Le plus grand casino du monde

Jacques-Aurélien Marcireau, Edmond de Rothschild Asset Management

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L’investisseur particulier hyperactif a régulièrement le dernier mot depuis quelques années sur le marché américain et dicte la valeur des entreprises cotées.

 

Sur les marchés financiers, le dernier à avoir parlé a toujours raison: c’est la fameuse règle du «mark to market», le prix de la dernière transaction observable est utilisé pour définir la valeur du bien pour l’ensemble de la communauté. L’investisseur particulier hyperactif a régulièrement le dernier mot depuis quelques années sur le marché américain et dicte la valeur des entreprises cotées. L’excès d’épargne post-Covid s’est déversé avec une intensité incommensurable sous l’impulsion de deux tendances: la capacité des plateformes technologiques à rendre addictif le trading et celle de l’administration Trump à créer un flux constant de nouvelles ponctué de rebondissements permettant de créer de nombreuses fenêtres d’entrée ou de sortie sur les marchés.

Les investisseurs particuliers du monde entier se donnent rendez- vous sur le marché américain, reconnu pour sa liquidité exceptionnelle et sa richesse sur le plan narratif. Certains loueront cette «démocratisation» accélérée des marchés actions et son corollaire: une liquidité accrue. D’autres sont plus inquiets des conséquences pour l’écosystème dans son ensemble. En effet, en dépit de frais moins élevés, l’hyperactivité en bourse stimulée par les plateformes en ligne pourrait ne pas bénéficier à long terme à l’épargnant, bien au contraire…

Par ailleurs, les effets de second ordre sur la formation des prix et le message envoyé aux dirigeants d’entreprise ne sont pas toujours constructifs. Les distorsions de valorisations et de parcours boursiers d’entreprises comme Palantir, CoreWeave ou encore AppLovin sont autant de Gamestop 2.0 qui nous rappellent les conséquences possibles lorsque les investisseurs particuliers et les ETFS constituent la quasi-totalité des volumes échangés.

Une banque d’affaires américaine parmi les plus prestigieuses au monde tenait récemment le discours suivant: les investisseurs particuliers ont prouvé leur capacité à anticiper le marché à de nombreuses reprises, il serait peut-être temps de les considérer comme des indicateurs avancés, à l’opposé de l’adage populaire: «inquiétez-vous lorsque le conducteur de votre taxi vous parle d’actions».

C’est un appel à la capitulation intellectuelle auquel nous ne souscrivons pas. Même s’il est de bon ton aujourd’hui de prôner l’horizontalité, en affirmant que toutes les opinions et les décisions se valent, la finance moderne reste trop peu attentive aux effets psychologiques de masse et aux croyances collectives. Même si l’horizon de temps se raccourcit pour de nombreux investisseurs, cela ne fait que renforcer en miroir un constat: les opportunités n’ont jamais été si nombreuses pour ceux qui ont des principes, acceptent la véritable temporalité de l’investissement et restent disciplinés. Cette approche est valable tant dans le monde de l’entreprise que sur les marchés, en particulier à moyen terme.

À l’heure où ces lignes sont écrites, les marchés semblent impossibles à arrêter, ainsi tous les vecteurs de risques sont balayés en quelques semaines: valorisations historiquement élevées, risque de surinvestissement dans l’IA, politique douanière de Donald Trump, incertitude budgétaire américaine, taux d’intérêt élevés ou encore géopolitique à risque dans plusieurs zones stratégiques.

Tôt ou tard, les marchés seront amenés à se recentrer sur des thématiques essentielles et durables que sont la résilience, la santé, ou encore certains États-continents comme l’Inde qui constituent chacun à leur manière des tendances structurantes. Telle la tectonique des plaques, le mouvement est trop lent pour être perçu à l’œil nu ou faire l’objet d’un tweet journalier, mais c’est bien structurant sur un horizon d’investissement recommandé.

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