Comment la Suisse s’adapte aux droits de douanes

Romain Part & BIL CIO Office, Banque Internationale à Luxembourg (Suisse) SA

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Depuis le choc des taxes US de 39% annoncé il y a deux mois, les acteurs politiques et économiques suisses s’efforcent de trouver une issue à l’impasse commerciale.

Après le coup de massue du 1er août, Washington a rapidement tourné la page, au grand désarroi d’un gouvernement suisse et d’un tissu exportateur sonnés. Deux mois plus tard, côté helvétique, l’heure est toujours à la recherche d’un compromis, même si la résilience des entreprises se manifeste déjà sur le terrain.

Si le secteur pharmaceutique est considéré à juste titre comme l’un des plus stratégique dans les négociations en cours, d’autres pans de l’économie suisse peuvent intéresser les Américains. L’agriculture représente une option de choix puisqu’il s’agit d’un secteur sur lequel la Suisse est historiquement très protectionniste avec notamment des droits de douanes de 100% appliqués sur des produits comme la viande, le fromage ou encore certains légumes. En 2024, le total des exportations agricoles suisses vers les Etats-Unis fut d’ailleurs quatre fois supérieur aux importations agricoles américaines vers la Suisse, preuve d’un certain déséquilibre. L’ouverture de ce marché pourrait donc être un argument d’importance dans les discussions avec l’administration Trump. Le cas de la viande semble le plus stratégique, la réglementation suisse en la matière étant bien différente des standards du marché américains (bien-être animal, transparence au consommateur).

Certaines entreprises suisses ont déjà adapté leurs stratégies avec notamment des hausses de prix pour les produits vendus sur sol américain. 

Le secteur aurifère a également un rôle à jouer dans les négociations, ce dernier ayant pesé significativement sur le déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Suisse ces derniers mois, du fait de l’envolée des prix du métal jaune mais, paradoxalement, aussi du fait de l’attrait important des investisseurs pour la valeur refuge dans la perspective des futurs droits de douane. L’hypothèse d’un transfert d’une partie des activités de raffinerie helvétiques sur sol américain a notamment émergé ces dernières semaines. Enfin, les pistes de l’énergie et de l’armement ont également été explorées par le gouvernement. Les achats de gaz naturel liquéfié sont une variable importante aux yeux du président américain, à l’image des engagements pris par l’Union européenne en la matière.

Alors que les grandes manœuvres entreprises par l’administration américaine forcent les autres pays à repenser leur modèle, la diversification des relations commerciales a toujours été au cœur du modèle suisse. Lors d’un précédent article, nous mentionnions le renforcement des relations avec l’Inde comme une opportunité. L’accord de libre-échange entre les deux pays est officiellement entré en vigueur ce mois-ci, prévoyant une exemption progressive des droits douanes pour 95% des produits suisses. Un relais de croissance potentiel pour plusieurs branches de l’économie helvétique, notamment l’horlogerie qui devait jusqu’ici composer avec des taxes douanières supérieures à 20%. Le secteur pharmaceutique, l’industrie des techniques médicales et des machines devraient également bénéficier pleinement de cet accord alors que l’Inde a initié d’importants projets visant à développer ses infrastructures.

Ces derniers mois, plusieurs autres pays se sont manifestés selon le Secrétariat d’Etat à l’Economie dans le but d’établir de nouveaux accords ou de renforcer ceux existants. Avec plus de 30 accords commerciaux couvrant plus de 40 partenaires, la Suisse possède déjà l'un des réseaux les plus denses au monde (graphique ci-dessous). Mi-Septembre, le Conseiller fédéral en charge de l’économie, Guy Parmelin, a notamment annoncé le lancement du Future of Investment and Trade Partnership, une alliance rassemblant 14 pays de petite et moyenne taille cherchant à développer leur économie grâce à un commerce mondial ouvert et réglementé. Pour la Suisse, cette initiative représente une nouvelle plateforme lui permettant de renforcer ses relations commerciales avec des pays comme Singapour, les Emirats Arabes Unis ou encore la Nouvelle-Zélande. Un moyen aussi de réduire la dépendance à l’égard de certains partenaires en cas de mesures unilatérales.

Sur le terrain, certaines entreprises suisses ont déjà adapté leurs stratégies avec notamment des hausses de prix pour les produits vendus sur sol américain. Une décision logique notamment pour les biens à haute valeur ajoutée et nécessitant un savoir-faire particulier comme dans les segments du luxe et des machines-outils. D’autres secteurs ne peuvent pas utiliser ce levier dans les mêmes proportions, leur modèle étant basé sur des volumes importants à faible marge. C’est le cas des filières agroalimentaires et notamment du gruyère ou certains acteurs envisagent d’opter pour une réduction de leur production ce qui in fine impactera leur chiffre d’affaires.

Si l’impact des droits de douane sur l’économie suisse n’est pas à négliger — en témoigne la baisse des exportations vers les Etats-Unis de 22% observée en août, au plus bas depuis fin 2020 — la Suisse a historiquement démontré sa résilience et sa capacité d’adaptation. Tandis que le pragmatisme des entreprises helvétiques se manifeste déjà sur le terrain, il revient désormais aux autorités de négocier avec habileté autour d’engagements réalistes, sans compromettre les perspectives économiques du pays. La déclaration commune avec les États-Unis, publiée le 29 septembre et visant à harmoniser la question des taux de change, apparaît ainsi comme un premier signe concret de réchauffement diplomatique entre les deux nations.

Partenaires de libre-échange de la Suisse


Sources: Kai Reusser, SECO, Swiss Info, septembre 2025

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