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Ambiance de lendemain de Fed dans les salles de marchés ce matin, on va se plonger dans le détail des annonces, mais d’abord le plaisir de constater que la grossière tentative d’un milliardaire new-yorkais (se reconnaitra) de déstabiliser la première banque centrale du monde est vaine, du moins pour l’instant et c’est peut-être ça qui compte le plus pour le marché à terme. Hormis le Gollum de service envoyé au FOMC par qui vous savez grâce au siège vacant laissé par Adriana Kugler, le vote sur les taux est unanime hier soir, même les candidats apparents au poste de Chairman pour mai 2026 rentrent dans le rang et font bloc derrière leur patron. Le marché peut s’endormir tranquille hier soir, la rassurante veilleuse est allumée, le grand méchant blond n’est pas parvenu à l’éteindre, voyons en détails de quoi il retourne.
La Fed abaisse ses taux d’intérêt pour la première fois en neuf mois, une décision qui reflète ses inquiétudes face à l’affaiblissement du marché du travail. Le comité de politique monétaire (FOMC) vote une réduction d’un quart de point de pourcentage, ce qui ramène la fourchette cible des Fed Funds entre 4% et 4,25%, conformément aux attentes des investisseurs. Jerome Powell explique que ce choix découle d’un «changement dans l’équilibre des risques» concernant le double mandat de la banque centrale, à savoir le plein emploi et la stabilité des prix. Selon lui, même si le taux de chômage reste bas, il progresse légèrement, les créations d’emplois ralentissent et les risques pesant sur l’emploi augmentent. En parallèle, l’inflation repart à la hausse et demeure relativement élevée. Les responsables de la Fed prévoient désormais davantage de baisses de taux en 2025 qu’ils ne l’anticipaient précédemment. Le dernier «dot plot» des prévisions fait apparaître une projection médiane d’un demi-point de réduction supplémentaire cette année, ce qui peut se traduire par deux baisses additionnelles. Pour 2026, une nouvelle réduction d’un quart de point est également envisagée. La décision fait presque consensus. Le seul opposant est Stephen Miran, récemment nommé gouverneur de la Fed, qui plaide pour une baisse plus marquée de 0,5 point. Miran, confirmé par le Sénat lundi soir et assermenté mardi, participe aux projections économiques et aux discussions sur l’orientation future de la politique monétaire. Sa nomination ravive les interrogations des investisseurs sur l’indépendance de la banque centrale. Miran vient directement de la Maison-Blanche, où il préside le Council of Economic Advisers (poste dont il est actuellement en congé). Confronté à ces doutes, Powell réaffirme la volonté de la Fed de rester à l’écart du champ politique et d’agir uniquement dans le cadre de son mandat.
Et le marché dans tout cela me direz-vous? Et bien figurez-vous qu’il ne réagit guère. On assiste bien à quelques mouvements juste après 20 heures mais, dans l’ensemble, le calme prévaut. On sait que le marché des actions peut parfois mettre du temps à intégrer une nouvelle, mais si l’on se penche sur le marché obligataire, là aussi on peut se dire que c’est un exercice réussi pour le premier banquier de la planète, le rendement du 10 ans US passe très brièvement en-dessous de son support de 4,00% après l’annonce, pour revenir ce matin à 4,05%. La volatilité recule quelque peu, le dollar retrouve quelques couleurs, la paire EUR/USD évolue à 1,1818, côté indices d’actions c’est un peu désordonné mais aucun d’entre eux ne s’éloigne significativement de l’équilibre, le marché semble avoir largement anticipé l’annonce du jour, il parait se satisfaire en l’état de la perspective de deux coupes supplémentaires cette année encore, puis d’une de plus l’an prochain. D’ailleurs les futures sont de fort bonne humeur en ce jeudi matin, le S&P indique déjà une hausse de 0,5%, le Nasdaq de 0,7%, l’Europe ne boude pas, l’Eurostoxx ouvre en progression de 0,7%.
Le Wall Street Journal se fend d’un éditorial dont le titre est «C'est désormais la Réserve fédérale du grand blond». L’argumentaire se base sur l’idée que la décision de la Fed s’accompagne d’un message contradictoire. D’un côté, les projections économiques de la Fed prévoient encore deux baisses supplémentaires cette année et une autre en 2026. De l’autre, elles reconnaissent que l’inflation résiste plus que prévu: 2,6% en 2026 contre 2,4% anticipés en juin, et le retour à l’objectif de 2% repoussé à 2028. Le président Powell justifie ce choix par un affaiblissement du marché de l’emploi, parlant d’une décision de «gestion du risque». Mais il admet que ni les droits de douane ni le durcissement migratoire imposés par le président des Etats-Unis ne peuvent être compensés par une baisse des taux. Le message implicite est donc que la Fed accepte de tolérer une inflation plus élevée pour protéger l’emploi. Powell assure que la politique monétaire n’est pas dictée par la politique, mais selon le WSJ qui vous savez, qui estime toujours que la Fed n’en fait pas assez, obtient néanmoins une orientation plus accommodante. Ce matin le marché ne partage pas l’avis de la rédaction du WSJ, il salue plutôt l’idée si importante que la Fed a toujours un capitaine à bord, on verra de quoi il ressort demain, mais jusqu’ici ça va.
Au menu macro-économique du jour, la Banque d'Angleterre rend son verdict sur les taux à 13h00. Aux Etats-Unis, les stats hebdomadaires sur l'emploi et l'indice Phillie Fed prendront le relais à 14h30.
Kering nomme sa CEO adjointe, Francesca Bellettini, à la tête de Gucci en se séparant de Stefano Cantino après neuf mois seulement en poste. Roche va racheter 89bio, spécialiste des traitements du foie, pour un montant pouvant aller jusqu'à 3,5 milliards de dollars. Novo Nordisk annonce que la pilule Wegovy permet une perte de poids comparable à la version injectable. Meta intègre un écran dans ses lunettes IA, toujours produites avec EssilorLuxottica. La Chine a abandonné l'enquête antitrust sur Google pendant les négociations commerciales avec les Etats-Unis, révèle le FT. Le Mounjaro d'Eli Lilly aide à améliorer le contrôle de la glycémie chez les enfants dans un essai de phase III. Microsoft signe un accord de 6,2 milliards de dollars pour la puissance de calcul de l'IA en Norvège. Apple étudie la possibilité de tester la production d'iPhones pliables à Taïwan, selon Nikkei. Samsung prévoit d'embaucher 60’000 personnes pour ses activités dans l'IA, les puces et la biotech.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo gagne 1,15% à la cloche, Hong Kong perd 1,46%, Shanghai recule de 0,15%, Séoul avance de 1,4% et le Nifty50 grappille 0,24%. L’or se replie à 3648 dollars, le baril de WTI Light Crude recule à 63,8 dollars.