L’involution chinoise – késako?

Alan Mudie, Woodman Asset Management

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La guerre lancée par Pékin contre la concurrence excessive qui ne rapporte que peu de bénéfices ouvrira la voie à la consolidation, mais elle limitera également les investissements en actifs fixes.

Le dosage des politiques chinoises reste extrêmement favorable, les mesures de relance budgétaire complétant l'assouplissement monétaire, ce qui devrait soutenir la conjoncture. Outre les soutiens aux dépenses des ménages, la guerre menée par le gouvernement contre l'«involution» pourrait améliorer considérablement les marges et la rentabilité des entreprises. Cela devrait renforcer l'attrait des actions chinoises. L'indice MSCI China semble bon marché à 13,5 fois les bénéfices historiques, alors que les profits devraient augmenter de 12,5% au cours des douze prochains mois (contre 21,6 fois et 8,2% pour l'indice MSCI World) selon Bloomberg. Et les efforts du gouvernement pour soutenir les prix des actions semblent avoir porté leurs fruits – depuis leur intervention en janvier de l'année dernière, l'indice MSCI China a progressé de 41,2% en termes de rendement total net, contre 19,5% pour l'indice MSCI World et 20,5% pour l'indice MSCI USA.

Les principaux indicateurs de l'activité économique chinoise ont déçu en juillet, en particulier les investissements en capital fixe. En outre, la Chine reste en proie à des pressions déflationnistes, les prix à la production ayant baissé en glissement annuel pour le 34e mois consécutif. Ces signes de faiblesse surviennent en dépit des efforts récents visant à renforcer le soutien budgétaire et monétaire. L'économie chinoise va-t-elle continuer à décélérer au cours des prochains trimestres? Et qu'est-ce que tout cela signifie pour l'économie mondiale et les marchés financiers?

Données économiques en berne

La croissance de la production industrielle s'est ralentie, passant de 6,8% en glissement annuel en juin à 5,7% le mois dernier. Une certaine fragilité était attendue compte tenu de la faiblesse des enquêtes de confiance dans l'industrie manufacturière et du ralentissement de la production anticipée pour éviter les droits de douane américains. Toutefois, il convient de noter que la progression de la production en juillet reste robuste en comparaison historique – en fait, elle est légèrement supérieure à l'augmentation moyenne de 5,6% au cours de la dernière décennie.

L’insuffisance de croissance des ventes au détail en juillet a été tout aussi marquée. Les ventes globales n'ont augmenté que de 3,7% en glissement annuel le mois dernier. Le mauvais temps semble avoir joué un rôle dans cet affaiblissement – les ventes en ligne de biens de consommation se sont en fait accélérées, passant de 4,7% en glissement annuel en juin à 8,2%, soit plus de deux fois le rythme global de croissance des ventes de biens. En outre, l'augmentation du taux de chômage de 5,0% à 5,2% en juillet peut avoir affecté la consommation, d'autant plus que la confiance des consommateurs reste proche de ses plus bas niveaux historiques.

L'effondrement continu du marché de l'immobilier est l'un des principaux facteurs qui pèsent sur le moral des consommateurs. Les prix des logements chutent, les ventes de logements neufs ont baissé de -7,2% en glissement annuel en juin et juillet, les mises en chantier ont baissé de -9% le mois dernier, tandis que l'investissement dans le logement a chuté de -12%.

Comme mentionné ci-dessus, l'investissement en actifs fixes a été particulièrement faible le mois dernier – juillet a connu une contraction de -5,3% en glissement annuel contre -0,1% en juin. La faiblesse a été généralisée dans tous les secteurs – l'investissement dans l'industrie manufacturière a ralenti de 6,1% en glissement annuel en juin à 1,9% le mois dernier, l'infrastructure a chuté de 5,3% à -2,0% en glissement annuel et l'immobilier a plongé de -17,0% en glissement annuel après avoir chuté de -12,9% en juin.

