Particulièrement attendu pour son dernier discours à Jackson Hole en tant que président de la Fed, Jerome Powell n’a pas déçu les espoirs d’une grande partie des investisseurs qui anticipaient une baisse des taux directeurs en septembre. Le président a certes rappelé le double mandat de l’institution, avec un objectif de stabilité des prix et du marché de l’emploi, mais a de nouveau confirmé son biais en faveur de cette dernière cible. D’une part, en dépit des dernières statistiques suggérant une accélération de l’inflation sur les biens comme sur les services, il continue de juger que les pressions inflationnistes liées aux tarifs douaniers ne devraient être que temporaires. La remontée de l’inflation pourrait donc se poursuivre ces prochains mois à mesure que les effets des droits de douanes se diffusent à l’économie mais l’institution pourra regarder au travers.
D’autre part, il a souligné les risques de plus en plus prégnants sur le marché du travail, lesquels pourraient justifier selon lui «un ajustement de la politique monétaire». Cela confirme que la forte révision à la baisse des créations d’emploi début août a marqué les esprits, encourageant ainsi le président de la Fed à sensiblement changer de discours par rapport à la dernière réunion de politique monétaire. Le marché du travail se retrouve en effet dans une position singulière, caractérisée par un recul de la demande des entreprises, sur fond d’incertitudes commerciales, mais aussi par une chute de l’offre de travailleurs, si bien que le taux de chômage n’évolue guère à des niveaux alarmants pour l’heure. Néanmoins, le discours de J. Powell confirme que la Fed n’attendra pas une hausse de ce dernier pour agir car le risque d’une brusque accélération est significatif, la frilosité des entreprises à recruter pouvant rapidement se transformer en vague de licenciements.
En amont de cette conférence, Jerome Powell faisait non seulement face au risque de décevoir les investisseurs anticipant un assouplissement de la politique monétaire mais aussi celui de fragiliser la crédibilité de la banque centrale s’il donnait l’impression de se soumettre aux pressions politiques de Donald Trump. Avec cet argumentaire et cette communication globalement bien maitrisés, le président semble avoir réussi le pari d’ouvrir la voie à une baisse des taux directeurs dès la réunion de septembre sans pour autant alimenter la défiance à l’égard de l’indépendance de la Fed.
Les marchés financiers ont d’ailleurs largement salué ce discours avec une envolée des marchés d’actions américains, en particulier les petites et moyennes entreprises plus sensibles à la dynamique des taux d’intérêts. Ces derniers ont en effet fortement rechuté, avec toutefois des mouvements bien plus importants sur les échéances les plus courtes, si bien que la pentification de la courbe est significative. De son côté, le dollar a subi une violente correction face aux principales devises, nous confortant dans notre biais négatif envers le billet vert. Plus globalement, si la prise de parole de Jerome Powell a insufflé un puissant mouvement d’appétit pour le risque sur toutes les classes d’actifs, comme en témoigne aussi le net resserrement des spreads high yield, il convient de rappeler que la décision de la Fed reste grandement conditionnée par les prochaines statistiques d’inflation mais surtout d’emploi, ce dernier étant plus que jamais le véritable juge de paix pour la conduite de la politique monétaire américaine.