
Souvent perçue comme une économie de services, la Suisse repose en réalité sur un socle industriel solide et diversifié. Des secteurs clés comme la pharmacie, la chimie, la construction de machines, la métallurgie ou encore la production d’électricité forment un tissu industriel tourné vers l’exportation, qui contribue de manière décisive à la création de richesse de notre pays. En 2024, l’ensemble du secteur secondaire atteignait ainsi 24,7% du PIB, un chiffre élevé pour une économie développée. De fait, cette proportion dépasse celle enregistrée au sein de l’Union européenne.
Une trajectoire remarquable, malgré le franc fort
Le franc suisse, perçu depuis longtemps comme une valeur refuge, n’a cessé de s’apprécier face aux principales devises internationales. Cette évolution en théorie défavorable à la compétitivité n’a toutefois pas freiné l’élan de l’industrie suisse. En effet, depuis 15 ans, la production industrielle suisse affiche une progression stable. Au premier trimestre 2025, elle a ainsi enregistré une hausse de +8,5 % par rapport à l’année précédente. Plus impressionnant encore, la production industrielle a progressé de près de +40 % depuis 2010, malgré une appréciation de plus de 25 % du franc suisse face à l’euro. Comment expliquer une telle performance? Elle tient en grande partie à la structure même du tissu industriel suisse. L’absence du secteur automobile combinée à une spécialisation dans des branches à forte valeur ajoutée confère à l’industrie suisse une meilleure capacité à absorber les chocs externes et à exporter des biens différenciés, bénéficiant d’une forte demande mondiale.
La Suisse génère bien plus de valeur par unité exportée que la Chine
Si la Chine reste le premier producteur industriel mondial en volume, la Suisse se distingue par une bien plus grande intensité de valeur ajoutée. En 2024, le surplus commercial par habitant en Suisse était presque 12 fois supérieur à celui de la Chine. La dynamique suisse se distingue également à l’échelle européenne. De fait, sa croissance industrielle est nettement plus soutenue que celle observée dans la plupart des grandes économies européennes, comme l’Allemagne.
Politique commerciale américaine: des incertitudes persistantes
En 2025, l’un des principaux risques exogènes demeure la politique commerciale des États-Unis. Les droits de douane annoncés par Donald Trump ont d’ailleurs poussé de nombreuses entreprises à anticiper leurs livraisons au premier trimestre, contribuant à une croissance du PIB sur la période. Face à ce climat d’incertitude, les entreprises suisses mettent en place plusieurs stratégies d’adaptation: ajustement des prix, relocalisation partielle des chaînes de valeur ou encore diversification géographique, même si l’on espère encore qu’un accord bilatéral sera conclu. L’approche de la fin de la période des 90 jours renforce la pression diplomatique et il est périlleux de tirer des conclusions définitives dans un contexte aussi instable. Toutefois, l’orientation de la Suisse vers des produits différenciés suggère qu’elle saura s’adapter.
Un positionnement stratégique sur le long terme
Bien qu’elle soit confrontée aux incertitudes économiques internationales, l’industrie suisse, forte de ses leaders de niche, de sa capacité d’innovation constante et d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, plaide en faveur d’une exposition stratégique à long terme de ce secteur dans les portefeuilles d’investissement. En effet, face à la vigueur du franc suisse ou aux tensions commerciales venues des États-Unis, les entreprises suisses savent réagir rapidement et, même dans un contexte de ralentissement global, la Suisse parvient à maintenir un excédent commercial robuste. C’est un reflet de la résilience structurelle de son modèle industriel.