Les perspectives de baisse de l’inflation sont mises en danger par les droits de douane de l’Administration Trump et par le déficit budgétaire. En juin, l’inflation est repartie à la hausse pour atteindre 2,7% sur base annuelle, contre 2,4% en mai. L’inflation sous-jacente (Hors énergie et alimentation) s’est accrue de 2,9%. Ces chiffres amènent les économistes à supposer que la hausse des droits de douane commence à produire leurs effets. En effet, selon le Wall Street Journal, les prix de l’ameublement, des produits vidéo et audio, des jouets et de l'habillement ont augmenté significativement. Ces quatre catégories ont tendance à être sensibles aux droits de douane.
Les économistes peinent à évaluer les impacts respectifs des droits de douane et des déficits publics. La tâche est en soi très compliquée. Elle est rendue encore plus ardue par les biais des autorités et des économistes. Prenons d’abord le cas de l’endettement public puis celui des droits de douane.
Pour éviter le reproche du biais idéologique, certains s’interdisent d’employer certaines pistes. C’est Robert Murphy, essayiste et chercheur auprès de l’Institut Mises, qui le révèle sur son blog Infeneo. L’économiste se penche ici sur les estimations du CBO (Congressional Budget Office), un organisme du Congrès américain réputé pour ses analyses non partisanes.
«Lors du pic d’inflation de 2022, le CBO s’était nettement trompé, constate Murphy».
Non partisan mais peu précis
Comme le CBO est non partisan, son point de vue devrait être indiscutable. Et comme le CBO ne s’attend pas que la forte hausse de l’endettement ne condura pas à une nette hausse de l’inflation ces prochaines années, tout le monde est rassuré. Pourtant, on verra que ce souci d’indépendance peut être problématique. «Le CBO «dit qu’il ne s’attend pas à une nette hausse de l’inflation ces cinq prochaines années, mais il ne dit pas qu’il y’aura pas de problème d’inflation à long terme», précise Murphy. L’économiste explique que le CBO ne serait pas autorisé à prévoir un cercle vicieux de dette et d’inflation. Par nature, il s’empêche de faire de la politique. Comme il existe différentes écoles de pensée sur les effets de la dette publique sur l’inflation, le CBO évite le problème et se fonde sur les perspectives de la Fed. Ce raisonnement lui a déjà joué des tours. Lors du pic d’inflation de 2022, le CBO s’était nettement trompé, constate Murphy. En février 2021, il s’attendait à une hausse de l’inflation de 2,2% en 2022 et de 2,3% en 2023. En réalité, la hausse des prix a bondi à 7,1% au dernier trimestre 2022 et à 3,2% en 2023.
L’effet de déficits budgétaires est régulièrement l’objet de travaux académiques. Le blog marginal revolution cite d’ailleurs un récent travail de recherche, «Do Deficits cause Inflation?» (Juin 2025). Jonathon Hazell et Stephan Hobler y montrent que les déficits de 2021 ont causé «environ 30% de l’inflation en 2021 et 2022. Les auteurs utilisent des données narratives tirées des banques d’investissement. Il en ressort donc que la déficits budgétaires sont une cause parmi d’autres de l’inflation, mais une cause tout de même significative.
L’effet des droits de douane
Les droits de douane font également partie des facteurs de hausse des prix qu’il est difficile à appréhender. Pour l’instant, avant les résultats des «négociations» de cet été, les économistes s’attendent à une hausse des prix assez faible pour le deuxième semestre.
Selon le dernier sondage du Wall Street Journal, mené entre le 3 et le 9 juillet auprès de 69 économistes, l’inflation devrait s’accroître de 0,7 point au 4e trimestre à cause des droits de douane. La hausse des prix devrait ainsi atteindre 3% en décembre, après avoir été prévue à 3,6% en avril.
L’évaluation est rendue également difficile par la forte accumulation d’achats des consommateurs intervenus avant l’entrée en vigueur des tarifs. Au premier trimestre, les importations américaines de biens se sont accrues de 26%. L’incertitude continue aussi de porter sur le niveau des tarifs imposé aux différents pays.
«L’impact des tarifs sur l’inflation devrait, un peu à l’image d’une hausse de la TVA, rester temporaire.»
L’impact des tarifs sur l’inflation devrait, un peu à l’image d’une hausse de la TVA, rester temporaire.
La Fed reconnaît qu’elle est plutôt restrictive sur la base des dernières statistiques, mais Jerome Powell se justifie en pointant du doigt la hausse de l’inflation à venir ces prochains trimestres.
La Maison Blanche ne partage pas ses craintes. Oren Cass, un artisan du programme tarifaire de Donald Trump, estime que les tarifs sont en dehors du mandat de la Fed et que de toute manière ils n’augmenteront pas les prix. La question demeure: L’impact des droits de douane ne sera-t-il qu’unique? Cela dépend de leur effet sur les facteurs de croissance économique, avance Bryan Cutsinger, sur le blog de l’institut Mises. Les tarifs devraient réduire la productivité à long terme en augmentant les coûts de production et en limitant l’accès à des producteurs étrangers plus efficients. Les droits de douane provoquent donc des distorsions dans l’allocation des ressources. Mais l’impact sur les prix devrait être modeste si les dépenses se maintenaient au même rythme.
Politique monétaire inchangée
Le problème vient ici du choc de l’offre induit par les tarifs. Les prix augmentent non pas à la suite d’une hausse dela demande mais d’une baisse de l’offre par rapport à la situation d’avant les tarifs. La réaction appropriée de la Fed dépend de son appréciation de la durée de ce choc de l’offre, avance Cutsinger. Si elle resserrait sa politique monétaire pour lutter contre la hausse de l’inflation, elle ne le ferait qu’en pesant davantage sur l’activité. A son avis, même si les droits de douane diminuaient le PIB d’un demi point, ce qui paraît beaucoup, l’inflation serait accrue d’au maximum 0,5 point, conclut-il. Les droits de douane ne devraient donc pas conduire à un changement de politique monétaire.