Gonet: l'actualité des marchés au 17 septembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow -0,27%, S&P 500 -0,13%, Nasdaq -0,07%, Russell -0,09%, SOX +0,32%, Eurostoxx -1,25%, SMI -1,03%.


L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux a rejoint ses fils hier, ce soir c’est de l’homme qui murmure à l’oreille du marché que toute la planète finance va parler.

Et oui, malgré le grand blond, le chaos géopolitique qui atteint des niveaux extrêmes et la déculottée du GSHC hier soir, c’est aujourd’hui jour de Fed. Le reste importe peu ou pas, la réunion de la Réserve Fédérale de cette semaine va bien au-delà du niveau des taux d’intérêts aux Etats-Unis, c’est aussi de l’indépendance de la vénérable institution qu’il est question, indépendance que le locataire actuel de la Maison-Blanche tente inlassablement d’annihiler, au mépris (ou à l’incompréhension crasse) des conséquences qu’un tel phénomène pourrait entrainer à terme.

La Fed se retrouve dans une situation particulièrement délicate, au moment où elle doit décider de la première réduction de ses taux directeurs depuis le début de l’année 2025. La Maison-Blanche accentue son emprise sur l’institution monétaire à travers deux dossiers brûlants: l’arrivée contestée de Stephen Miran et la tentative d’éviction de Lisa Cook. Stephen Miran, ancien conseiller économique du président républicain, vient d’être confirmé de justesse par le Sénat et s’apprête à siéger aux côtés de Jerome Powell et des autres gouverneurs. Sa proximité assumée avec qui vous savez, combinée au fait qu’il garde officiellement un lien avec l’exécutif malgré son rôle à la Fed, alimente les critiques de l’opposition démocrate, qui dénonce un mélange des genres dangereux pour l’indépendance de la banque centrale. Cette nomination est d’autant plus stratégique pour le président américain qu’elle comble un poste laissé vacant après le départ d’Adriana Kugler, choisie auparavant par Joe Biden.

Parallèlement, une autre bataille se joue autour de Lisa Cook. Mise en cause dans une affaire de fraude immobilière qu’elle réfute, elle fait face à une offensive directe du grand blond aux idées noires, qui cherche à l’écarter rapidement. Une cour d’appel a toutefois confirmé qu’elle pouvait conserver son siège en attendant l’issue du procès, mais la confrontation reste ouverte, le président ayant encore la possibilité de porter le dossier devant la Cour suprême. Ces tensions politiques se superposent aux enjeux économiques. L’incontournable président réclame depuis plusieurs mois une baisse immédiate et importante des taux d’intérêt, afin de soutenir l’activité et les investissements, sans accorder beaucoup de poids aux risques de retour de l’inflation. Il a même accentué la pression en interpellant Jerome Powell publiquement, exigeant une réduction plus forte que celle envisagée par la banque centrale.

C’est donc sous haute tension que la Fed annoncera sa décision sur les taux ce soir. Les marchés s’attendent à un geste limité, avec une baisse de 0,25 point de pourcentage, ce qui ramènerait les taux dans une fourchette légèrement inférieure à celle maintenue depuis fin 2024. Mais l’enjeu dépasse ce simple ajustement: les investisseurs guetteront surtout les propos de Jerome Powell pour savoir si cette décision marque le début d’une série de coupes ou un ajustement ponctuel. Et comme à presque chaque occasion, le dilemme est aigu. Une baisse trop prononcée risquerait de raviver la hausse des prix, tandis qu’un statu quo pourrait freiner encore davantage l’économie et peser sur un marché de l’emploi déjà fragile. Avec un conseil des gouverneurs profondément divisé, les débats promettent d’être particulièrement vifs. 

Le décor est planté, la séance de Wall Street d’hier soir relève quasiment de l’anecdote, les intervenants fourbissent leurs armes pour ce soir, la plupart des indices égarent quelques miettes à la cloche, oh pas de quoi en avoir les chaussettes qui tombent, la preuve avec l’indice des semi-conducteurs SOX qui termine dans le vert (et moi je sors). Volumes de trading en berne, géants de la tech en ordre dispersé, c’est une séance de trading des plus ennuyeuses que celle de ce mardi. En revanche on observe une hausse de 4% du VIX, qui revient à 16,36, manifestement quelques intervenants achètent de la protection. Ce niveau de la volatilité du SPX reste cela dit faible, prochaine résistance majeure à 19,24. Les rendements obligataires reculent encore un peu, ce matin le 10 ans US traite à 4,02%, son principal support est à 4,00%.

