Le marché adore les traditions. C’est dans cet esprit qu’une répétition générale d’Halloween a lieu sur les parquets de trading hier. On fait revenir une aversion au risque qui n’en demandait pas tant. Les valeurs les plus shortées, les actions favorites des petits porteurs, les sociétés tech non profitables et les petites capitalisations sont vendues au profit de l’énergie, des biens de consommation de base, de la santé et de l’immobilier. La fermeté répétée de la Maison-Blanche vis-à-vis de la Chine dans le cadre de la guerre commerciale, ajoutée à une posture identique face à la Russie, pour des raisons géopolitiques cette fois-ci, incitent les investisseurs à mettre quelques profits sur la table. Et puis le gouvernement des Etats-Unis est toujours fermé, cela fait maintenant plus de 20 jours et rien ne dit que ce dossier sera rapidement réglé. Les géants de la tech sont partagés, Apple (AAPL -1,65%), Amazon (AMZN -1,84%) et Tesla (TSLA -0,82%) boudent, Microsoft (MSFT +0,56%) et Alphabet (GOOG +0,47%) tentent de faire contrepoids, pendant que Netflix chute de 10%, son résultat trimestriel semble médiocre. Nous sommes en pleine saison des résultats d’entreprises, la semaine prochaine 5 des 7 magnifiques passeront par le confessionnal alors que la plus attendue, Nvidia, se fait attendre comme toute star qui se respecte, elle publiera le 19 novembre. En l’état cette saison 3 se passe plutôt bien, on constate tout de même que le marché est en mode «pas de prisonniers». Les déceptions sont très sévèrement sanctionnées, les bonnes surprises suscitent un enthousiasme parfois limite suspect.
Retour de l’aversion au risque certes, mais dans un certain calme, la volatilité récupère 4%, le VIX clôture à 18,60, c’est une timide hausse que celle-ci, ce d’autant que les bons du Trésor US ne font pas l’objet d’une ruée vers la sécurité, le rendement du 10 ans remonte même légèrement, ce matin à 3,98%, il se retrouve en tenaille entre sa résistance de 4,00% et son support de 3,93%. Le repli des indices d’hier semble principalement le fait de traders quant, les gérants actifs sont probablement restés sur la touche. On notera tout de même la hausse des volumes d’échanges sur le Nasdaq, suffisamment rare pour être mentionnée.
Au chapitre des monnaies, le dollar poursuit son effort de redressement, la paire EUR/USD cote 1,1598 ce matin, elle voit son prochain support à 1,1542, c’est le bas en séance du 9 octobre.
Tiens! Les Fed Funds commencent à prédire une baisse de 0,25% par la Fed le 28 janvier, en sus des deux coupes prévues cette année encore. Ce matin les attentes pour le 28 janvier ont progressé à 60%, c’est à suivre de près, on ne rappellera jamais assez combien la Fed est importante pour le marché des actions, le reste ne constituant quasiment que de la distraction. À ce sujet, une théorie est en train d’émerger dans les salles de marché, qui avance que, en l’absence crasse d’informations macro-économiques à cause du shutdown, la Fed pourrait préférer baisser ses taux plutôt que ne rien faire (et puis cela éviterait probablement un AVC au pauvre Jerome Powell, cible préférée du grand blond aux idées noires).
Au registre des matières premières, le pétrole retrouve des couleurs, le baril de WTI Light Crude remonte à 60,58 dollars ce matin, porté par la perte de patience manifeste du président des Etats-Unis vis-à-vis de Vladimir Poutine, les Etats-Unis imposent des sanctions aux plus grands producteurs de pétrole russes. Les livraisons de pétrole russe aux principales raffineries indiennes devraient chuter à presque zéro à la suite de ces restrictions, indiquent des dirigeants de raffineries. Le presque prix Nobel de la paix doit être très énervé contre son alter ego du Kremlin, en parallèle aux sanctions, les États-Unis lèvent les restrictions imposées à l'Ukraine concernant l'utilisation de missiles occidentaux à longue portée contre la Russie (source: WSJ).
