Des géants du pétrole aux géants du cloud

Vincent Lagger, Swisscanto

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Graphique de la semaine de Swisscanto. Les hyperscalers investissent massivement, portés par l’IA, rappelant l’hégémonie des pétroliers dans les années 60.

©Keystone

 

Après des décennies de dispersion des dépenses d’investissement, les hyperscalers reprennent aujourd’hui le rôle jadis tenu par les majors pétrolières: concentrer une part colossale du «capex» mondial. L’IA agit comme un catalyseur inédit, offrant à ces acteurs une combinaison explosive de croissance, de rentabilité et de domination technologique.

Dans les années 1960, les plus gros dépensiers en termes d’investissements étaient majoritairement des grandes compagnies pétrolières ou textiles. Les «Big Oil» concentraient notamment jusqu’à 30% des investissements, incarnant la puissance industrielle d’une époque où l’énergie fossile dictait les priorités économiques. La suite de l’évolution raconte une lente érosion: globalisation de la manufacture, essor de la tech, montée des télécoms. La concentration des dépenses d’investissements s’effrite, tombant bien en deçà des niveaux atteints à l’âge d’or du pétrole.

Mais depuis quelques années, une nouvelle phase s’ouvre. Les hyperscalers – Amazon, Microsoft, Alphabet, Meta bientôt rejoints par d’autres – redessinent la carte de l’investissement mondial. Leurs dépenses en infrastructures cloud et data centers, désormais dopées par l’essor de l’intelligence artificielle, remontent à des niveaux comparables à ceux des grands groupes pétroliers.

Cette poussée ne relève cependant pas d’un cycle spéculatif, mais d’une dynamique structurelle. La demande pour l’IA générative, les modèles de langage, l’analyse prédictive et les services numériques explose. Chaque dollar investi dans de nouveaux serveurs ou GPU peut être graduellement monétisé via des services cloud à forte marge – de l’hébergement de données à l’IA en tant que service. Mais surtout, les hyperscalers ne s’endettent pas massivement pour financer leurs projets: ils s’appuient sur des flux de trésorerie colossaux. Leur capacité actuelle à autofinancer leurs investissements renforce ainsi la soutenabilité et la crédibilité de leur stratégie.

Les signaux récents confirment cette dynamique. Oracle a dernièrement surpris le marché avec des annonces très positives sur ses revenus liés au cloud, entrainant avec lui l’ensemble du secteur. Il y a peu, c’était au tour d’Alibaba de souligner à quel point l’IA rebat les cartes en Asie. Tout semble ainsi converger: une nouvelle ère des investissements est en marche, dominée par le cloud et propulsée par l’IA. Pour l’investisseur, reste à garder un œil attentif sur la dynamique financière des géants du cloud. Tout signe avant-coureur d’exubérance budgétaire et de prévisions mirobolantes n’irait pas sans rappeler les théories opportunistes du «peak oil» ou «super-cycle» qui ont alimenté les précédentes bulles spéculatives.

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