Obligations: l'inattendue revanche de la Grèce

Vincent Lagger, Swisscanto

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Graphique de la semaine de Swisscanto. Le spread entre obligations françaises et grecques illustre un renversement historique, révélant à nouveau les limites des notations souveraines.

©Keystone

 

Plus de dix ans après la crise des dettes souveraines, la courbe s’est inversée : les investisseurs préfèrent désormais prêter à l’ancien mouton noir de la zone euro plutôt qu’à Paris. Une ironie historique qui interroge la crédibilité des agences de notation et s’inscrit dans un contexte politique troublé en France.

Depuis 2015, le graphique comparant le rendement des obligations d’Etat françaises et grecques à dix ans raconte une histoire singulière. Alors qu’au sortir de la crise de la dette, la Grèce était l’exemple caricatural de l’indiscipline budgétaire, confrontée à des spreads abyssaux et à l’humiliation des programmes de sauvetage, elle bénéficie aujourd’hui d’un traitement de faveur de la part des marchés. A l’inverse, la France, jadis pilier de la zone euro, voit ses conditions de financement se tendre depuis plusieurs mois, au point que le spread entre les deux pays s’est effacé durant ces derniers jours.

Ce renversement illustre la fragilité des équilibres de perception et à quel point le dogme des «bons élèves» du Nord contre les cancres du Sud, stigmatisés sous l’acronyme PIGS, paraît daté. Les investisseurs ne sanctionnent plus la Grèce mais s’inquiètent d'un système politique français englué dans les conflits et d’une trajectoire budgétaire désormais scrutée de près par Bruxelles.

Ce constat met aussi en lumière le rôle pour le moins décoratif des agences de notation. Présentées comme les vigies des marchés, elles donnent encore une fois le sentiment de «valider a posteriori» des tendances déjà intégrées par les investisseurs. En Grèce comme en France, leurs décisions apparaissent davantage comme de l’archivage comptable que de véritables signaux d'alerte.

Enfin, ce retournement se produit dans un climat politique agité : la crise que traverse le gouvernement Bayrou depuis la semaine dernière affaiblit encore la crédibilité d’un exécutif déjà mis sous pression par la contrainte budgétaire. Aux yeux des marchés, Athènes a tourné la page de son chaos politique; Paris, lui, semble l’écrire aujourd’hui. L’histoire, parfois, a le sens de l’humour.

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