Le seul point positif du mois dernier, de manière assez surprenante, a été les exportations. La croissance en USD s'est accélérée, passant de 5,9% en glissement annuel à 7,2% en juillet. Bien évidemment, ce n’est pas le commerce avec les Etats-Unis qui explique ce bon résultat. En effet, les exportations vers les États-Unis ont chuté de -22% en glissement annuel, contre -16% en juin. Mais par ailleurs, les exportations vers l'Europe ont progressé de 9% tandis que l'Asie a connu une hausse de 17%, tirée par la Thaïlande et le Vietnam, qui ont tous deux enregistré des augmentations de l'ordre de 30%. Au niveau des produits, les exportations d'automobiles ont augmenté de 12% en glissement annuel et les expéditions de circuits intégrés ont grimpé en flèche de près de 30%, tandis que les biens de consommation traditionnels tels que l'habillement et le mobilier ont chuté de -1%. Cela montre à quel point le passage à des secteurs à plus forte valeur ajoutée a été spectaculaire ces dernières années. Comme le montre le graphique ci-dessous, les exportations chinoises de voitures ont bondi fortement depuis 2020, éclipsant au passage celles du Japon.


 


L’assainissement assumé de l’économie chinoise

L'atonie récente de l'activité chinoise s'explique en partie par des événements indépendants de la volonté de Pékin, notamment la guerre commerciale menée par le président Trump. Mais elle s'explique aussi par les priorités politiques assumées de la Chine.

Par exemple, les autorités ont intensifié leurs efforts pour éradiquer la corruption parmi les fonctionnaires du parti, un effort qui comprend la limitation des montants que les fonctionnaires peuvent dépenser en divertissements. Cela se reflète dans les ventes dans la restauration, dont la croissance moyenne a été d'environ 5% en glissement annuel entre janvier et mai, avant de s'effondrer (0,9% en glissement annuel en juin, 1,1% en juillet) à la suite de la répression. En outre, une partie du ralentissement des ventes au détail est liée à l'expiration des subventions gouvernementales destinées à remplacer les biens de consommation obsolètes tels que les appareils électroménagers et électroniques. Cette mesure n'a fait qu'anticiper les achats lors de sa mise en place, ce qui a conduit au ralentissement actuel des ventes.

En outre, le président Xi a lancé une campagne pour lutter contre la concurrence excessive et «involutive» entre les fabricants. Le terme chinois pour l’involution signifie «rouler vers l'intérieur» et est utilisé pour décrire une concurrence excessive qui ne rapporte que peu de bénéfices. Lorsqu'il a présidé une réunion de la Commission centrale des affaires financières et économiques au début du mois de juillet, M. Xi a demandé aux fonctionnaires de réglementer la concurrence à bas prix et d'éliminer les capacités de production obsolètes.

Les exemples d'involution abondent. Les leaders chinois de l'énergie solaire dominent l'industrie mondiale, mais les cinq plus grandes entreprises ont enregistré une perte combinée de 8 milliards de yuans au premier trimestre. La Chine domine également l'industrie mondiale des véhicules électriques, mais la concurrence y est féroce. Le pays comptait plus de 500 fabricants de VE au début de la décennie, un chiffre qui est maintenant tombé à environ 130 selon Reuters, ce qui reste toujours trop. La concurrence a fait chuter les prix de vente et décimé les bénéfices.

La réduction de l'involution ouvrira probablement la voie à la consolidation, mais elle limitera également les investissements en actifs fixes, les autorités encourageant la fermeture des capacités de production excédentaires, ce qui, à son tour, freinera la croissance de la production industrielle.

De nouvelles mesures de relance

Alors que Pékin met fin à ses subventions à la consommation, il met en place de nouvelles mesures de relance pour soutenir les ménages. Quatre nouveaux programmes ont été annoncés ces dernières semaines. Tout d'abord, les familles avec de jeunes enfants recevront des subventions afin de les aider à faire face aux coûts de la garde d'enfants. Deuxièmement, les autorités supprimeront progressivement les frais d'éducation préscolaire au cours des prochaines années. Troisièmement, les soins aux personnes âgées handicapées seront subventionnés par le biais d'un système de bons. Enfin, le gouvernement commencera à subventionner les taux d’intérêt sur différents types de prêts à la consommation.

Individuellement, les montants concernés sont relativement modestes, mais collectivement, les mesures de relance représenteront environ 150 milliards de yuans. Ces montants s'ajoutent aux mesures de relance budgétaire déjà annoncées au début de l'année. Comme nous l'avons indiqué dans notre chronique de mai, le déficit budgétaire global pourrait dépasser 10% du PIB cette année, ce qui constituerait l'impulsion budgétaire la plus importante (hormis la pandémie) de ces dernières décennies. Et la Banque populaire de Chine dispose encore d'une marge de manœuvre pour assouplir davantage sa politique si nécessaire.

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