Les marchés obligataires mondiaux sont à un tournant. Après des années de répressions financière, les hausses de taux des banques centrales en 2022 et 2023 ont restauré la valeur réelle des titres à revenu fixe, offrant aux investisseurs des rendements attrayants ajustés à l’inflation.
Pourtant, alors que la politique monétaire s’oriente vers l’assouplissement et que les inquiétudes concernant la croissance économique s’intensifient, la possibilité de verrouiller ces rendements élevés pourrait être de courte durée. La question pour les investisseurs n’est pas seulement de comprendre ce qui se passe, mais de savoir comment se positionner pour l’avenir.
Ne tardez pas trop!
La hausse des rendements obligataires au cours des deux dernières années a été spectaculaire. Aux Etats-Unis, les rendements à 10 ans ont oscillé entre 4% et 5%, tandis qu’en Allemagne, ils se sont situés entre 2% et 3%. Les rendements réels — ajustés à l’inflation — sont désormais à des niveaux jamais vus depuis avant la crise financière mondiale, rétablissant le rôle des obligations comme source fiable de revenu réel pour les investisseurs. C’est une opportunité rare, et les investisseurs devraient agir avant que la fenêtre ne se referme.
Les rendements réels — ajustés à l’inflation — sont désormais à des niveaux jamais vus depuis avant la crise financière mondiale.
Rester en marge devient de plus en plus risqué. Jusqu’à récemment, des taux élevés sur les liquidités incitaient les investisseurs à retarder leur entrée sur les obligations à plus longue échéance. Cette dynamique a déjà changé en Europe et est sur le point d’évoluer aux Etats-Unis avec une nouvelle baisse de taux de la Fed. Avec plus de 7000 milliards de dollars placés dans les fonds monétaires américains, une baisse des taux sur les liquidités pourrait déclencher une forte demande pour les obligations, comprimant les rendements et réduisant le potentiel de rendement futur. Les investisseurs devraient envisager de sortir des liquidités et d’entrer sur les obligations avant que la demande ne s’intensifie et que les valorisations ne s’ajustent.
Diversifier et privilégier la duration intermédiaire
Dans cet environnement, une approche diversifiée peut aider à saisir les opportunités de rendement et à offrir une résilience face aux risques baissiers, surtout à mesure que les banques centrales réagissent à l’évolution des conditions économiques.
Nous préférons les obligations de duration intermédiaire aux stratégies de pentification de la courbe comme couverture contre les chocs potentiels de croissance. La courbe des taux s’est accentuée et les rendements à court terme ont baissé, tandis que les inquiétudes concernant la dette publique ont maintenu les rendements à long terme élevés. Les données historiques montrent que la duration surperforme les liquidités lorsque la courbe est pentue, faisant de la duration intermédiaire un choix judicieux pour les investisseurs recherchant à la fois rendement et protection.
Se tourner vers le crédit et les marchés titrisés
Bien que les obligations d’Etat offrent des rendements attrayants, les spreads de crédit restent serrés. Nous pensons que les investisseurs devraient rechercher des sources de revenu supplémentaires, telles que le crédit d’entreprise et les marchés titrisés.
De plus, les stratégies axées sur le portage sont bien positionnées pour capter des rendements attractifs tout en offrant une résilience face aux risques baissiers.
Il est également important d’être sélectif. Les obligations allemandes, par exemple, restent moins attractives que leurs homologues américaines et britanniques, avec des rendements réels toujours inférieurs aux niveaux d’avant la crise financière mondiale. Les prochaines mesures de relance budgétaire en Allemagne et les changements dans la réglementation des retraites aux Pays-Bas viendront compliquer davantage les marchés obligataires européens. Les investisseurs devraient envisager de sous-pondérer la duration de la zone euro, en particulier l’Allemagne, au profit de marchés offrant des valorisations plus intéressantes et des fondamentaux plus solides.
Se préparer à l’évolution des facteurs techniques
Les investisseurs doivent surveiller l’évolution des politiques budgétaires et des réglementations susceptibles d’influencer l’offre et la demande sur les marchés clés. Par exemple, les gouvernements pourraient répondre aux préoccupations concernant l’émission de dette en réduisant l’offre d’obligations à long terme, ce qui pourrait soutenir les valorisations.
Les banques centrales sont désormais libres de réagir aux chocs négatifs de croissance en baissant les taux, permettant aux obligations de jouer à nouveau leur rôle de diversification dans les portefeuilles multi-actifs. Si les pertes d’emplois s’accélèrent — scénario non anticipé mais possible — la Fed pourrait baisser les taux de manière agressive, ce qui pourrait générer des rendements obligataires à deux chiffres. Les investisseurs doivent s’assurer que leurs portefeuilles sont positionnés pour bénéficier de tels mouvements, avec une duration suffisante et une exposition aux marchés susceptibles de surperformer dans un environnement de baisse des taux.
Agir avec détermination, diversifier et rester flexible
La revalorisation des marchés obligataires mondiaux en 2022 et 2023 a créé une opportunité attrayante pour les investisseurs. Un portefeuille global diversifié offre désormais un rendement couvert en dollars d’environ 5,5% (3,3% en euros) avec une notation moyenne A. En sous-pondérant les obligations européennes coûteuses et en maintenant une gestion active des taux d’intérêt, les investisseurs sont bien placés pour profiter de gains en capital potentiels si les licenciements américains augmentent et que les banques centrales réagissent par des baisses de taux agressives.
Alors que nous abordons le dernier chapitre de 2025, les investisseurs doivent agir avec détermination pour verrouiller des rendements attractifs, diversifier entre secteurs et zones géographiques, privilégier la duration intermédiaire et rester flexibles pour s’adapter à l’évolution des dynamiques de marché et de politique. La prochaine phase de la politique monétaire et de la croissance économique déterminera si les opportunités d’aujourd’hui se traduiront par les rendements de demain, mais ceux qui attendent trop longtemps risquent de passer à côté.