Obligations émergentes: un nouvel élan

Diliana Deltcheva, Robeco

2 minutes de lecture

Portés par des bilans solides et des rendements attractifs, les titres émergents évoluent dans un environnement plus stable.

© Keystone

 

Longtemps considérées comme périphériques dans les portefeuilles globaux, les obligations des marchés émergents gagnent aujourd’hui en importance stratégique. Après plusieurs années marquées par la pandémie, la volatilité géopolitique et un cycle mondial de resserrement monétaire, la classe d’actifs se présente sous un jour nouveau: mieux équilibrée, moins vulnérable aux chocs extérieurs et portée par des fondamentaux plus solides.

Une sortie du cycle de restructurations

Les dernières années ont été difficiles pour les investisseurs émergents: effondrement des recettes liées aux matières premières, flambée des taux mondiaux et multiplication des défauts souverains. Mais cette phase de «purge» semble aujourd’hui achevée. Le profil de risque s’est amélioré, les bilans se sont assainis et la plupart des gouvernements disposent désormais de réserves en hausse, notamment grâce à la réévaluation des avoirs en or.

Dans ce contexte, le risque de nouvelles dégradations de notation paraît limité sur les 12 à 24 prochains mois. Pour les investisseurs en obligations en devise forte, cela signifie une meilleure visibilité sur les rendements attendus: les fondamentaux comptent de nouveau plus que les chocs exogènes.

Une volatilité contenue, un profil rendement/risque attractif

Les obligations émergentes en devise forte présentent généralement une volatilité inférieure à celle des actions, qu’elles soient émergentes ou développées. En effet, la corrélation souvent négative entre les spreads de crédit et les taux directeurs agit comme un stabilisateur naturel: lorsque les taux montent, les primes de risque tendent à se contracter, maintenant ainsi le rendement global à un niveau relativement stable.

Dans un environnement où les investisseurs recherchent du rendement sans excès de risque, cet équilibre devient particulièrement précieux.

La dynamique du change: un soutien structurel pour la dette locale

Du côté des obligations en devise locale, le vent semble tourner. Après une décennie dominée par la force du dollar, la tendance s’inverse. Le recentrage progressif des flux mondiaux hors des États-Unis, le renforcement de l’euro et la réduction des interventions de change en Asie créent un environnement favorable aux devises émergentes.

Les perspectives de croissance restent supérieures à celles des pays développés, et les banques centrales de nombreux pays émergents disposent désormais de marges de manœuvre pour assouplir leur politique monétaire. Ces éléments soutiennent les performances de la dette locale, dont les rendements à long terme sont aujourd’hui supérieurs à ceux des obligations en devise forte.

Des écarts régionaux marqués

Les opportunités ne sont toutefois pas uniformes. En Asie, les émetteurs les mieux notés offrent des spreads historiquement faibles, limitant le potentiel de performance. À l’inverse, plusieurs marchés d’Amérique latine affichent des valorisations plus attrayantes, portées par des termes de l’échange favorables et une meilleure visibilité politique.

Les marchés d’Europe centrale et orientale se distinguent également, profitant d’un euro solide et de rendements réels encore élevés. En Afrique et au Moyen-Orient, la situation reste contrastée: la solidité budgétaire des pays exportateurs de matières premières compense partiellement les risques liés à la volatilité des prix de l’énergie.

L’importance du tri et de la gestion active

Les marchés émergents se caractérisent par une forte dispersion: des données économiques de qualité variable, des politiques monétaires hétérogènes et des cycles politiques souvent imprévisibles. Ces facteurs créent un terrain propice à la gestion active, en particulier sur la dette locale.

Les approches purement indiciaires tendent à sous-performer sur la durée, pénalisées par les taxes à la source, la liquidité limitée ou la difficulté à capter les points d’inflexion des cycles locaux. Une gestion active permet au contraire d’arbitrer entre risques de taux et de change, d’identifier les pays en redressement, et d’éviter ceux susceptibles d’entrer en crise.

Dans un univers où l’information n’est ni homogène ni toujours transparente, la combinaison d’outils quantitatifs et d’une lecture qualitative des fondamentaux demeure essentielle.

Une classe d’actifs à suivre de près

En résumé, les obligations émergentes - qu’elles soient libellées en devise forte ou locale - bénéficient aujourd’hui d’un environnement structurel plus favorable: bilans plus solides, réserves renforcées, rendements attractifs et volatilité maîtrisée.

Elles constituent désormais un pilier à part entière des portefeuilles obligataires mondiaux, capable d’offrir à la fois diversification, portage et potentiel de revalorisation dans un contexte de convergence économique entre marchés développés et émergents.

A lire aussi...