L’or reste sous pression, le métal jaune vient tester 4004 dollars l’once hier, pour rebondir à 4099 dollars ce matin. Le top de lundi à 4381 dollars semble bien loin. On notera que l’aversion au risque observée sur les marchés d’actions hier n’a pas du tout incité les intervenants à revenir dans la relique barbare, un test du support à 4004$ - 4000$ semble techniquement dans les cartes.
Selon le dernier sondage Big Money de Barron’s, l’optimisme revient en force chez les gérants de fonds: 47% d’entre eux se disent haussiers sur les marchés, contre seulement 28% au printemps. Le SPX a bondi de près de 40% depuis avril, porté par l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle, la baisse attendue des taux et l’apaisement des tensions commerciales. Néanmoins, 57% des professionnels jugent les actions surévaluées et 38% prévoient un marché baissier d’ici un an. Les optimistes tablent sur une hausse de 9 à 10,5% des grands indices d’ici fin 2026, soutenue par une progression des bénéfices de 6 à 10%. L’IA reste au cœur du scénario: elle devrait accroître la productivité et élargir la croissance à d’autres secteurs au-delà des géants comme Nvidia ou Broadcom. Beaucoup jugent le reste du SPX encore attractif, avec des bénéfices et dividendes solides. Deux tiers des gérants ont accru leur exposition aux actions et réduit celle aux obligations et liquidités. L’or suscite aussi un fort engouement, en hausse de 57% cette année, alimenté par la demande des banques centrales. Les plus prudents redoutent toutefois une bulle de l’IA et des valorisations excessives, citant notamment Palantir, Tesla et Nvidia parmi les titres les plus chers. Côté macroéconomie, la majorité anticipe une croissance du PIB américain entre 2% et 3% en 2026, tout en exprimant de fortes réserves sur la politique tarifaire du président américain. La Fed, jugée globalement appropriée dans sa politique monétaire, devrait continuer à baisser les taux, surtout avec la fin du mandat de Jerome Powell prévue en mai 2026. En résumé, malgré les craintes d’excès, la combinaison de bénéfices solides, de taux plus bas et de soutien politique entretient la dynamique haussière: selon un gérant, «la fête ne s’arrêtera pas tant que l’argent de Washington continuera d’affluer». (source: Barron’s).
Au menu macro-économique de ce jeudi, plein de choses intéressantes mais rien de bien appétissant au final, fermeture du gouvernement des Etats-Unis oblige.
Michelin renonce à son objectif de rentabilité pour 2026. Kering affiche des revenus en baisse, mais moins marqués que prévu. L’ADR en hausse de 6% hier soir. Thales enregistre une hausse de son chiffre d'affaires sur les neuf premiers mois de l'année et confirme ses perspectives pour l'exercice. Airbus, Thales et Leonardo signent un protocole d'accord pour créer un géant européen des satellites. SAP relève ses prévisions après des résultats en hausse au troisième trimestre. Roche relève ses prévisions 2025. Nokia publie des résultats du troisième trimestre au-dessus des attentes. Kuehne und Nagel va réduire ses coûts après une chute de 34% de son bénéfice d'exploitation trimestriel. Lonza confirme ses perspectives pour l'exercice. SGS confirme ses prévisions. L'Ukraine pourrait commander 100 à 150 Gripen à Saab. Boeing encaisse un nouvel échec des négociations avec le syndicat, après 80 jours de grève. Meta supprime 600 postes dans sa division IA, selon le WSJ. Apple visé par une plainte auprès des autorités de la concurrence de l'UE.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo recule de 1,35% à la cloche, Hong Kong gagne 0,63%, Shanghai prend 0,22%, Séoul rend 0,98% et le Nifty50 monte de 0,7%. Le future SPX grappille 0,1% et l’Europe traite en légère hausse dans les premiers échanges.