Il y a plus de deux ans, la création de NextView insufflait une nouvelle dynamique au développement de XO Investments. L’objectif: compléter l’expertise en gestion de fortune de XO par des compétences supplémentaires — fiscalité, patrimoine, successions, fusions-acquisitions — et offrir aux clients un guichet unique en matière de conseil. Nous avons posé quelques questions sur l’actualité financière et sur l’évolution de leurs activités à Nicolas Marmagne, directeur général de XO Investments, et à Alessia Schmid, fondatrice et directrice générale de NextView, également responsable de la succursale genevoise de XO.
Quelles seraient selon vous les conséquences du choc tarifaire sur la Suisse?
Les droits de douane laissent aujourd’hui l’industrie dans l’expectative. Seront-ils appliqués tels que compris jusqu’à présent? Les négociations se poursuivent et il faudra attendre une décision définitive. Dans l’intervalle, certaines entreprises réfléchissent déjà à se tourner vers les marchés européens, voire à relocaliser en Italie ou en Allemagne – mais pas en France – pour limiter l’impact à une taxe de 15% plutôt que de 39%. Les entreprises votent avec les pieds.
«Aux Etats-Unis, le ralentissement de l’emploi et la baisse de l’inflation devraient maintenir des taux bas, donnant un nouvel élan obligataire et entraînant un repli des taux en Suisse.»
Quelles sont vos perspectives pour les mois à venir?
Les perspectives de fin d’année apparaissent assez positives: aux Etats-Unis, le ralentissement de l’emploi et la baisse de l’inflation devraient maintenir des taux bas, donnant un nouvel élan obligataire et entraînant un repli des taux en Suisse. Dans ce contexte, l’inflation devrait continuer de refluer. L’or pourrait en profiter, soutenu par les achats massifs des banques centrales qui cherchent à renforcer la crédibilité des systèmes monétaires et bancaires. En parallèle, les cryptomonnaies rappellent la fragilité du dollar et la défiance envers les devises traditionnelles, tout en facilitant la sortie de capitaux, notamment en Chine. La Finma a d’ailleurs récemment autorisé une entreprise exploitant un système de négoce reposant sur la blockchain Ethereum.
L’intelligence artificielle demeure au centre des débats, avec une question clé: quelle sera l’ampleur de sa diffusion dans l’ensemble de l’économie?
L’intelligence artificielle devrait bouleverser l’ensemble des services, en particulier les métiers très spécialisés comme l’investissement, la comptabilité, le conseil fiduciaire ou le droit. Ces professions devront se recentrer sur la relation avec le client et faire preuve de créativité. Selon une étude de Mc Kinsey, 60% des tâches liées à ces emplois sont menacés car automatisables, même si les erreurs inhérentes à l’IA donneront une valeur ajoutée aux experts. L’IA est appelée à devenir un puissant moteur de productivité, donc de déflation. Dans la finance, l’impact concernera le back-office, le mid-office, mais aussi une partie du front-office.
En raison des tensions géopolitiques persistantes, le secteur de la défense connaît un regain d’intérêt marqué.
Dans ce contexte, c’est avant tout l’industrie américaine de la défense qui tire son épingle du jeu. Des pays comme la France affichent une volonté de renforcer leurs capacités militaires, mais leur production reste insuffisante, les contraignant à s’approvisionner majoritairement auprès des Etats-Unis.
Les licences, liées aux compétences individuelles, ne sont pas transférables, rendant les rachats ou regroupement de gérants indépendants complexes et peu fluides.
Quel est votre sentiment quant à l’Initiative Avenir?
L’Initiative Avenir serait discriminatoire et placerait la Suisse dans une situation difficile, d’autant que le pays est déjà loin d’être un paradis fiscal. Son adoption serait d’autant plus malvenue que la population est vieillissante et que le seuil prévu paraît aberrant. Proposer un contre-projet risquerait de crédibiliser l’initiative, ce que l’on espère éviter. Une telle politique pousserait les seniors à quitter la Suisse, tandis que les Italiens, par exemple, pourraient en profiter. Partager est nécessaire, mais il faut d’abord disposer des moyens, d’autant qu’une partie du tissu économique du pays qui a des capacités financières fuirait sans doute progressivement si une telle initiative était adoptée. La transition écologique est nécessaire, mais ne peut pas être financée de cette manière. Plus globalement, la Suisse semble diminuer de plus en plus la liberté de ses concitoyens, notamment en raison d’une nuée d’initiatives intempestives, qui même si elles ne passent pas, effraient et mettent en péril la sécurité juridique et la liberté économique.
Et vis-à-vis des Bilatérales III?
Avoir accès à un marché aussi important que l’Europe est crucial pour la Suisse. Mais s’aligner sur les décisions européennes serait une catastrophe, car la Suisse se retrouverait soumise, mais sans réel pouvoir de décision. On se verrait imposer des faits accomplis, parfois au nom de l’ouverture du marché européen, décidée par des instances elles-mêmes non élues. S’accrocher à ce processus, c’est comme s’agripper à un bateau ivre. Il faut que les relations restent fondées sur des accords commerciaux et non sur des contraintes juridiques, faute de quoi la Suisse serait réduite à l’état de fétu de paille. La Suisse est donc piégée par la bureaucratie européenne, comme un créancier l’est par un débiteur devenu trop important pour lui…
XO Investments a beaucoup évolué depuis l’an dernier?
Avec plus de 25 ans d’expérience en gestion institutionnelle et privée, nous avons choisi d’augmenter notre offre en proposant le conseil global, au-delà de la seule gestion de fortune. En conséquence, XO Investments s’est allié à NextView pour proposer des services complémentaires: fiscalité, fusions-acquisitions, fiduciaire, successions et gouvernance d’entreprise. Le «XO augmenté». Les clients attendent un accompagnement personnalisé et à 360 degrés, et les conseillers fiscaux deviennent les relationship managers de demain. Toutes ces années, nous nous sommes adaptés à la pression réglementaire qui a été éprouvante pour beaucoup, menant parfois certains à une cessation de l’activité. Il faut grandir, se regrouper ou se retirer. Les licences, liées aux compétences individuelles, ne sont pas transférables, rendant les rachats ou regroupement de gérants indépendants complexes et peu fluides.
Ces transformations sont-elles lourdes en coûts?
Nous avons réalisé d’importants investissements, avec des coûts croissants chaque année pour la formation, l’informatique et d’autres infrastructures, acceptant ces étapes comme nécessaires. Le secteur se professionnalise rapidement, et chaque tiers gérant doit comprendre sa valeur ajoutée. Pour XO, l’essentiel est de maintenir un contact direct avec sa clientèle afin de comprendre et résoudre efficacement leurs problématiques, leur permettant ainsi de consacrer davantage de temps à leur activité et à leur vie de famille.