Le marché a cessé d’être critique sur l’IA

Emmanuel Garessus

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Jacques-Aurélien Marcireau, d’EDRAM, distingue entre les avertissements à court terme et le potentiel de l’IA à long terme.

©Keystone

 

Le marché a coutume de surestimer le court terme et de sous-estimer le long terme, avance Jacques-Aurélien Marcireau, co-gérant de la stratégie Big Data d’Edmond de Rothschild Asset Management (EDRAM), à l’occasion d’une conférence de presse vidéo sur les dix ans de cette stratégie.

A l’image des performances des géants de la tech américaine, cette stratégie s’est fortement développée. Elle a maintenant dépassé les 3 milliards d’euros sous gestion après avoir franchi la barre du milliard en 2021. Sa performance annuelle a atteint 13,43%, contre 11,37% pour l’indice de référence. Malgré les signes d’euphorie de l’intelligence artificielle, les gérants de la stratégie Big Data d’EDRAM sont toujours parvenus à sélectionner des titres munis d’un multiple des bénéfices modéré (entre 15 et 17 fois).

Preuve que le changement est la seule certitude dans le domaine de la tech, il suffit de se rappeler qu’il y a dix ans Nvidia ne faisait pas partie du Top 20 des capitalisations boursières, que les experts prévoyaient qu’Intel surperformerait Nvidia et que 50% des 10 leaders mondiaux actuels n’appartenait pas au Top 10 il y a dix ans.

Une euphorie, certes

L’euphorie s’est emparée de la tech, reconnaît Jacques-Aurélien Marcireau. «Le marché a cessé d’être critique à l’égard de l’IA», avance-t-il.

En raison de cet optimisme et du court-termisme des investisseurs, la qualité des données sur lesquelles les prévisions sont établies est de piètre qualité. Il est donc extrêmement difficile d’établir des prévisions sérieuses.

«A la différence de la situation rencontré lors de la bulle internet, les plus menacés ne sont pas les ‘hyperscalers’, les fournisseurs de services cloud à très grande échelle, qui sont les plus menacés.»

Les analystes se distinguent en deux camps, ceux qui s’attendent à une accélération des revenus issus de l’IA et ceux qui prévoient un ralentissement. Si le premier scénario devait se concrétiser, cela signifierait que les gains d’efficience induits par l’IA seront gigantesques et que l’action Nvidia est très bon marché aujourd’hui.

Le scénario du ralentissement signifierait, lui, que le marché regorgerait de surcapacités et que les actions tech sont trop chères.

Personne ne sait quel scénario s’imposera, selon Jacques-Aurélien Marcireau. La bourse s’est transformée en un pari semblable à celui que l’on prendrait dans le capital-risque.

Un risque d’exécution

Parmi les grandes questions que les investisseurs se posent, il y celui du financement des investissements à travers des crédits privés, ainsi que le risque d’exécution de ces gigantesques investissements.

A la différence de la situation rencontré lors de la bulle internet, les plus menacés ne sont pas les «hyperscalers», les fournisseurs de services cloud à très grande échelle. Ces géants tels qu’Amazon ou Alphabet ne sont pas les plus en danger en cas de ralentissement ou d’une exécution moins bonne que prévu, déclare Jacques-Aurélien Marcireau. Leur cours de course peut baisser, mais les géants peuvent traverser un krach à la différence des sociétés du Neocloud, les fournisseurs de cloud axés sur l’IA, ou celles qui financent les investissements dans les data centers.

La hausse des leaders de la course à l’IA peut donc se poursuivre, ou non. Jacques-Aurélien Marcireau souligne le potentiel de sociétés qui profitent de l’IA mais qui appartiennent à d’autres secteurs. L’effort de diversification atteint toutefois rapidement ses limites. L’expert pose la question: Quelles sont les alternatives à l’investissement en actions? L’or qui bat des records ou la crypto également au plus haut, alors que le cash est pénalisé par un rendement inférieur à l’inflation?

Une certitude toutefois: le prix des data est très bon marché. La clé des futurs développements se trouvera pourtant dans la capacité à profiter de celles-ci. Les sociétés appartenant au secteur du «vertical software» en font partie. Jacques-Aurélien Marcireau cite l’exemple de l’entreprise américaine Toast, dans les logiciels de gestion de restaurant.

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