le risque d’un incident diplomatique ou d’une surenchère médiatique demeure élevé. (On se souvient de l’affaire du ballon espion chinois après la détente Biden-Xi)
  2. Hormis la baisse marginale des droits de douane, cet accord ne fait que revenir à la trêve négociée à Genève de mai dernier, avant l’escalade liée à la règle des 50% sur la Entities List et aux mesures de rétorsion chinoises sur les terres rares.
  3. Aucune décision n’a filtré sur les sujets contentieux de Taïwan, la coopération russo-chinoise ou les exportations américaines de semi-conducteurs. L’accord n’effleure donc pas les lignes de fracture structurelles du conflit. Nous sommes encore loin du «grand bargain», le deal global qui assurerait stabilité et visibilité aux marchés.

En réalité, Washington et Pékin poursuivent un processus de découplage ordonné d’une relation économique symbiotique vieille de quatre décennies.

Sur le papier, nous revenons à la situation de mai à Genève, mais entre-temps, les deux parties ont chacune appuyé une fois sur le bouton «nucléaire»: les Etats-Unis ont fermé les failles de la Entities List, et la Chine a joué sa carte maîtresse sur les terres rares. Des seuils irréversibles ont été franchis. En conséquence, les Etats-Unis ont lancé la reconstruction accélérée de la filière des terres rares. Le 4e plenum du Parti Communiste chinois, a confirmé que la constitution d’une économie de guerre immunisée au risque de sanctions internationales restera la priorité dans le prochain plan quinquennal (2026-2030). Nous restons donc sur une trajectoire de collision programmée entre ces deux poids lourds, qui viennent simplement de s’accorder un sursis provisoire d’un an.

Les marchés devraient bénéficier de cette accalmie géopolitique, mais il s’agit d’une paix froide, appelée à se dissiper après la mise en scène diplomatique prévue en mars. 

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