Mais aujourd’hui c’est surtout le dollar que tout le monde regarde, un peu plus que d’habitude encore, le billet vert se baladant dangereusement tout au bord du précipice, contre de nombreuses monnaies. Prenez le franc suisse au hasard, la paire USD/CHF traite actuellement à 0,7874, or son bas en séance du 1er juillet se situe à 0,7872. Si ce niveau est traversé, techniquement il n’y pas grand-chose avant 0,7406, le bas en séance du funeste 15 janvier 2015. Même constat avec le Dollar Index (DXY), ce matin à 96,73, son bas en séance du 1er juillet se situe à 96,37, ensuite équipez-vous de masques et de tubas, le plongeon est techniquement dans les cartes. On se rappelle que cette année le greenback perd déjà entre 14% et 15%, c’est fâcheux pour les importateurs américains, pour les exportateurs vers les USA ou encore pour les actifs US détenus par des investisseurs dont la monnaie de référence est autre. L’arbitre de ce phénomène monétaire est connu, c’est avant tout la Fed et sa politique monétaire. Le manomètre le plus parlant reste la paire EUR/USD, qui casse allègrement son top en séance du… 1er juillet hier (@1,1829) pour traiter ce matin à 1,1854 et regarder désormais 1,2000.

Le Royaume-Uni aurait suspendu les négociations avec les États-Unis visant à supprimer les droits de douane sur l'acier britannique avant la visite du président américain. Ce dernier déclare par ailleurs avoir eu une conversation «merveilleuse» avec Narendra Modi, dans le but d'apaiser les tensions tarifaires. 

Dans l’hexagone on tourne un nouvel épisode de «Mission Impossible» avec dans le premier rôle le Premier ministre Sébastien Lecornu qui rencontrera aujourd'hui les dirigeants du Parti socialiste pour discuter du budget. Il devrait courtiser les hauts responsables du parti avec de nouvelles propositions qui pourraient inclure une forme d'impôt sur la fortune.

Au menu macro-économique de ce mercredi, les chiffres d'inflation ajustés du Royaume-Uni (sortis en ligne) et de la zone euro précèderont, aux Etats-Unis, les permis de construire, les mises en chantier, les stocks de brut DOE et la décision du FOMC sur ses taux à 20h00.

Le président de Nestlé, Paul Bulcke, quittera ses fonctions à la fin du mois et sera remplacé par Pablo Isla. GSK prévoit d’injecter 30 milliards de dollars aux États-Unis sur une période de cinq ans. Nordex fait son entrée en Équateur grâce à un projet éolien d’une capacité de 112 MW. Verisure vise à lever plus de 3 milliards d’euros lors de son introduction en bourse prévue à Stockholm. Selon le Wall Street Journal, un groupement d’investisseurs comprenant Oracle, Silver Lake et Andreessen Horowitz prendra le contrôle de 80% de TikTok. YouTube, filiale d’Alphabet, inaugure une nouvelle phase tournée vers l’intelligence artificielle avec toute une série de nouveaux outils. Microsoft s’engage à investir 30 milliards de dollars au Royaume-Uni. Une étude clinique menée par Eli Lilly indique que les effets de perte de poids liés à sa pilule expérimentale tendent à se stabiliser avec le temps. À Hong Kong, le titre Baidu s’envole, porté par l’enthousiasme autour de ses projets dans les semi-conducteurs d’IA. Enfin, S&P a relevé la notation de Vale, passant de «BBB-» à «BBB» et attribuant une perspective stable.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo recule de 0,14%, Hong Kong gagne 1,76%, Shanghai prend 0,39%, Séoul rend 1,05% et le Nifty50 gagne 0,37%. Le future SPX traite à l’équilibre, au niveau démoniaque de 6666 pts, l’Europe est indiquée en progression de 0,3% à l’ouverture de 9 heures.

L’or en repli à 3675 dollars l’once, le baril de WTI Light Crude remonte à 64,45 dollars, tout le monde sur le pont pour l’annonce de la Fed ce soir à 20 heures!

A lire aussi...