Des matières premières aux énergies renouvelables: tout est une question de recette

Pascal Dudle, Vontobel

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La transition en aval (énergies renouvelables, véhicules électriques et technologies propres) est un axe central pour les investisseurs.

Malgré les tensions géopolitiques et les revirements politiques, la transition énergétique mondiale reste solide. En 2024, les investissements dans les énergies propres ont atteint un record de 2,1 trillions de dollars, soit plus du double des niveaux de 2020, portés par le transport électrifié, le chauffage et la climatisation, ainsi que par une augmentation des énergies renouvelables et des réseaux électriques intelligents.

Les défis persistent, en particulier aux Etats-Unis, où l'abrogation de l'Inflation Reduction Act (IRA) par le président Trump au début de 2025 a créé une incertitude. Cependant, fin 2024, l'IRA avait déjà catalysé 250 milliards de dollars d'investissements privés dans les énergies propres et permis la création de plus de 100 nouvelles installations de fabrication. En Europe, des centrales à charbon ont été temporairement réactivées pour faire face aux crises énergétiques, mais l'UE reste engagée envers ses objectifs climatiques, allouant 300 milliards d'euros dans le cadre du Pacte Vert pour l'Europe et de REPowerEU.

La Chine, bien qu'encore fortement dépendante des combustibles fossiles, a ajouté 216 GW de capacité solaire et éolienne en 2023, soit presque le double de la capacité totale du Royaume-Uni, tout en approuvant de nouvelles centrales à charbon. A l'échelle mondiale, la transition énergétique reste inégale: tandis que les investissements ont stagné aux Etats-Unis et ont diminué dans l'UE et au Royaume-Uni, les dépenses de la Chine ont dépassé le total combiné de ces régions, avec l'Inde et le Canada contribuant également à la croissance.

La transition en aval (énergies renouvelables, véhicules électriques et technologies propres) est un axe central pour les investisseurs. Cependant, nous reconnaissons que pour atteindre la neutralité carbone, il est également nécessaire de relever les défis en amont. Cela inclut des processus nécessitant beaucoup de matériaux et la garantie de la sécurité énergétique pour développer efficacement des alternatives propres.

Les matériaux et le traitement en amont sont essentiels

Le chemin vers un système énergétique sans carbone est littéralement pavé de métaux. Pour construire un monde à émissions nettes nulles, des intrants en amont sont nécessaires : les matières premières et les infrastructures qui rendent les technologies propres possibles. Cuivre, lithium, nickel, cobalt et aluminium, ou les «cinq grands». Ce sont des composants clés des panneaux solaires, des éoliennes, des batteries et des réseaux électriques, qui ne peuvent exister sans eux. Il n'est donc pas surprenant que la demande pour ces matériaux devrait augmenter considérablement dans les années à venir.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit que la valeur du marché des minéraux critiques pour la transition dépassera 770 milliards de dollars d'ici 2040, selon le scénario des émissions nettes nulles (NZE), avec une demande qui devrait presque quadrupler pour atteindre 40 millions de tonnes. Cependant, l'offre a du mal à suivre le rythme en raison de l'augmentation des coûts, des obstacles réglementaires et des longs délais de mise en œuvre, qui atteignent désormais en moyenne 18 ans entre la découverte et la production, soit trois fois plus qu'au cours des années 1990.

Le recyclage offre une source secondaire cruciale pour compléter l'extraction minière primaire. Bien qu'il ne puisse pas remplacer complètement l'exploitation minière, le recyclage peut améliorer la sécurité de l'approvisionnement, réduire les déchets et minimiser l'impact environnemental. Il présente également des opportunités d'investissement tout au long de la chaîne de valeur, de l'extraction primaire des minéraux (par exemple, cuivre, lithium) à la mine urbaine, aux technologies de recyclage et aux matériaux innovants tels que le polysilicium et le ciment à faible teneur en carbone.

Alimenter les centres de données

L'électrification entraîne une demande croissante d'énergie dans divers secteurs, les centres de données en étant un exemple clé. Aux Etats-Unis, les centres de données ont consommé 4,4% de l'électricité en 2023, un chiffre qui pourrait atteindre 12% d'ici 2028. A l'échelle mondiale, leur demande énergétique pourrait plus que doubler d'ici 2030, dépassant la consommation totale d'électricité du Japon. Malgré les efforts de décarbonisation, de nombreux centres de données dépendent encore des combustibles fossiles pour garantir une alimentation ininterrompue. Bien que les énergies renouvelables soient l'objectif ultime, leur intermittence nécessite des systèmes de stockage à l'échelle du réseau, des systèmes de secours et une production flexible.

Les secteurs à forte intensité énergétique, comme les centres de données, accélèrent leurs efforts de décarbonisation, stimulés par des objectifs de neutralité carbone et par le regard attentif du public. Investir dans les facilitateurs du changement.

A l'échelle mondiale, l'économie réelle raconte sa propre histoire. Malgré la résistance politique, la Chine et l'Allemagne battent des records en matière d'installations de panneaux solaires à grande échelle, ce qui reflète la compétitivité de ces technologies. Nous pensons également qu'il est crucial que les infrastructures énergétiques évoluent parallèlement au nouveau mix de production d'énergie. La panne d'électricité généralisée sur la péninsule ibérique en avril 2025 a servi de signal d'alarme pour les gouvernements, les services publics et les opérateurs de réseaux sur la nécessité de moderniser et de renforcer les réseaux électriques pour gérer une charge plus importante, plus décentralisée et plus volatile.

Tous ces développements pointent dans la même direction: la transition vers une économie à faible émission de carbone n'est pas une tendance passagère. Elle est là pour durer.

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