Des tarifs douaniers exagérés aux bombes anti-bunker, les sources d’inquiétude n’ont pas manqué au 2e trimestre. Théoriquement, les investisseurs auraient donc dû chercher à minimiser le risque. Or, les actions internationales ont grimpé vers des sommets historiques pendant que le dollar glissait vers son niveau le plus bas depuis trois ans. Tout ceci montre, une fois encore, qu’acheter ou vendre des actions en fonction des «nouvelles» est rarement une stratégie payante.
La suspension temporaire des surtaxes douanières annoncée début avril a marqué le début du «TACO trade» (les marchés boursiers évoluant au gré des menaces et revirements de Donald Trump en matière de tarifs douaniers). A la suite de cette suspension, les actions ont amorcé une forte reprise en V qui les a amenées à un niveau supérieur à celui atteint avant le début de l’offensive tarifaire. Pourtant, le revirement du président américain n’a pas été déterminé par les turbulences des bourses actions. La nouvelle administration s’est montrée bien plus sensible aux fluctuations du marché obligataire: l’alarme a été donnée lorsque le rendement des bons du Trésor à 10 ans a bondi de 50 points de base dans la semaine qui a suivi l’annonce de la nouvelle politique commerciale de Donald Trump.
A moyen et long terme, le dollar devrait continuer de se déprécier, car la fin de l’exception américaine pourrait continuer d’alimenter l’exode hors des actifs américains.
En effet, le durcissement du crédit ne profite à personne: ni aux ménages qui sollicitent de nouveaux prêts hypothécaires, ni aux entreprises qui cherchent à financer leurs nouveaux investissements, et encore moins au gouvernement qui se trouve confronté à d’importants besoins de refinancement, car une grande partie de ses emprunts arrivent à échéance cette année.
Nuages sur la croissance
Si les investisseurs gardent un certain espoir, c’est parce qu’ils tablent sur le fait que les tarifs douaniers pourront être négociés à un niveau suffisamment bas pour que leur impact reste limité dans le temps. Cette prévision est probablement exacte pour ce qui est de l’inflation, parce que la dynamique de l’offre et de la demande est sensiblement différente de ce qu’elle était il y a trois ans. En revanche, les tarifs douaniers pourraient avoir un impact plus prononcé sur la croissance économique.
L’élément positif dans tout cela vient du fait que l’inflation actuelle étant temporaire, la Fed devrait pouvoir assouplir sa politique monétaire et réduire les taux d’intérêt lorsque l’économie se contractera. Cependant, il pourrait s’avérer politiquement coûteux d’attendre l’hiver pour agir. Au lieu d’attendre que les indicateurs de résultats se détériorent pour procéder à une baisse des taux en urgence, comme en septembre dernier, il semblerait préférable d’entamer de suite le processus de baisse des taux. Il pourrait ainsi se dérouler de manière plus contrôlée et plus progressive.
De la normalité du rebond
Autre sujet de préoccupation, l’évolution de la situation au Moyen-Orient. Sur le plan historique, les escalades militaires de ce type ont généralement créé des opportunités d’achat plutôt que provoqué des ralentissements économiques durables. Cela semble également être le cas aujourd’hui. Les craintes d’une fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran ont temporairement fait grimper le prix de l’énergie, mais elles paraissent exagérées. En effet, une telle décision nuirait à l’économie iranienne et l’isolerait encore davantage de la scène internationale. L’Iran se trouvant très seul, sans alliés régionaux ni soutien de puissances telles que la Russie ou la Chine, il n’avait guère d’autre choix que la désescalade. Par conséquent, le rebond rapide des marchés paraît «normal», d’autant plus que le pétrole se négocie à un cours très raisonnable.
Des perspectives en demi-teinte
Les investisseurs doivent tabler sur une volatilité accrue, d’autant plus que durant la période estivale il faut compter avec une baisse de la liquidité, phénomène qui risque d’amplifier les fluctuations du marché. Il faudra également suivre de près l’évolution du dollar qui vient de connaître son semestre le plus faible depuis quatre décennies. Les indicateurs techniques montrent que le billet vert est probablement survendu à court terme et qu’un recul de 5% est encore possible. Cependant, à moyen et long terme, le dollar devrait continuer de se déprécier, car la fin de l’exception américaine pourrait continuer d’alimenter l’exode hors des actifs américains. Malgré le fort recul qu’elle a enregistré depuis le début de l’année, la devise américaine reste surévaluée. Les investisseurs vont donc exiger une prime de risque plus élevée pour financer les déficits jumeaux (budgétaire et balance courante) des Etats-Unis.
La politique monétaire américaine devrait devenir plus expansionniste. Plusieurs acteurs de la Fed ont d’ailleurs déjà adopté une attitude plus souple. En outre, l’assouplissement de la réglementation pourrait apporter des liquidités supplémentaires: la Fed aurait en effet l’intention d’alléger les exigences de fonds propres pour les banques américaines les plus importantes.
Si les bons du Trésor venaient à être exclus du calcul du ratio de levier supplémentaire, les banques pourraient accroître significativement leurs avoirs en obligations d’Etat sans avoir à détenir des fonds propres supplémentaires. Une telle mesure apporterait donc de nouvelles liquidités au marché, ce qui pourrait soutenir la valorisation des actifs. Mais nous n’en sommes pas encore à ce stade et le trimestre à venir pourrait s’avérer difficile, car les Etats-Unis doivent refinancer leur dette et ils pourraient également avoir à renflouer le compte général du Trésor. Au vu de cette situation, la prudence est de mise. Cependant, tout repli important du marché peut être considéré comme une fenêtre d’achat intéressante.